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CHANDELEUR : de la fête druidique d’Imbolc à la Présentation de Jésus au Temple

En ce 2 février, nous fêtons la Présentation de Jésus au temple. Et oui… ce n’est pas que la Chandeleur aux crêpes d’or. Hier, nous fêtions Sainte Brigitte de Kildare. Ces deux fêtes, du moins dans le monde celtique, ont des sources très anciennes et sont liées. Ainsi, début février, c’est la fête druidique d’Imbolc qui prenait place, fête que les néo-pagan reprennent aisément aujourd’hui en opposition à la fête chrétienne.

Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est Imbolc, quelques lignes. Vous avez sans doute déjà pu lire ce que j’avais déjà écrit au sujet d’Halloween, qui avait aussi ses sources dans l’antique fête druidique appelée Samain (Samonios).

Imbolc fait donc partie de ces quatre fêtes sacrées du druidisme celtique, avec Lugnasad, Samain et Beltan.

Imbolc était autrefois une fête dédiée à la Vierge Céleste et à son fils, le jeune soleil. La tradition voudrait que cette fête eut été une Fête de l’Homme. Il faut savoir qu’à la mi-nuit d’Imbolc, brillait dans le ciel la constellation de la Coupe (pourrait-on pousser jusqu’à y voir un certain Graal ? ).

Si l’on suit certaines traditions religieuses universelles, il est aisé de voir l’évolution des croyances et comment il a été possible de remplacer une croyance par une autre, sans pour autant renier l’une pour l’aboutissement de l’autre. Comme le dit Saint Justin, repris par le Concile Vatican II (cf Ad Gentes), ce sont dans les peuples premiers des semences du Verbe qui ont été semées, semences qui ont trouvé leur aboutissement dans le christianisme bien compris. Chez les Celtes, contrairement à ce que les néo-pagan prétendent en disant que le christianisme a éradiqué par la force le druidisme, le christianisme est venu donner des réponses au druidisme qui avait déjà de nombreuses similitudes, d’où la facilité de conversion des Irlandais, pour ne citer qu’eux.

Le Concile Vatican II a repris l’idée des « semences du Verbe » présentes en tout homme (Gaudium et spes 3 ; 18 ; Ad Gentes 11 ; 15). Justin, puis Clément d’Alexandrie et feront ainsi entrer la culture antique dans l’orbite du salut apporté par le Christ. Cette vision est capitale pour l’évangélisation à toute époque et dans tous les contextes.

On voit cela clairement :

  • dans la symbolique d’Imbolc (ou Imbolg) qui se rapproche de Noël mais aussi et surtout du moment de la Présentation au temple (tradition importante chez les juifs, reprise par les chrétiens lorsque Jésus a été mené au temple pour sa circoncision) ; pour ceux qui sont intéressés, sachez que la déesse Birgit (Brigit ou Brigid ou Berc’hed) en était un des piliers,  fille du Dagda et protectrice des foyers, considérée comme déesse la plus puissante et la plus connue de la mythologie celtique. Imbolc (1/2 février) signifie littéralement « lustration », mais les sources de ce culte sont faibles. La lustration serait le rétablissement de la Lumière sur une surface donnée, par expulsion d’un état empêchant l’accès de cette Lumière. Le feu sacré, dont la déesse était aussi la gardienne, n’est pas sans rappeler cette nécessité de purification, pour accéder à la lumière et à la vérité. Les cierges bénis et allumés (puis précieusement gardés dans les maisons) depuis le Vème siècle pour aller en procession  en l’honneur du Christ-lumière du monde, donnant son nom à la Chandeleur (festa candelarum), ne sont pas si loin.

L’actuelle fête de la Présentation de Jésus au temple qui a lieu 40 jours après Noël est aussi, dans l’ordo (calendrier liturgique) de l’Usus antiquor (et chez les orientaux), la fête de la Purification de Marie. Dans le judaïsme antique, la femme ayant accouché d’un garçon était considérée « en état de purification » pendant 40 jours (à savoir que pendant les 7 premiers jours elle était considérée comme impure. Le 8ème jour avait lieu la circoncision de l’enfant. puis pendant 33 jours, la mère ne pouvait se rendre au temple). Au terme de ce temps de purification, elle offrait en guise de sacrifice expiatoire un agneau et une colombe si elle était riche, et deux colombes si elle était pauvre (cf Lévitique 12, 1-8). Les relevailles célébrées jusqu’à il n’y a pas si longtemps prenaient leurs racines dans cette tradition.

La présentation au Temple était aussi, suivant la Loi mosaïque disant que les premiers-nés seraient consacrés à Dieu seraient rachetés par une somme d’argent, l’occasion de « racheter » ce premier-né à Dieu par le versement d’une obole de cinq sicles.

  • dans celle de Beltan, fête du printemps et de la Renaissance (notez le parallèle pascal),
  • dans le renouveau royal de Lugnasad, la fête du solstice d’été où le soleil est à son apogée (le dieu Lug et sa lance de feu).
  • ou encore Samain, évoqué ci-dessus.

Nous le voyons, une certaine continuité existe entre les semences du Verbe issues des croyances pré-chrétiennes des Celtes et le christianisme lui-même. Saint Patrick et nos nombreux saints bretons des premiers siècles, avec la grâce de l’Esprit-Saint, l’avaient bien compris. Certains  de nos lecteurs seront surpris de ces parallèles. Il n’est pas question pour nous de tomber dans le relativisme, mais de voir comment le christianisme a su s’adresser à des peuples qui portaient en eux ces parcelles de vérités, ces fameuses semences du Verbe. Par l’Incarnation et la Révélation, tout est accompli…

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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Un commentaire

  1. En toute humilité, nous sommes Celtes,Bretons et catholiques toujours Et si Ogmios fut , c’est par le Verbe que nous sommes chrétiens, adorateurs de Dieu qui est, qui était et qui vient..

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