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1793-2015 : UNE «CERTAINE FRANCE» QUI N’AIME PAS SES EGLISES

Amzer-lenn / Temps de lecture : 11 min

Nous avons bien écrit une « certaine France », et non pas la France, comme nous aurions pu l’écrire de n’importe quel pays d’Europe, y compris la Bretagne. Nous aurions pu l’écrire car  nos sociétés sont toutes, du fait du rejet de leurs racines chrétiennes, de Dieu lui-même, sur la voie suicidaire de  l’apostasie.  Les «élites» ne représentent plus le «Pays réel», celui des «terroirs et des clochers»  Cette France dite du «Pays légal», c’est à dire déracinée,  n’en finit plus de se pervertir et de pervertir le monde par ses idéologies, ses lois  anti-chrétiennes et ses « valeurs »  républicaines abstraites, inversion de la Loi Divine et des simples lois naturelles.  Une France qui est le contraire du «Pays réel», ce pays enraciné dans les particularismes de ses terroirs et de ses traditions ; cette France, cette Europe couvertes du vaste manteau blanc des cathédrales, la majorité d’entre elles dédiées à la Mère du Christ, et que certains voudraient voir effacer, faire comme si cette Europe des cathédrales n’avait jamais existé.

 

locronanEt ce qui vaut aujourd’hui pour la France, vaut pour la Bretagne, terre sacrée où à chaque pas nous croisons une chapelle, une croix ou un calvaire, vaut pour tous les pays d’Europe confrontés aux même  problèmes de leur devenir en tant que nations chrétiennes, et par découlement de tout son héritage patrimonial. L’apostasie qui ne dit pas encore son nom, le reniement affiché des racines chrétiennes ont pour corollaire le désintérêt, le mépris,  puis la haine de tout ce qui en est le rappel constant, ce qui implique la haine de soi, de l’héritage spirituel et culturel reçu. Notre patrimoine religieux, parce que chrétien devrait donc être regardé comme étant notre  mauvaise conscience  face à d’autres spiritualités ;  le sanctuaire chrétien fait alors tache et dérange.

Pourtant, le peuple profond, croyant ou non, lui, en dépit des «élites» travaillées par une laïcité mortifère, reste très attaché à ses églises.

Parler de l’avenir du patrimoine religieux de l’Europe, de la France, de la Bretagne revient à parler du même problème, car les situations ne diffèrent que de peu. Quand nous écrivons qu’une «certaine France n’aime toujours pas ses églises», nous entendons une «élite» apatride héritière de la Terreur de 1793 qui a porté  le sacrilège iconoclaste jusqu’au «Prodige» (1) détruisant ses églises et ses monastères afin d’éradiquer le christianisme, les réduisant à des carrières de pierres, et dans les moins pires des cas, les transformant en temples  de la grotesque « Déesse Raison », en prisons, en bordels ou en écuries. Les Bolcheviques de la Révolution russe de 1917, les Républicains de la guerre civile espagnole, en fidèles élèves des idéologies de la Révolution Française feront aussi bien. Nos deux guerres mondiales n’auront pas plus de scrupules, à coups de forteresses volantes, pour détruire les trésors inestimables, religieux et profanes de l’Europe.

«Moi, je n’aime pas les cathédrales» est la phrase inscrite sur la première page du carnet de bord d’un aviateur anglo-saxon abattu alors qu’il venait de bombarder Rouen, et qui avait à son actif le bombardement de Cologne. Une phrase significative qui fut hélas la  feuille de route  des concepteurs de cette guerre aérienne qui anéantissait tout.  Aux cathédrales, pouvait très bien, disait-on,  succéder le béton armé. Par ailleurs, en temps de guerre, détruire l’âme d’une civilisation, surtout à travers ses monuments religieux les plus prestigieux a toujours été une « priorité ».  La destruction du monastère de Saint Benoît sur le Monte-Cassino (Italie) en juin 1944 en est un exemple, comme la destruction de la splendide église Maria-Kirsche de Dresde. Des destins qui auraient tout aussi bien pu être celui du Mont Saint-Michel, et il s’en fallut de peu..(2)

En Terre d’Islam, que ce soit au Moyen-Orient, en Orient, en Asie, en Afrique, mais aussi en Europe (Kosovo) la destruction systématique du patrimoine religieux chrétien,  aujourd’hui comme depuis quinze siècles, est inhérent à cette religion qui véhicule une authentique idéologie anti-chrétienne.  Pour toutes ces idéologies, la destruction des pierres « matériaux » (églises) va de pair avec l’anéantissement des «pierres vivantes» que sont les chrétiens. Nous le voyons avec l’actuelle tentative d’éradication des Chrétiens d’Orient.

Dans tous les cas historiques cités, ce qui unit tous les thuriféraires de ces idéologies de mort c’est la haine du Christ et de sa Croix.

Ajoutons qu’aux  récentes destructions des temples gréco-romains de Palmyre par les «cinglés d’Allah» a suivi la destruction du monastère syriaque catholique de Mar Elian Qaryatain, joyau des premiers siècles de l’Eglise,  relevant de la même démarche. Ces destructions relient ces deux piliers de notre civilisation, deux cultures pré- et post-chrétienne, qui loin de s’opposer, sont complémentaires. Saint Paul  disait que le monde antique était la préface  à l’annonce du monde chrétien, à l’annonce de ce «Dieu inconnu», le Christ dont il entretenait les Grecs sur l’Agora..

Nous déplorons donc à juste titre la destruction des prestigieux sites antiques, dont d’ailleurs semble assez vite se consoler la bien-pensance apatride.  Mais tous les idéologues, qui en leur temps se sont toujours auto-proclamés prophètes d’un projet de «paradis sur terre»  mais ne sont parvenus qu’à créer un avant-goût de l’Enfer, ne pouvaient exister qu’en éradiquant tout ce qui pouvait accuser de leurs forfaitures. Non-satisfaits d’exterminer tous ceux qui se refusaient à les suivre dans leurs folies habillées des oripeaux de caricatures de religions, ils se devaient d’effacer tout ce qui était symboles de la Foi dans le Christ. Ces symboles étaient – et sont encore – nombreux sur toutes ces terres chrétiennes (ou qui le furent). Trop nombreux encore, à leur goût, dans cette vieille Europe fatiguée de vivre, fatiguée de sa Foi, fatiguée de ses enfants, des symboles qui sont le rappel constant de ses racines chrétiennes, et des symboles forts que sont toutes ses églises, ses cathédrales, ses chapelles, ses monastères, ses croix, constituant une immense fresque à la gloire de Dieu, de la Vierge Marie,  des saints et saintes.

C’est donc en toute logique que tous ces prophètes, au nom de leurs idéologies, de leurs idoles, de leur propre néant spirituel et culturel et de leur déracinement, entendent déraciner les peuples chrétiens dans leur foi et leurs traditions, les chasser de leur terres ancestrales, ou  les rendre étrangers dans ce qui fut leur patrie. Tous se sont attaqués aux sanctuaires sacrés de la chrétienté que sont les églises. Il n’y a aucune différence entre la soldatesque sans-culotte de 1793 perpétuant le génocide vendéen, les nationalistes turques exterminant en 1915 le peuple Arménien, les bolcheviques de 1917, les Républicains communistes de la guerre civile espagnole, les bombardements de nos guerres, les talibans d’Allah, et la haine recuite des «Libres penseurs», des Francs-maçons de toutes obédiences, des reliquats d’un Jurassic Parc communiste, des groupuscules satanistes et profanateurs,  des cathophobes professionnels. Tout se résume en une phrase : «effacer partout l’Histoire chrétienne des peuples»

UN  « MOBILIER  NATIONAL »  TRES  ENCOMBRANT

Le Mobilier National.jpgEn 2002, paraissait le roman-fiction «Le Mobilier National». L’auteur, Laurence Cossé (3) situe son roman dans les vingt années qui viennent et qui voient s’achever la déchristianisation  de la France et de l’Europe. Dans cette France qui a échangé toute son histoire chrétienne et catholique, contre le néant spirituel, l’immense patrimoine architectural et  religieux, les églises, les chapelles, les cathédrales sont, à de rares exceptions, devenus inutile, encombrants et « budgétivores » par leurs  restaurations et entretien constant. Devant ces contraintes financières, le Ministère de la Culture  envisage le plus froidement du monde de faire détruire – pardon « déconstruire » – cent cathédrales sur les cent- soixante-dix que compte le pays. Cette déconstruction  iconoclaste et digne des Ancêtres de 1793 et des Talibans d’aujourd’hui passe d’autant mieux que les générations encore attachées à ce patrimoine sacré ne sont plus, et  les derniers qui en gardaient un attachement nostalgique ayant un pied dans la tombe ne sont plus un problème. Les esprits, et surtout ce  qui reste de clergé  ayant  évolués dans le «bon sens»,  l’effacement de ces témoignages d’un passé considéré comme révolu  rencontre le consensus désiré. Certes, il y a bien quelques indécrottables nostalgiques, mais qui n’ont pas réalisé que même une «certaine Eglise»  se trouve soulagée d’être enfin détachée de ces édifices  triomphalistes,  préférant, comme au bon vieux temps des années post-conciliaires une «Eglise des pauvres» faisant profil bas,  et trouvant sa jouissance spirituelle dans la nostalgie imaginaire des Catacombes .

On pourra sourire, hausser les épaules d’un tel roman préconisant la destruction de nos cathédrales, en se disant que l’auteur y va un peu fort. La vérité est que nous aurions grand tort de prendre ce roman à la légère. Cette œuvre  littéraire, loin d’être gratuite, est l’un de ces fameux ballons d’essais qui ont pour mission de  lancer un débat, de sonder l’état d’esprit du bon peuple sur certains sujets de société dits sensibles. Puis, on n’en parle plus, mais les politiciens idéologues, les médias qui font l’opinion, toute la sphère anti-chrétienne, jour après jour, font accepter ce qui hier était inacceptable, l’impensable devient le pensable, la fiction devient la réalité, puis on ressort à intervalles réguliers le ballon d’essai, faisant tranquillement son chemin…

Or ce roman, lu comme une fiction à sa parution, est devenu en 2015 une réalité. Dans notre société nihiliste, tout ce qui rappelle, de près ou de loin, nos racines chrétiennes est l’objet de toutes les attaques, de tous les dénigrements, de toutes les contre-vérités, de toutes les profanations. Les actualités, quand les médias daignent en faire état, sont là pour en témoigner. Et l’idée de « déconstruire » des églises est déjà devenue la préoccupation de certains élus, chez qui l’idéologie d’une laïcité christianophobe prend le pas sur de prétendus impératifs financiers : les exemples sont nombreux, les actualités en témoignent…discrètement….

La France et l’Europe ne sont pas en guerre, du moins pas sous la forme guerrière dans laquelle on imagine ce type de confrontation, mais la France et l’Europe sont en guerre contre elles-mêmes, contre tout leur passé chrétien, leurs traditions, leurs patrimoines, en guerre contre ses berceaux qui ne reçoivent plus ceux qui devraient-êtres les héritiers de ce patrimoine.  Et c’est bien en 2015 qu’on envisage, comme dans le « Mobilier National » de raser en France près de 3000 églises au motif qu’elles ne sont plus utilisées pour le culte, qu’elles sont coûteuses d’entretien et sont, vu leur état de délabrement, des dangers publics. De plus, elles occupent un espace qui serait mieux utilisé pour la construction de  logements sociaux ( évidemment ), de parkings et autres édifices «d’utilité publique»

Rappelons, que ce «Mobilier National»,  s’il est devenu «National» au sens d’appartenir à la Nation, c’est à dire à l’Etat, et non plus à l’Eglise, aux catholiques, c’est bien parce que l’Etat, quel qu’en soit les régimes, a régulièrement fait, tels des brigands, main-basse sur tout le patrimoine religieux. Devenu propriétaire de la manière la plus grossière et illégale, puisque cette prise de possession relevait de vols purs et simples, il était normal que cet Etat voleur  entretienne les édifices qu’il s’était approprié, ce que d’ailleurs, reconnaissons-le, il fit, et souvent de façon heureuse, ce qui doit donc être mis à son crédit. Mais aujourd’hui, l’Etat ne veut plus assumer ses responsabilités de propriétaire, réduisant ses budgets «culturels», préférant investir dans des projets ruineux, douteux qui sont souvent des contre-témoignages de nos racines culturelles et plus encore spirituelles, mais en revanche témoignent de notre décadence.  Abdiquant de plus en plus ses devoirs, l’Etat préfère refiler l’entretien du patrimoine religieux comme profane, aux départements, aux communes qui la plupart du temps n’ont pas les moyens financiers d’assumer cette tâche, et cela nous ramène au roman «Le Mobilier National».

A suivre, la seconde partie de cet article : ET  LA  BRETAGNE, AIME-T- ELLE  ENCORE  SES  EGLISES ?

SOURCES :

1)      « La Révolution française ou les prodiges du sacrilège », de Jean Dumont. Criterion-édition.(1984 )

2)      Article de « l’Aurore » « Je n’aime pas les cathédrales » par Georges Roussel (Janvier 1956) . Le monastère du Mont-Cassin et l’église de Dresde ont été depuis reconstrits, mais d’irremplaçables trésors ont été détruits.

3)      «Le Mobilier National» de Laurence Cossé. NRF. Gallimard (2001)

À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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