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L’ABBE PERROT, UN TEMOIN POUR NOTRE TEMPS (3)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Hier nous vous évoquions la figure de l’abbé Perrot et son engagement pour la langue bretonne. Voici la troisième partie de cette chronique proposée à l’occasion du 70ème anniversaire de sa mort, texte réalisé à partir de documents originaux et parfois inédits. Nous rappelons à nos lecteurs que toute utilisation autre qu’une citation partielle (maximum d’un paragraphe avec mention de la source AR GEDOUR) nécessite une autorisation écrite de l’auteur et d’AR GEDOUR, que ce soit pour le texte ou pour les documents iconographiques.

 

LE PATRIOTISME DE L’ABBE PERROT

« Mes devoirs de citoyen français ne me feront jamais oublier mes devoirs de patriote breton plus profondément gravés dans le quatrième commandement de Dieu que mes devoirs vis-à-vis de l’Etat centralisateur qui nous écrase ». L’abbé Perrot n’a aucune leçon de patriotisme français à recevoir car ses états de service au front de 1914 -1918 parlent pour lui : « J’ai fait toute la guerre, et plus que mon devoir », dira-t-il. Quatre années durant, il sera brancardier, et il sera cité pour « acte de bravoure ». Il recevra la Croix de guerre avec citation, mentionnant qu’il « s’est présenté comme volontaire pour évacuer sur une brouette un blessé urgent sur une route très violemment battue par l’artillerie et malgré les gaz toxiques a réussi à accomplir la mission dont-il était chargé » (Ordre N° 64 du 22 juillet 1918 . extrait de son livret militaire). En septembre de cette même année, à la veille d’une grande offensive, il rédige son « Testament politique et spirituel » aux Bretons.  Voilà ce qu’il dira dans ce testament qu’il n’a jamais modifié, dont nous vous présentons ci-dessous les pages 1 et 4 (document inédit en version manuscrite) :

« Au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Chers Bretons que j’ai tant aimé et que j’aimerai toujours, je vous demande une prière afin d’être bien accueilli, bien que je sois un grand pécheur, dans le paradis de Dieu. Pour Dieu et la Bretagne que j’ai défendu toute ma vie, je meurs en terre de France. Je meurs pour la plus grande gloire de Dieu et de la Bretagne.  (souligné dans le texte original). Mon plus grand désir était, avant de quitter cette terre, de voir mon pays depuis Rennes jusqu’à Saint Mathieu – Finistère, dirigé comme jadis par les Bretons et par les Bretons seulement. Chaque homme maître chez lui ; chaque peuple maître de son pays […]

[…] Les droits de la Bretagne, comme les droits de chaque peuple, sont sacrés et ne peuvent être étouffés à moins d’étouffer auparavant tous les Bretons. Sainte Anne, grand-mère de notre sauveur Jésus Christ, mère de la Vierge et mère de notre pays, bénissez vos Bretons et faites que la Bretagne vive à jamais ! »

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La France remerciera les Bretons par plus de persécutions contre leur langue, leur culture, la négation de leur Histoire, et plus de francisation. Pendant la Seconde guerre mondiale, via le Bleun-Brug et Ololê-Urz Goanag Breiz, il fait envoyer de nombreux colis aux prisonniers bretons des Stalags, mais beaucoup ne parviendront malheureusement pas à leurs destinataires. Après sa mort, une enquête permettra de découvrir qu’une partie des colis étaient détournés par la résistance communiste.

A de rares exceptions, les historiens qui se sont penchés sur sa vie se sont davantage intéressés au militant breton, l’enfermant dans un cadre politico-historique, qu’à « l’homme de Dieu ». Le temps est venu de lire sa vie et de comprendre son oeuvre, son apostolat, son patriotisme avec une lecture chrétienne pour remettre au premier plan le prêtre, le « soldat du Christ » Prétendre honorer l’abbé Perrot en ne prenant que le « Breiz » de sa devise, et ignorer « Feiz », revient à ne pas comprendre le sens de ses combats, à dénaturer son œuvre, son patriotisme, à le trahir.

C’est encore Jean-Paul II qui dans son poème « Qu’en je pense Patrie » fait en quelque sorte la « liaison » avec l’abbé Perrot dans un même amour de la terre des ancêtres : « Quand je pense : Patrie – je m’exprime et m’enracine, le cœur m’en parle comme d’une secrète frontière allant de moi vers les autres, nous embrassant tous dans un passé plus ancien qu’aucun de nous. C’est de ce passé – quand je pense Patrie, que j’émerge pour l’enfermer en moi tel un trésor. Sans cesse je me demande comment le multiplier, comment élargir l’espace qu’il emplit » (Mémoire et Identité).Un très beau texte que l’abbé Perrot aurait fait sien. 

Demain, suivez la suite de cette série : LE RESTAURATEUR ET LE BATISSEUR

 

Découvrez les articles déjà parus : 

 

Chapitre 1 :  L’abbé Perrot contre toutes les idéologies

                            & Feiz ha Breiz, les deux identités de la Bretagne

Chapitre 2 :  L’abbé Perrot et la langue bretonne

 

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SOURCES  ET NOTES :

A nos lecteurs qui souhaiteraient des précisions sur les sources des citations ou exemples : elles n’ont volontairement pas été référencées sur ce blog pour ne pas indisposer certains descendants des destinataires de certaines correspondances.  Elles sont, sauf indication contraire, issues des archives de l’abbé Perrot et ont pour but d’illustrer le propos de cet article.

Il est évident que cet hommage à l’abbé Perrot n’a aucunement la prétention de retracer toute sa vie, toute son œuvre, ni de relater toutes ses pensées. Il se veut- être seulement un « survol » d’une vie extrêmement riche au service de la Foi et de la Bretagne, en espérant que cette évocation suscite un intérêt qui ne serait que justice.

Archives  abbé Perrot / Herry Caouissin / Ar Gedour : aucune utilisation du présent texte et des documents iconographiques ne peut-être faite sans l’accord écrit de l’auteur et du site « Ar Gedour ».

 

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À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l'histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l'aspect culturel et spirituel breton.

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6 Commentaires

  1. Un bon résumé de l’esprit de l’abbé Perrot. Qu’il veille sur la Bretagne et les Bretons

  2. Trugarez vras evit ar pennadoù-se !
    Gortoz a ran an heuliad gant hiraezh !
    A galon

  3. bravo pour ces témoignages passionnants qui ont le mérite de remettre les pendules à l’heure après 80 ans de rumeurs mensongeres sur YV Perrot. A quand un nouveau « sauveur » pour aider la Bretagne à s’en sortir?
    Merci à l’auteur pour ce travail magnifique.

  4. LES ORDURERIES FRANCAISES CONTRE LA LANGUE BI-MILLENAIRE DES BRETONS.Louis Mélennec, le 5 janvier 2021.

    QUELLES SALOPERIES !

    On ne peut imaginer ce degré d’abjection contre notre identité et notre langue nationale, bi-millénaire, et si subtile, pour la tuer :
    L’interdiction de confirmer les enfants et de leur donner la communion s’ils ne connaissent pas suffisamment ce que les Français dénomment « la langue nationale », alors que les Bretons sont une nation depuis l’antiquité, authentifiée par Jules César et les auteurs du temps, et que leur propre langue est nationale 1500 ans avant la langue française.
    L’impossibilité de communiquer avec ses propres grands-parents, qui sont bretonnants unilingues, alors que les enfants sont INTERDITS de s’exprimer en breton, langue que leurs parents, dressés à être honteux de leur culture, ne leur apprennent plus, pour leur éviter les misères qu’on leur a infligées du temps qu’ils étaient enfants eux-mêmes, et couverts de punitions lorsqu’ on les surprenait à parler le breton !!!!!!Les psychiatres ont décrit les dégâts mentaux produits pas ces méthodes répugnantes. (Carrer, Etienne, Bothorel, Mélennec ….)
    Histoires vraies : 
    Je n’ai jamais pu communiquer avec mes propres grands-parents, bretonnants, car je ne comprenais pas leur langue, eux ne comprenaient pas la mienne.
    Les visites des gendarmes chez les parents, pour les intimider, parce que leurs enfants parlent le breton.J’ai eu peine à croire cette histoire racontée par Morvan-Lebesque, dans son livre célèbre, « Comment peut-on être breton », (Paris, 1970), encore réédité aujourd’hui. Tant c’est ignoble.Des gendarmes se présentent dans la cour d’une ferme, pour sermonner la pauvre mère, à cause de son garçon, qui parle le breton. Elle bafouille. Le gendarme :- « Alors, chez vous aussi on parle le langage des poules ?Cette histoire est vraie.
    L’un de mes amis a été interviewé l’an dernier, en 2019. Il vivait dans une ferme, et tous partagaient le même repas. Les grands parents, bretonnants, étaient interdits de parler à leur petit fils, pour ne pas l’infecter par leur langage de sauvages !!!!!!Là – ce que j’ai dit est vrai -, l’homme en question, âgé de 74 ans, en racontant cela, s’est mis à pleurer. Il a fallu arrêter l’interview. Ma gorge se serre en relisant cette histoire.Voici un article publié en 1903 par le journal LA CROIX. La France des droits de l’homme utilisait les gendarmes pour combattre notre antique langue, un joyau linguistique : 

    BEAUCOUP connaissent cette insulte abjecte de    contre notre identité :
    « La comédie a assez duré ….. Existe-t-il dans l’administration un préfet à poigne, capable de mater des brutes fanatisées par les prêtres ? Le gouvernement a-t-il à sa disposition quelques commissaires de police courageux ?  … Tapons dessus, de toute la rigueur des lois, de tous les poings des gendarmes …… il doit s’en trouver assez pour entreprendre la colonisation de la Bretagne  » ……
    Et cette autre :

    « Les Bretons sont les nègres de la France ».
    Il y en a comme cela des centaines. Et ces infamies ont des complices en Bretagne !
    C’EST INFECT.J’ai demandé à Jean-Luc Mélenchon et à son émule Alexis Corbière, eux qui ont tant vomi sur la langue de nos ancêtres, de se mettre à genoux devant l’assemblée nationale, et de demander pardon. En les prévenant : on ne leur pardonnera pas iAucun « député » breton n’a à ce jour réagi. Les Berbères sont dans la même situation que nous, ainsi que les Catalans.

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