
À la fin des années 1980, alors que la musique bretonne connaît une période creuse, surgit un groupe qui va lui donner un second souffle : Carré Manchot. Fondé en 1986 par Hervé Le Lu (bombarde), Rémi Martin (accordéon diatonique), Gilbert Le Pennec (guitare) et Jean-Claude Riou (violon), le groupe surprend immédiatement par l’originalité de ses compositions et de ses arrangements. Dès la première année, ils enchaînent plus de soixante festoù-noz : la machine est lancée.
Les années fondatrices
Dès ses débuts, Carré Manchot séduit par la qualité des nombreuses compositions de Rémi Martin, qui posent une marque durable dans le répertoire du fest-noz moderne. Le succès est immédiat : les danseurs y trouvent un souffle nouveau, et les musiciens bretons une source d’inspiration.
En 1988, le groupe devient professionnel et inaugure la fameuse « période des deux Ronan » : Ronan Robert à l’accordéon diatonique et Ronan Pinc au violon. Cette formule, qui durera six ans, propulse Carré Manchot sur les plus grandes scènes de Bretagne et d’Europe (Espagne, Angleterre, Allemagne, Pays-Bas). Le style novateur de ces deux musiciens fait école et inspire toute une génération.
L’âge d’or des années 1990
Fin 1994, les deux Ronan quittent l’aventure. Pour marquer le changement, Carré Manchot devient un quintet avec Yannig Alory (flûte traversière), Yann-Loïc Joly (accordéon diatonique) et Erwan Volant (basse). C’est cette formule qui va surfer sur la vague celtique des années 1990 et installer le groupe comme l’un des plus populaires de Bretagne.
Les concerts et festoù-noz se multiplient : 120 à 130 dates par an. Le groupe est partout : Francofolies de La Rochelle (1997), Bataclan et Cirque d’Hiver à Paris, Transmusicales de Rennes, Festival Interceltique de Lorient… Leur 10ᵉ anniversaire en 1996, à Cléguérec, réunit plus de 7 000 danseurs.
Liyannaj : la rencontre avec les Antilles
Parmi leurs expériences les plus marquantes figure la création du collectif Liyannaj, fruit de leur rencontre avec les percussionnistes et chanteurs guadeloupéens d’Akiyo. Ensemble, ils donnent une série de concerts mémorables : Grande Halle de La Villette en 1998, Nantes, Cléguérec, Lorient, Guadeloupe, Martinique, Rudolstadt en Allemagne. Deux CD naissent de cette collaboration, et l’un de leurs morceaux devient même générique d’une émission de Philippe Meyer sur France Inter.
Ouverture et longévité
En 2005, le percussionniste Stéphane Sotin (ancien de Gilles Servat et membre de Stock an Dañs) remplace Erwan Volant. Le groupe multiplie alors les expériences inédites, notamment un voyage au Cambodge, où ils collaborent avec l’orchestre Urba de Phnom Penh, créant un pont entre musique bretonne et musique khmère.
Le groupe fête ses 20 ans en 2006 à Mûr-de-Bretagne, ses 25 ans en 2011 lors du Cyber Fest Noz de Lorient, et ne cesse depuis de surprendre. En 2013, ils accueillent officiellement le chanteur Patrick Marie, qui apporte une nouvelle couleur vocale au groupe. En 2021, ils créent un spectacle musical pour le jeune public, en collaboration avec le conteur Jean-Marc Derouen et l’illustrateur Gaël Le Clézio, assorti d’un livre-CD.
Un pilier du fest-noz
Carré Manchot, ce sont près de quarante ans de carrière, des tournées à travers l’Europe et au-delà, une quinzaine d’albums et projets collectifs, et surtout des milliers de festoù-noz animés. Leur originalité réside dans ce subtil équilibre : respecter la danse et les traditions, tout en proposant des arrangements novateurs et des ouvertures musicales audacieuses.
Leur influence est immense : des dizaines de groupes de fest-noz se réclament de leur inspiration. Ils ont su donner aux danseurs ce qu’ils attendaient le plus – un tempo sûr, une énergie communicative, une fête partagée – tout en restant inventifs et curieux.
Dans cette série « Mémoire des groupes bretons », Carré Manchot symbolise la continuité et la créativité. Fidèles à l’esprit du fest-noz, ils en ont assuré la transmission vivante, prouvant que la musique bretonne sait se réinventer sans perdre son âme.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

Bonjour,
Vous saluez avec délectation depuis quelque temps des groupes ou des individualités qui ont marqué le renouveau de la musique bretonne populaire au cours des soixante dernières années, vous louez leur inventivité dans la la fidélité aux racines et leur universalité quand ils intègrent des influences étrangères. Et c’est bien de le souligner.
Depuis le concile Vatican II ne s’est-il rien passé dans l’Eglise qui est en Bretagne au niveau de la musique liturgique ? Pas de nouvelles compositions sur de nouveaux textes ? Bretagne morne plaine ? ou !!
Fraternellement
Si vous regardez notre site http://www.kan-iliz.com ou si vous lisez certains de nos 16000 articles depuis 2011, vous constaterez que nous avons mis en avant régulièrement des créations en ce sens et notamment les apports de Roger Abjean, Job an Irien, Michel Scouarnec, Goulven Airault, Jean-Michel Noël, Roger Abalain, François-Xavier Kernin, l’abbé Marcel Blanchard, l’Academie de musique et d’art sacré du diocèse de Vannes, santez Anna Gwened, les Gedourion ar Mintin, la Chorale du Bout du Monde, Allah’s Kanañ… pour ne citer qu’eux !
Cependant, il faut avouer que de manière plus large, il y a aujourd’hui moins de créations liturgiques bretonnes que de musique profanes.