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Jean-Pierre Calloc’h à l’école de sainte Anne

Pour ce centenaire de la mort de Yann-Ber Calloc’h, Ar Gedour vous invite à le découvrir via divers articles. Voici l’article publié par Korantin Denis dans « Le Pèlerin de sainte Anne » (revue du sanctuaire de sainte Anne-d’Auray) du mois de mars 2017, diffusé sur Ar Gedour avec l’aimable autorisation de l’auteur.

« Hanùeu er ré kouéhet, douar Arvor ou miro » « Les noms des immolés, la terre d’Armor les gardera »

Bleimor, « Péden er Gédour » – « La prière du Guetteur », novembre 1916.

 

Il y a cent ans, un mardi de Pâques 10 avril 1917, le poète breton Yann-Ber Kalloc’h tombait sur le front de la Somme.

Une mort au champ d’honneur, le chapelet à la main… Terrassé par un éclat d’obus à l’entrée de son abri de fortune, le jeune lieutenant d’infanterie n’avait pas vingt-neuf ans. Sa vie tout entière s’était consumée d’amour pour sa foi et pour son pays : Breizh.

Un siècle a passé. Le nom de plume de Bleimor, « loup de mer », reste gravé en lettres d’or dans le granit du Mémorial. Mais qui parmi les nouvelles générations se souvient encore du poète, du chrétien et du soldat ?

Le 10 avril 2017, à 18h30, l’évêque de Vannes célèbrera en la basilique de Sainte-Anne-d’Auray une messe de requiem. Les prières dites à l’occasion du centenaire de la mort de Calloc’h rejoindront celles, si nombreuses, que le barde avait lui-même faites pour le salut de l’âme bretonne.

Fils de l’île de Groix, Jean-Pierre Calloc’h aura été à l’école de sainte Anne. Car ce fut au Petit-Séminaire de Sainte-Anne-d’Auray que l’adolescent s’accomplit pleinement. Plus qu’un enseignement, il y fit l’apprentissage d’une école de vie spirituelle.

Durant ses six années d’étude, de 1900 à 1905, garçon à la fois brillant et pieux, il se révéla être un « élève tout à fait extraordinaire », selon les mots de l’abbé Pierre Le Goff (1860-1941). Il se forgea parmi ses condisciples autant que parmi ses maîtres des amitiés profondes. Au nombre de celles-ci, la rencontre avec l’abbé Eugène Corignet (1871-1927), son professeur d’histoire, aura été déterminante.

Orphelin de la mer en 1902, Calloc’h dut surmonter le chagrin de la perte de son père, marin-pêcheur, ainsi que l’indigence familiale qui en résulta. De ses larmes jaillit alors sa vocation poétique, l’écriture, comme une forme de prière, jouant un rôle profondément consolateur. Tout en composant ses premiers vers, le jeune homme se mit avec frénésie à l’étude de la langue bretonne pour ne plus s’exprimer qu’avec elle.

À Sainte-Anne-d’Auray, il ressentit l’appel pressant du sacerdoce. Son directeur spirituel l’abbé Corignet, qui avait pour lui une véritable bienveillance paternelle, sut discerner cette vocation et en accompagner le mûrissement. Bachelier ès-lettres en 1905, Calloc’h entra à dix-sept ans au Grand Séminaire de Vannes. Il ne put cependant aller jusqu’à la prêtrise, en raison des troubles épileptiques qui affectaient tous les membres de sa fratrie. Il se conforma au droit canonique et le renoncement de sa vocation religieuse fut la grande blessure de sa vie. Toute sa force d’âme résida dans l’acceptation de cette croix, sans céder ni à la révolte ni à la désespérance. En vers bretons admirables, il fit état de sa totale soumission à la volonté divine, dans le poème « Fiat » composé en décembre 1912 au fond de son exil parisien, et dont voici une traduction :

« Puisque Vous avez voulu me rendre ma liberté,

Quand je souhaitais d’être enchaîné au pied de Vos autels ;

Puisque le rêve de ma jeunesse est mort,

Et que Vous m’avez enlacé dans les rets des malheurs ;

[…]

Maintenant, que soit faite sur moi Votre volonté entière,

Tout au long de ma vie avec un cœur allègre

J’irai à travers ma nuit en portant mon fardeau,

Puisque Vous m’avez donné, mon Maître, un flambeau.

 

Ô Foi de mes ancêtres, flambeau béni,

Étoile qui m’accompagne n’importe où je vais,

Puisque vous m’avez, jusqu’à aujourd’hui, conduit,

Brillez sur mon front jusqu’à l’heure dernière !

Son attachement à sainte Anne, Calloc’h l’inscrivit également dans l’un de ses contes restés inédits. Il s’agit du « Vœu de Gwaronn » qui met Prière Jean-Pierre Calloc'hen scène un marin superbe, sauvé d’un naufrage au large d’Ouessant après s’être recommandé à sainte Anne. « Santez Anna, pedit evidomp ! » (Sainte Anne, priez pour nous). Pour honorer son vœu, il se rend au sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray afin d’y embrasser la patronne des Bretons. L’habile grimpeur de mât escalade alors la tour de la basilique… à 72 mètres de haut, accomplissant la prouesse de baiser les pieds de la statue vénérée.

Le vœu de Jean-Pierre Calloc’h resta quant à lui entièrement tourné vers le renouveau de la foi bretonne. Sur ses cahiers d’écolier, il proclamait déjà comme une devise : « Doué hag er Vro » (Dieu et le Pays). À la veille de son départ au front, exhortant à la guerre salvatrice, il invoquait encore l’Esprit-Saint pour la rédemption de la Bretagne :

« Tu verras ma Bretagne enfin libre, et sa langue honorée, comme quand ses chevaliers étaient vivants pour la défendre » (« Veni, Sancte Spiritus ! Chant de bienvenue à l’An nouveau », en janvier 1915).

Homme de haute stature, de foi et de conviction, « moine-soldat » du XXe siècle, Calloc’h aura su – par-delà toutes formes de littérature – incarner une certaine image de la douceur évangélique, ainsi que l’attestent les nombreux témoignages de ceux qui l’ont connu. Ce poète enraciné devint, par la magie du verbe autant que par la communion de son catholicisme ardent, un poète universel, sacrifié « pour la beauté du monde » (« Péden er Gédour »). Zélateur infatigable de la fidélité de la nation bretonne au credo de ses pères, Calloc’h utilisa une formule qui aurait pu lui servir d’épitaphe :

« Qui t’a rendu si bon ?

– Ma Race et l’Évangile ! » (Bleimor, « Une fête nationale bretonne », Ar Bobl, 12 juin 1909).

Légendes photos :

En haut à gauche: Sous-lieutenant au 219e RI, en 1916.

En bas: Prière manuscrite de Calloc’h, vers 1904

À propos du rédacteur Redaction

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