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SUR UN HYMNE DE PENITENCE OUBLIE : LE PARCE DOMINE

Pour le temps liturgique du Carême, mais aussi pour les temps de Pénitence, l’Eglise possède des trésors  de chants, d’hymnes, de psaumes, ou encore de cantiques de la foi populaire.  Du répertoire grégorien :  l’Attende Domine est le plus connu, du moins, il le fût, car de nos jours il n’est guère plus chanté que dans les communautés de sensibilités traditionnaliste. Il serait bon, pendant toute cette période de Carême, de le remettre à l’honneur comme chant final d’une messe : Attende domine, et miserere – Quia peccavimus tibi. (Ecoutez-nous, Seigneur, et ayez pitié de nous – Car nous avons péché  contre vous).

Mais, il est un autre chant de pénitence, qui rejoint les paroles de l’Attende Domine : le Parce Domine, hymne d’une grande brièveté et qui fut très populaire ; là aussi il convient de dire « était populaire », car de nos jours  il n’est plus du tout chanté.

Le  Parce Domine (Pardonnez, Seigneur).

Sa mélodie simple, suppliante est très aisée à apprendre, à retenir. Chanté, il est vraiment un « marqueur » des  temps de pénitence  pour inviter le pécheur à se tourner vers Dieu et à implorer sa miséricorde devant nos fautes sans cesse recommencées :

Parce Domine – Parce populo tuo : Ne in aeternum irascaris nobis   (Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple ! N’ayez pas contre nous de colère éternelle.)

Cette supplication chantée et répétée, deux fois trois fois, sinon davantage était jadis -nous le disions – très populaire, non seulement en temps de Carême, mais lors de calamités (mauvaises récoltes, famines, épidémies et catastrophes naturelles), mais aussi en temps de guerre. Oh ! Certes, nous entendons déjà les remarques ironiques et navrées, qu’il s’agit là d’époques où la foi se vivait dans la crainte d’un Dieu colérique et vengeur, façon Père fouettard, sur fond de superstitions bien enracinées.

Il se peut qu’il y ait eu de cela, mais réduire la foi de nos aînés à cette seule dimension serait de notre part  bien prétentieux, d’autant que notre époque est assez riche en superstitions en tous genres, avec en prime, l’oubli de Dieu. Cet oubli d’ailleurs ne nous empêche nullement de reprendre à notre compte la lamentation si connue qui nous vient presque naturellement quand tout va mal : « Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour qu’il m’arrive cela ? » Alors que la vraie question (lamentation) devrait-être : « Qu’ai-je oublié de faire à Dieu, et que j’aurai dû faire (de demander, de prier, de servir,  pour qu’il ne m’arrive pas ce qui m’arrive ?». Et c’est là où le  Parce Domine trouve toute sa place, toute sa force.

Cet hymne de supplication est de ceux qui furent jugés comme « traumatisants », comme « culpabilisants » ; on dirait aujourd’hui « stigmatisants ». Pourtant, c’est bien de culpabilité dont il est question, mais il ne faut pas trop insister. Nous retrouvons d’ailleurs cette « fuite » devant la réalité pécheresse de l’homme dans cette propension à nous inciter à vivre une foi désincarnée. Ce souci se retrouve dans les nouvelles approches de la mort, dans la cérémonie du  Mercredi des Cendres ; on ne rappelle plus guère que « l’homme est poussière et retournera en poussière », car là encore, c’est un peu « traumatisant ». Mais c’est surtout assez curieux dans une société qui désormais préconise le retour en poussière immédiat (et « écologique ») par l’incinération du corps du défunt. Comme on incinère nos déchets, le corps est ainsi devenu un « matériau jetable », voire recyclable.

Nos cantiques bretons ont pris en compte ce besoin de contrition du pécheur, entre autre : le cantique « Keuz d’ar pech’ed »  (le regret du pécheur) a comme refrain le Parce Domine. Dire que ce cantique est aussi inconnu que le Parce Domine, est une évidence. Il appartient, comme nous l’avons écrit dans un précédent article, à la longue liste des « cantiques pièces de musées, d’archives » que l’on tire exceptionnellement de l’oubli le temps d’un récital ou d’enregistrement d’un CD, et que l’on ne chantera jamais plus dans nos églises débretonnisées et vides …

Ah ! Nous avions oublié !  Notre époque de pèche plus, car il n’y a plus de pécheurs ; tout au plus, en regard du Décalogue, des  hommes  qui « dérapent », se rendent « coupables » (responsables mais pas coupables…) de « bavures ». Donc à quoi bon implorer le pardon du Seigneur, d’un Dieu qui a été exclu (laïcité oblige) de nos sociétés déchristianisées,  de ne point être envers nous «irascible » (irascaris), autrement dit  « en colère ».

Quant aux calamités, c’est assurément la faute au réchauffement climatique, à la couche d’ozone, aux pollens, aux oiseaux migrateurs (grippe aviaire et autres), aux flatulences des vaches…  Et pour ce qui est des guerres ? N’insistons pas, il y aurait beaucoup trop à dire sur les responsabilités, et ce n’est pas ici notre sujet …

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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2 Commentaires

  1. dominique de Lafforest

    oh merci de nous donner ces si belles mélodies qui ont nourri et embelli des générations ! Dieu vous en sait gré !

  2. oui je suis touta fait en accord avec l,article ci dessus autrefois ,hier,on cherchait à rendre l,homme responsable de ses actes mea culpa ,c,est ma faute c,est ma tres grande faute et àce jour par le renversement des valeurs et,on infantilise les actes en les rendant irresponsables de leurs actes , pire on accuse les autres : c,est sa faute ;c,est sa faute ceci met en place la societé divisée que l,on connait

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