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Philippe Abjean : « Les gens ont besoin de sacré » (in Bretons Mag)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

philippe abjeanL’été dernier, Philippe Abjean – fondateur de la Vallée des Saints, du Tro Breizh tel que nous le connaissaons aujourd’hui… –  intervenait auprès des séminaristes du Diocèse de Vannes qui visitaient la Vallée des Saints. Nous avions assisté à son intervention qui sortait des sentiers battus, d’autant qu’il s’adressait aux prêtres de demain.

Le professeur de philosophie avait ainsi évoqué certains sujets qu’il reprend dans un excellent entretien publié dans le numéro d’octobre du magazine Bretons. Il interpelle le lecteur : « Dans la crise actuelle du catholicisme, plutôt que de faire des grands discours, le mieux c’est encore de faire des chantiers… »  ajoutant qu’à « une époque de sécularisation, on mise sur les racines chrétiennes, à une époque où les cultures se dissolvent dans une espèce de sous-culture formatée par la télévision, on mise sur une culture populaire très locale. A une époque du jetable, on mise sur 1000 ans. A une époque où il faut boucler un budget avant de lancer un projet, on fait comme au Moyen Age : si on a trois francs six sous, on fait une statue, sinon on attendra un an… »  En bref, tout ce qui devrait faire rater les projets (suivant les canons actuels) provoque au contraire leur réussite. 

 

L’EGLISE, UNE AFFAIRE D’INTELLECT ? 

Reprenant la genèse de son travail sur la Vallée des Saints, le revival du Tro Breizh et la sauvegarde des chapelles, il précise d’une manière fort intéressante que « l’Eglise a arrêté de s’adresser au coeur des gens » (nous précisons : y compris par leur langue de coeur qui est le breton). Il ajoute : « l’erreur de l’Eglise a été de faire de la religion une affaire d’intellect. Il fallait que les gens comprennent, donc on a supprimé le latin (NDLR : et le breton). Alors qu’une grand-mère qui chantait le Credo ou le Gloria savait bien ce qu’elle chantait, elle n’avait pas besoin d’avoir fait du latin en fac. Il fallait enlever les statues, c’était de la superstition, ne plus se mettre à genoux, c’était infantilisant, ne plus sortir les bannières de procession, c’était de la naïveté […] Et comme les Bretons sont assez légitimistes, ils n’ont rien dit mais ils sont partis sur la pointe des pieds, ils ont déserté les églises.«  Philippe Abjean continue en disant que les gens ont un instinct du sacré mais ils ont perdu le sens de la sacralité. Ils en ont pourtant besoin d’où un déplacement du sacré religieux vers une sacralisation de la famille (qui d’ailleurs en prend un sacré coup depuis quelques temps). 

 

LES VERTUS THEOLOGALES

Mais l’article met le doigt sur un autre point digne d’intérêt. Le fondateur de la Vallée des Saints, qui a fait une licence de théologie, met l’accent sur les trois vertus théologales que sont la foi, l’espérance et la charité. Ainsi concernant la foi, il rappelle que les gens ne croient plus en rien… même les prêtres. Il généralise peut-être, mais pas tant que cela. « Allez demander à un prêtre, il n’ose même plus parler de la résurrection des morts (une image). Les anges ? On va avoir l’air bête… »  Philippe Abjean ajoute : « Du coup, les sermons se réduisent à une sorte de moralisme. La foi a disparu, elle va peut être revenir. Quant à la charité, l’Eglise a prospéré sur les insuffisances de la société civile. Quand il n’y avait pas d’écoles, elle en a ouvert, elle a créé des hôpitaux, des orphelinats… L’Etat a récupéré tout cela… Mais du coup, qu’est-ce qu’il reste ? L’espérance ! Il faut donner des projets  ! Avant, l’espérance c’était le paradis, dit-il. Tout tournait autour de cela. Aujourd’hui, cela a disparu des discours d’Eglise, et il n’y a plus d’espérance tout court. Dans les messes, on n’annonce rien. Comment s’étonner après qu’il n’existe pas de passage de relais ? 

Ajoutez à cela, surtout en Bretagne, que les églises sont toutes fermées, pour des raisons compréhensibles, des problèmes de vol, etc… Quelle image donne-t-on des églises ? Des bâtiments fermés, avec des vieux et des vieilles… On n’a que ce qu’on sème ! » (NDLR : à ce sujet, nous vous proposons de découvrir notre article ET SI LES EGLISES OUVRAIENT LEURS PORTES)

« Il faut donner des chantiers. Autrefois, on construisait des cathédrales ou des églises, qui mobilisaient des paroisses et des générations. A une toute petite mesure, la Vallée des Saints, c’est un chantier. Le Tro Breizh, ca met en route….[…] En Bretagne ne marche que ce qui est hors-norme, c’est dans le tempérament breton. » Cela résume parfaitement  l’article proposé et la vision globale du travail de Philippe Abjean, qui est certainement considérer aussi comme oeuvre de nouvelle évangélisation

Les mots qu’il utilise sont certes bruts de décoffrage, mais ont le mérite de soulever un problème important qui est quelque peu tabou dans nos cercles catholiques, où l’on préfère souvent rester dans une maintenance ecclésiale locale, plutôt que de travailler à évangéliser (soi-même d’abord, les autres dans la foulée) avec de véritables projets d’avenir. Et si ça dérange, on dit que les projets sont fous ou irréalisables… jusqu’à ce que la persévérance paie. Philippe Abjean conclut ainsi : « Je crois qu’un feu couve sous la cendre. Ce n’est pas mort. Il suffit d’une petite flamme pour rallumer de grands incendies. Avec le Tro Breizh, la Vallée des Saints, d’autres projets encore, on allume des petites flammes qui vont peut-être un jour réveiller quelque chose. Avec de petits souffles, on peut faire de grandes choses. On sait que ça bouge. Ca réveille, et ça incite à refouiller dans la mémoire collective. » 

 

AR GEDOUR essaie de participer à ce travail de fond, comme bien d’autres structures qui le font aussi de leur côté. Que chacun sache qu’il n’est pas seul. C’est dans cette optique que Philippe Abjean a annoncé dans cet article la création prochaine  d’un réseau nommé « Compagnons de Bretagne » destiné à dynamiser ces projets parfois hors-normes. Que ce soit via les Ouvriers du Bon Dieu, l’Oeuvre St Joseph, la Vallée des Saints, le Tro Breizh, et les chantiers à venir, chacun peut donner et se donner pour que revive une Bretagne chrétienne, consciente de ce qu’elle a apporté au monde (rien que le nombre de missionnaires envoyés devrait interpeller) et du rayonnement qu’elle peut avoir. D’ores et déjà, nous invitons nos lecteurs à ce procurer ce magazine N° 102 et à découvrir cet entretien en intégralité. 

 EC

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À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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2 Commentaires

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