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Pourquoi le lundi de Pentecôte est-il férié ?

Pourquoi le lundi de Pentecôte est-il férié ?C’est bientôt le lundi de Pentecôte. Voici de quoi en savoir plus sur cette journée. 

Alors qu’environ 30% des français travaillent le Lundi de Pentecôte, depuis que le gouvernement français a transformé ce jour chômé en journée de solidarité pour les personnes âgées, l’argent gagné étant censé financer la dépendance de nos aînés, nous vous invitons à vous pencher sur la raison de ce lundi de Pentecôte férié.

Nombreux sont ceux qui confondent le Dimanche de la Pentecôte, qui a lieu 50 jours après Pâques, et le lundi de Pentecôte, jour qui suit ce dimanche destiné à rappeler un des moments essentiels de la naissance du christianisme. En effet, sept semaines (1) après la fête de Pâques (la résurrection de Jésus après sa mort), et une dizaine de jours après l’Ascension (le moment où il quitte la terre des Hommes), les Apôtres étaient réunis dans un lieu nommé le « Cénacle », un endroit élevé de Jérusalem où avait déjà eu lieu la Cène, dernier repas du Christ. Les Actes des Apôtres rapportent que « tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. ».

C’est ce jour d’effusion de l’Esprit-Saint sur les Apôtres et du départ missionnaire de l’Eglise que nous rappelons le Dimanche de la Pentecôte. Mais alors… quid du lundi ?

Lundi de Pentecôte : origine du jour chômé

Avant toute chose, il faut savoir, le nombre de jours religieux fériés étant très important, en 1801, Napoléon a voulu faire le grand ménage. En effet, la signature du Concordat marque un tournant : l’organisation des pratiques religieuses en France n’est plus sous la tutelle de Rome, et l’Eglise catholique passe sous l’autorité de Napoléon Bonaparte. Celui qui est alors Premier consul négocie ainsi avec l’Eglise catholique, sur le nombre de fêtes chômées. Il en réchappera quatre, rythmant les saisons : la Toussaint à l’automne, Noël en hiver, l’Ascension au printemps ;  l’Assomption, fête d’été considérée comme royale (car mise en place par Louis XIII suite à son voeu) sera supprimée pour être remplacée par la « Saint Napoléon« , fête nationale de l’Empire qui fut l’occasion de festivités de 1806 à 1813. La semaine de l’Octave de Pâques n’échappe pas aux coups de ciseau, et seul subsiste de ces huit jours fériés, le lundi de Pâques, seul compromis trouvé. De même, avant la révolution, toute la semaine qui suivait la fête de la Pentecôte était fériée. Peu à peu réduit, le repos du mardi de Pentecôte a été aboli en 1771. Le Concordat a réduit le caractère férié au seul Lundi de la Pentecôte. Le Lundi de Pentecôte est finalement devenu officiellement un jour férié d’après la loi du 8 mars 1886. Pie X abrogera en 1911 le Lundi de Pentecôte comme jour chômé. Cependant, plusieurs pays le garderont. Depuis la signature du Concordat de 1801 entre l’église catholique et Napoléon, le lundi de Pentecôte était donc, dans l’ensemble de la France, un jour férié. Celui-ci sera remis en cause par le gouvernement Raffarin en 2004 (devenu alors férié non chômé) puis revu comme férié (sauf pour certaines branches) en 2008.

Le Lundi de Pentecôte, un jour chômé pour … prier !

Si les jours étaient chômés, ce n’était pas pour faire la grasse mat’ ou aller faire du vélo, mais pour permettre la pratique religieuse. Il faut savoir que le nombre important de fêtes avait conduit le Concile de Trente à revoir les choses. Plus récemment, le Concile Vatican II a fait de son côté un ménage parfois justifié mais aussi parfois difficile à comprendre, et notamment sur cette question de la Pentecôte. Car, à l’instar de l’octave de Pâques (c’est-à-dire les huit jours qui suivent la fête de Pâques) durant laquelle se prolonge la joie de Pâques dans la liturgie, il existait  à Rome – depuis le Pape Léon Ier Le Grand (pape de 440 à 461)- une octave de la Pentecôte, période qui a été étendue à l’Occident à partir du VIIIème siècle, mais qui a été supprimée après les années 70, à la grande surprise du Pape Paul VI qui s’en émouvra auprès de proches. Une anecdote dit même que, allant célébrer la messe le lundi de Pentecôte, il fut étonné de recevoir une chasuble de couleur verte, correspondant au Temps Ordinaire du calendrier liturgique.

Jusqu’au milieu du XIX° siècle, les fêtes de la Pentecôte duraient trois jours et la fête de la Pentecôte elle-même était précédée d’une vigile.

La Vigile de la Pentecôte

Les lectures de la messe et de la veillée qui a existé jusqu’en 1955 sont issues d’un heureux compromis entre les emprunts faits à la vigile pascale et les textes nouveaux choisis pour leurs allusions à l’Esprit Saint. 

Dans l’ancienne organisation, on répétait à la vigile de la Pentecôte, les lectures de la vigile pascale sauf celle de Genèse 22 (sacrifice d’Abraham) qui était trop caractéristique de la vigile pascale. Par la suite, un certain partage, d’ailleurs variable, fut tenté sur les deux vigiles. Le Missel Romain a hérité de la liste grégorienne, complétée en Gaule au VIIIème siècle ; elle n’est plus utilisée désormais. 

A la messe de la vigile on reprend le verset d’alleluia et le trait de la vigile pascale. L’antienne et le psaume d’introït sont empruntés à la liturgie baptismale du 4ème mercredi de Carême. 

Les textes originaux se rapportent encore au baptême, mais ils mettent l’accent sur le don de l’Esprit. C’est tout particulièrement le cas de l’épître et de l’évangile. L’antienne de communion, tirée de l’ancien évangile de cette vigile, souligne fortement le lien du baptême et du don de l’Esprit. 

A. G. Martimort, L’Eglise en prière : introduction à la liturgie.

Le lundi de la Pentecôte était considéré comme « fête d’obligation ». Le second jour était une fête solennelle consacré à la gloire du Saint-Esprit. L’Église s’adressait aux nouveaux baptisés et aux nouveaux confirmés pour leur annoncer la grandeur de leur nouvel état. Depuis 1965 et le nouvel ordo liturgique, le lundi de la Pentecôte n’est plus liturgiquement solennisé. Il n’y a plus de liturgie du lundi de la Pentecôte, alors que dans le Vetus Ordo, sont par exemple repris la séquence du dimanche « Veni sancte Spiritus » (qui rappelons-le est obligatoire même dans le nouvel ordo) ou encore aux vêpres le « Veni Creator« . 

Le Bienheureux John Henry Newman disait :

« .. considérons les offices du bréviaire pour la Pentecôte et son Octave comme la plus importante, peut être de toute l’année ». (Bienheureux John, Henry Newman.)

Face aux détracteurs des jours fériés d’origine chrétienne, aux « libres »penseurs et à tous ceux qui voudraient remettre en question ce jour férié (et quelques autres) en prétextant une égalité avec d’autres religions (cela pour mieux cacher un anti-christianisme radical), il convient de se rappeler les origines de ce Lundi de Pentecôte. Certes, les pèlerinages et pardons existent et permettent de vivre chrétiennement ce jour. Mais il n’est pas inutile de rappeler que, loin d’être un jour pour se reposer ou un jour chômé tiré du néant, ce seul jour qui nous reste de l’octave de Pentecôte permet de réfléchir à l’importance de restaurer l’observance liturgique de l’Octave de Pentecôte.

Comment comprendre que brutalement l’on passe dans le calendrier liturgique de la venue de l’Esprit-Saint au Temps Ordinaire, alors même que la vie de l’Eglise est enracinée certes dans la mort et la résurrection du Christ, mais aussi dans la Pentecôte, accomplissement du Mystère Pascal. Célébrer l’octave de la Pentecôte, comme pour Pâques, permet de donner une certaine résonance à cette fête, comme un écho qui amplifie le message divin. Pour reprendre les propos de Martimort, disons que la semaine de la Pentecôte veut être à la fois une véritable octave de la Pentecôte, une réplique de la semaine pascale, et une semaine des Quatre-Temps. Ainsi, Dom Guéranger (« l’Année Liturgique ») précise que « la succession des jours d’une si solennelle Octave nous permettra de signaler tour à tour ses œuvres dans l’Église et dans les âmes »Comme le signale Guy Nichols, oratorien brittanique, les textes évoqués par le cardinal Newman  et « ses réflexions issues des Pères sur les lectures de l’Évangile de chaque jour nous invitent à approfondir notre assimilation des mystères de la Vie de l’Église, dont l’âme est l’Esprit Saint (CEC 797) ».

L’octave de la Pentecôte ne devrait-elle donc pas être l’octave suprême chez un chrétien, une invitation à nous rappeler l’importance de cette fête et à la méditer tout au long de cette octave, avant d’entrer dans le temps ordinaire et de devenir missionnaire du Christ ?

(1)  Sept semaines figuratives avaient séparé la sortie d’Égypte de la promulgation de la loi sur le Sinaï, et l’Hymne divise le temps de Pâques à la Pentecôte, comme l’Écriture le fait elle-même, en sept fois sept jours, après lesquels apparaît le cinquantième qui désigne l’éternité ; le nombre sept rappelle aussi les sept sacrements et les sept dons du Saint-Esprit (source : Introibo)

Pour en savoir plus :

  • Lundi de Pentecôte sur le site « Cybercuré« 
  • Pentecôte, l’octave suprême ? sur le site de la Schola Saint-Maur
  • Lundi de Pentecôte sur le site Introibo
  • A. G. Martimort, L’Eglise en prière : introduction à la liturgie. Editions Desclées

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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