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Sublime Requiem !

Avant de commencer la lecture de cet article, cliquez ici et laissez-vous porter par le Requiem de Fauré. Puis à l’écoute de ce chef-d’oeuvre, entamez ces lignes…

La messe catholique des funérailles nous parle peu de mort ; l’Eglise préfère parler de sommeil, de repos : c’est le sens même du mot latin : « Requiem » (repos). Le défunt se repose, il dort,  dans l’attente de la résurrection, de la Vie, de la lumière et de la paix avec le Christ : et exspecto resurrectionem mortuorum (j’attends la résurrection des morts). N

C’est donc avec pertinence, alors que le cercueil vient d’être déposé devant l’autel, entouré de cierges, que commence la cérémonie des funérailles par le chant du Requiem. Toute la famille, les amis, le clergé vont accompagner  le défunt dans son « repos éternel » : Requiem aeternam dona eis Domine : et lux perpetua luceat eis (Donne-leur le repos éternel, Seigneur : et que la lumière brille à jamais sur eux). Chant sublime, prière ardente, action de grâce à la pensée de la Jérusalem céleste où l’âme est destinée à entrer, mélodie ascendante d’une extrême douceur confiante qui invite à l’Espérance chrétienne de la résurrection. Bien des personnes, qui à l’occasion d’obsèques ont pu  entendre pour la première fois le Requiem, ont avoué avoir été saisies d’une intense  émotion qui les étreignait dans tout leur être, les mettant comme en communion avec le défunt.

Requiem :

Cette référence constante au repos (Requiem) du défunt, nous le retrouvons tout au long de la messe des funérailles : le majestueux chant du Die Irae (long poème médiéval, œuvre du franciscain italien Thomas de Celano, + 1250), qui après avoir mis le défunt face à son juge « redoutable », implore sa miséricorde infinie, imploration qui va crescendo et finie par toucher Dieu « Huic ergo parce Deus : Pie Jesus Domine, Dona eis requiem » (Mon Dieu, pardon pour les pêcheurs – O bon Jésus, notre Seigneur – Ton grand Repos accorde-leur !)  A noter que ce chant n’est plus en usage, jugé traumatisant, et peu … chrétien, voir païen (sic) par certains  pour ses références au « châtiment suprême » pour le  défunt qui fut aussi un pêcheur, et l’imagerie « apocalyptique » de ses versets.  Le bannissement de ce superbe poème est d’autant plus stupide, que Apocalypse veut dire Révélation, et le défunt qui paraît devant son Dieu est définitivement dans la Lumière de la Révélation Divine, c’est bien  ce que chante le Dies Irae (cf fichier sonore ci-dessous). Il faut avoir une bien piètre lecture de ce texte, pour y voir une exaltation de la souffrance, du châtiment divin, alors qu’au contraire, c’est la montée graduelle du pêcheur-défunt vers la Lumière divine qui est exaltée. Seules aujourd’hui, dans certaines communautés monastiques de sensibilité traditionaliste il est intégralement chanté.

Dies Irae :

L’Agnus Dei, qui en temps ordinaire se termine par Dona nobis pacem (Donne nous la paix), laisse la place à Dona eis requiem sempiterna (Donne lui le repos éternel).

Le chant de communion Lux aeterna reprend également le thème du Requiem.

La prière de la Post-Communion s’achève également par le Requiescant in pace (qu’il repose en paix), phrase célèbre que l’on retrouve en épitaphe sur la majorité des tombes.

L’Absoute par son chant du Libera (Répons composé au Xe siècle) réaffirme ce repos : Requiem aeternam dona eis , Domine : et lux perpetua lucet at eis (Donne-leur, Seigneur, le repos éternel. Et que la lumière brille à jamais sur eux). On remarquera que le dernier chant de la cérémonie des funérailles, le Libera reprend « in texto » le Requiem  qui débute la cérémonie.

L’Oraison finale, devant le tombeau qui va recevoir le corps, insiste encore une dernière fois sur ce repos du défunt désormais « associé au chœur des Anges » : Requiem aeternam dona eis Domine – Et lux perpetua luceat ei, nouvelle insistance que vient clore le Resquiescat in pace (qu’il repose en paix).

Qui oserait prétendre que l’Eglise dans sa liturgie authentique n’a pas le souci du défunt, et l’accompagne jusqu’à sa sépulture ? La mort a perdu son caractère redoutable, et est devenu le « passage » vers l’éternité bienheureuse, le «dies natalis in caelis » (le jour de la naissance au ciel). Nos cantiques bretons, par les mêmes mots simples affirment  cette naissance dans la Patrie Céleste à laquelle, si nous l’avons bien voulu, nous a préparé la Patrie terrestre.

La liturgie grégorienne des défunts, avec son Requiem et son Dies Irae, a été la privilégiée des grands musiciens-compositeurs : les plus célèbres Requiem sont ceux de Mozart, de Verdi et de Fauré. Ces maîtres ont tenu  à intégrer dans leurs œuvres ces traits inspirés. Les notes et l’encens semblent composer de mêmes volutes portant le regard et l’âme vers le ciel.

Le « Memento » de toutes les  messes, invite à prier pour  «ceux qui sont partis avant nous, marqués du sceau de la foi, et qui dorment du sommeil de la paix » (qui nos praecesserunt cum signo fidei, et dormiunt in somno pacis).

Et, quand une messe anniversaire, du souvenir du défunt est célébrée, elle est avec raison appelée « Messe de Requiem », occasion de rappeler que l’être cher dort.

REPOS  OU  FIN ?

Mais,  l’usage profane courant du mot Requiem sous-entend davantage une fin qu’un repos. Ne dit-on pas le « Requiem de quelqu’un, d’une situation » pour exprimer une fin prévisible, en faire le constat ! L’écrivain-historien et Professeur d’Histoires contemporaines à l’Université de Bretagne Occidentale de Brest, Yvon Tranvouez  a ainsi donné pour titre à son livre sur la situation du catholicisme post-conciliaire en Bretagne : « Requiem pour le catholicisme breton ? » Le point d’interrogation est important, car il semble plutôt faire allusion à une fin de ce catholicisme, du moins à ce que fut jusqu’aux années soixante le catholicisme en Bretagne très marqué par la langue, la culture et les traditions bretonnes, un catholicisme qui laisse aujourd’hui la place à un catholicisme apatride et déculturé.  Dans ce titre, on ne voit donc guère une situation  de « repos », mais plutôt de « rupture » et de « mutation ».

Kyrie : 

Aujourd’hui, on ne chante plus le Dies Irae, mais pas davantage  le Requiem., ni d’ailleurs les autres chants comme le Libera me.  Seuls le Kyrie (amputé de son trois fois trois), le Sanctus et l’Agnus Dei de cette messe des funérailles ont trouvé grâce dans le grand ménage liturgique, et sont parfois chantés. C’est regrettable, car aucun chant ne remplacera la volupté spirituelle d’un Requiem, aucun chant n’aura par sa simplicité mélodique et de sa prose,  sa puissance. Nous avons à la place, ce qu’il faut bien appeler d’insipides cantiques d’une affligeante pauvreté musicale et de texte, qui n’éveille rien de transcendant, alors que ces instants de deuil en réclameraient, pour nous projeter vers l’Espérance chrétienne. Il n’est qu’à observer la passivité de l’assistance d’une cérémonie d’obsèques pour se rendre compte du peu de conviction, surtout quand cette assistance chante (annone, serait plus exacte) « J’étais dans la joie, quand je suis parti vers la Maison du Seigneur ». Il se peut,  mais il semble alors que ce soit en traînant des pieds …  Il est vrai que le plus tard possible, du moins pour ceux qui restent, est assurément le mieux …  Seule, l’animatrice, aidée de quelques voix viennent sauver la situation.

Avec un beau Requiem, point de cette phraséologie faussement dévote à laquelle personne ne semble croire.  Or, nous pouvons témoigner, qu’une belle liturgie de funérailles, par ses chants, son rituel, son sacré, peut-être un puissant réconfort pour la famille, les amis, mais aussi un témoignage très fort.  Nos cantiques bretons ont pris en compte cette nécessité « d’accompagner » le Trépassé – on ne disait que rarement défunt ou mort- par de beaux cantiques. On peut même leur reconnaître la même puissance que les plus belles pièces grégoriennes : citons, bien sûr,  le plus connu, le cantique du Paradis « Jezuz pegen braz  ve »,  le « Tremen ra pep tra », la « gwerz Ar Purkator », le « Baradoz Dudius » ou encore le « Kristenion vad ». Tous ceux, liturgistes souvent autoproclamés, qui se sont essayés à composer des messes, des cantiques  pour les défunts, ne sont pas parvenus à sortir d’une certaine médiocrité ; des « œuvres » qui ne pouvaient trouver leur terrain d’exercice que dans la médiocrité d’une majorité des liturgies paroissiales d’aujourd’hui, et qui ne pouvaient que satisfaire les ignorants des authentiques trésors liturgiques de l’Eglise : n’est pas Mozart, Verdi et Fauré qui veut …

Le Requiem est-il alors définitivement condamné ?  

Nous ne le pensons pas. Outre qu’il est très court, six lignes bissées, sa mélodie est très aisée à retenir. Quant à la traduction, on ne nous fera pas croire, pas plus d’ailleurs que pour les cantiques bretons, que les fidèles sont incapables d’en saisir le sens, de les apprendre. Bien que cela soit interdit, bien des prêtres et des équipes liturgiques acceptent que soit chanté à des obsèques des chants profanes, au motif que le défunt aimait telle ou telle chanson de stars, alors même que sont bannis les chants grégoriens (que rappelons-le, le Concile Vatican II n’a pas rejeté, bien au contraire) dont le Requiem ou nos cantiques bretons. Les exemples passés et récents abondent. Spirituellement, mais aussi culturellement -car n’en déplaise à certains, les deux sont liés – il est très dommageable de priver les croyants de tels trésors qui ont autant de significations que la lumière des cierges, le parfum et les volutes de fumées de l’encens, ou les glas.

Soyons convaincus qu’en se basant sur ces trésors liturgiques pour célébrer nos funérailles, les vivants retrouveront cette espérance qui semble si absente de nos sociétés.

Le repos, le sommeil des défunts : l’Eglise catholique, mais aussi les Eglises Orientales insistent beaucoup sur la mort-repos. On retrouve ce concept dans la « Dormition de la Vierge Marie », dormition voulant dire sommeil, et comme le dit la tradition, la Mère du Christ n’a pas connue la mort, mais sa dormition (son sommeil) l’a élevée au Ciel (Fête de l’Assomption, le 15 août). Le cimetière est le lieu de repos (du grec, coemeterium), c’est le lieu où dorment les ancêtres, d’où encore cette insistance à graver sur les sépultures  « Ci-gît », indiquant « qu’ici quelqu’un dort » (le gisant, de gésir = couché, sans mouvement), se repose dans l’attente de la résurrection. Ainsi, voyons-nous  tout le sens liturgique et de Foi que contient le simple mot latin de Requiem, le Chrétien se repose en terre consacrée.

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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3 Commentaires

  1. Je suis heureux de ce bel article qui remet à l’honneur la messe de Requiem et qui nous l’explique avec simplicité pour en saisir tout le sens, la profondeur et la beauté! Il semble que la liturgie d’autrefois ai déployée tout ce qu’elle a de sublime(notamment pour le Requiem) pour accompagner nos défunts! La messe grégorienne des défunts telle que l’ont chantés nos parents, grand-parents est d’une beauté, et d’une douceur saisissante! C’est déjà un avant-gout du Ciel et un réconfort pour ceux qui restent ici-bas!
    Mais hélas on ne l’entends plus guère et lorsqu’elle est parfois chantée en paroisse il se trouve toujours quelques « allergiques » pour la décrier! Je l’ai vécu avec ma chorale il y a 2 ans!

    Bien sur les Requiem de Fauré et de Mozart sont de très belles pièces musicales à caractère orchestral mais elle ne remplaceront jamais le Requiem grégorien. Son caractère monodique, la simplicité de sa mélodie le rend accessible à tous, tandis que l’interprétation d’une pièce classique dans sa forme orchestrale n’est accessible qu’aux musiciens initiés.

    J’ai personnellement toujours eu un peu de mal avec les textes sacrés adaptés sous forme de pièces de musique classique (ayant une interprétation orchestrale). J’aurai toujours l’impression en écoutant le Requiem de Mozart ou de Fauré d’assister à un concert, tandis qu’avec un beau cantique populaire ou une pièce grégorienne je me sentirai vraiment à la messe.Mais ceci est un autre débat…

    Votre article Youenn tombe à point nommé et j’aurai l’occasion prochainement de présenter aux lecteurs d’Ar Gédour une messe bretonne des défunts.Ayant fait le constat que la réforme liturgique ne proposait pas de messe de Réquiem, je me suis dit qu’il fallait en proposer une, comme alternative à la messe grégorienne de Requiem.
    Il ne m’a pas fallu longtemps (et avant que je découvre votre article) pour adapter quelques mélodies de nos cantiques bretons pour les défunts aux paroles du kyrié, du sanctus et de l’Agnus et en faire une messe des défunts dite « de Saint Hervé » (c’est à lui que l’on attribue les paroles du kantik ar Baradoz).

  2. Très bel article ! Salutaires rappels liturgiques !
    A noter : En novembre 2011, dans une église de Poznam, en Pologne, le père Bernard Deneke de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP), célébrait la messe de requiem de Mozart, pour l’anniversaire de la mort (1791) du grand musicien.
    Solistes, chœur et orchestre sous la direction de Marcin Sompolinski.
    Cette Missa Pro Defuncto a été enregistrée. Elle peut être visualisée sur Youtube,
    à cette adresse : https://www.youtube.com/watch?v=CPGx76vR414

    Divine alliance du Sacré et du Beau !

  3. A l’image du Requiem,votre article est d’une grande « volupté spirituelle », Youenn, dans la ligne d’Er Gédour. Et la tristesse de nos enterrements contemporains est à l’image de la déchristianisation , faite d’ignorance et d’abandon. Ha goahoh-goah ged er bréhoneg!

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