La nuit du 4 août 1789 est célébrée comme celle de l’abolition des privilèges. Pour les paysans, elle ouvrit la voie à la disparition des droits seigneuriaux. Pour la Bretagne, elle marqua aussi l’abolition de ses libertés institutionnelles. Quant aux terres confisquées, elles ne furent pas données à ceux qui les travaillaient : elles furent vendues à ceux qui pouvaient les acheter.
Le récit national français aime les nuits fondatrices. Celle du 4 août 1789 serait ainsi la nuit généreuse au cours de laquelle la noblesse et le clergé renoncèrent spontanément à leurs privilèges, délivrant d’un seul mouvement le peuple français du poids de la féodalité. L’image est belle. Elle n’est que partiellement vraie.
La nuit du 4 août constitua bien une rupture décisive. Elle annonça la fin des privilèges de naissance, des justices seigneuriales, des exemptions fiscales et de nombreux droits qui pesaient sur les habitants des campagnes. Elle posa le principe d’une société composée de citoyens égaux devant la loi.
Mais elle ne libéra pas instantanément les paysans de toutes leurs charges. Plusieurs redevances attachées à la terre furent d’abord déclarées rachetables. En d’autres termes, le cultivateur devait payer pour être libéré de ce qu’il considérait comme une survivance de la féodalité. Pour les familles les plus modestes, cette possibilité demeurait largement théorique. Le petit fermier, le métayer ou le journalier ne disposait pas nécessairement de l’argent permettant de racheter les droits qui grevaient son exploitation. Il fallut attendre le 17 juillet 1793 pour que les droits féodaux encore subsistants soient supprimés sans indemnité.
La libération des droits fut donc réelle, mais progressive. Elle ne fut ni complète ni immédiate.
Libéré des droits, mais pas propriétaire
Une confusion demeure fréquente : l’abolition des droits seigneuriaux n’équivaut pas à une redistribution des terres. Le 4 août ne donna pas la propriété des exploitations à ceux qui les cultivaient. Un fermier pouvait être délivré d’une redevance sans devenir propriétaire de sa ferme. Un journalier pouvait devenir juridiquement l’égal de son ancien seigneur tout en demeurant économiquement dépendant de ceux qui possédaient le sol.
La Révolution transforma le droit. Elle ne réalisa pas de réforme agraire générale.
La question foncière prit pourtant une ampleur considérable dès l’automne 1789. Les biens du clergé furent mis à la disposition de la Nation, puis vendus afin de répondre à la crise financière de l’État. Aux propriétés ecclésiastiques s’ajoutèrent ensuite les domaines de la Couronne et les biens confisqués aux émigrés ou aux personnes frappées par la répression révolutionnaire. Ces biens dits nationaux auraient pu être partagés entre les habitants des paroisses ou attribués prioritairement aux cultivateurs. Ce ne fut pas le choix retenu. Ils furent vendus aux enchères parce que l’objectif principal était de procurer rapidement de l’argent à l’État.
Dès lors, la liberté proclamée par la Révolution se heurta à une réalité très simple : pour acheter, il fallait posséder de l’argent. Les négociants, hommes de loi, fonctionnaires, propriétaires urbains et notables locaux disposaient de capitaux, de crédit et d’une meilleure connaissance des procédures. Les cultivateurs les plus aisés purent également acquérir des parcelles ou agrandir leurs exploitations. Les paysans les plus pauvres, eux, restèrent généralement à l’écart. La terre ne fut donc pas remise à celui qui la travaillait. Elle fut placée sur le marché.
Ce passage de la propriété ecclésiastique ou nobiliaire à la propriété privée profita donc largement aux catégories qui possédaient déjà les moyens d’investir. Dans le Finistère, les Archives départementales observent ainsi que les ventes bénéficièrent principalement à la bourgeoisie urbaine.
Il faut cependant éviter une formule trop mécanique. Tous les acheteurs n’étaient pas des bourgeois des villes et tous les paysans ne furent pas exclus. La situation variait selon la taille des lots, les districts et la richesse des cultivateurs. Il reste que la Révolution ne partagea pas la terre. Elle organisa sa vente.
La Bretagne abolie avec les privilèges
Pour la Bretagne, la nuit du 4 août eut une autre conséquence, plus directement politique. Depuis l’union de 1532, la province conservait des institutions, des usages et des garanties particulières. Les États de Bretagne intervenaient notamment dans le consentement à l’impôt. La Bretagne possédait également une organisation juridique et administrative qui la distinguait des autres parties du royaume.
Ces institutions étaient loin d’être démocratiques. La noblesse et le clergé y occupaient une place dominante, tandis que l’immense majorité de la population demeurait faiblement représentée. Il ne s’agit donc pas d’idéaliser l’ancien ordre provincial. Mais les droits de la Bretagne ne se réduisaient pas aux avantages personnels de quelques familles nobles. Ils formaient aussi le statut collectif d’un pays uni à la Couronne sous certaines conditions.
Or les décrets d’août 1789 abolirent sans distinction les privilèges des personnes, des communautés et des provinces. Leur article 10 déclara « abolis sans retour » les droits particuliers des provinces, principautés, pays, cantons, villes et communautés. Dans un même mouvement furent donc supprimées deux réalités de nature différente : les inégalités fondées sur la naissance et les libertés historiques d’une province. La première abolition établissait l’égalité civile. La seconde imposait l’uniformité politique.
Pour la Bretagne, la nuit du 4 août ne fut donc pas seulement celle de la disparition des droits féodaux. Elle fut aussi celle de l’effacement de son existence institutionnelle. Quelques mois plus tard, la création des départements acheva de remplacer l’ancienne province par des circonscriptions administratives conçues selon un modèle commun à l’ensemble du royaume.
La Bretagne continua d’exister par sa population, sa langue, sa culture et son histoire. Elle cessa cependant d’exister comme corps politique doté d’institutions particulières.
Une question spécifiquement bretonne
La situation des campagnes bretonnes ne peut enfin être comprise sans évoquer le domaine congéable, particulièrement présent en Basse-Bretagne. Dans ce système, la propriété était divisée entre le propriétaire du fonds et le domanier, qui détenait généralement les bâtiments, les plantations et les améliorations réalisées sur l’exploitation. Le domanier pouvait néanmoins être congédié contre indemnisation, ce qui entretenait chez les cultivateurs un profond sentiment de précarité.
La Révolution ne régla pas immédiatement cette question. Le régime fut modifié, supprimé, puis rétabli au gré des changements politiques. Cette hésitation montre combien la libération des paysans fut plus complexe que ne le suggère le récit d’une abolition accomplie en une nuit.
La Révolution pouvait se montrer radicale lorsqu’elle supprimait les institutions historiques de la Bretagne. Elle devenait beaucoup plus prudente lorsqu’il s’agissait de porter atteinte aux intérêts des nouveaux propriétaires.
Ceux qui avaient acheté des biens nationaux entendaient naturellement conserver ce qu’ils avaient acquis. Le nouveau droit de propriété protégea donc aussi bien l’ancien cultivateur devenu propriétaire que le bourgeois ou le notable ayant profité des ventes révolutionnaires.
La naissance ne justifiait plus la possession. L’argent suffisait désormais à la légitimer.
Du privilège de naissance au privilège de fortune
Pour autant, la Révolution française a-t-elle inventé le capitalisme ? Le commerce international, les banques, le crédit et l’accumulation privée des richesses existaient bien avant 1789. Il serait donc historiquement excessif de lui attribuer directement la naissance de ce que l’on appelle aujourd’hui l’« ultracapitalisme », lequel correspond à des évolutions économiques beaucoup plus tardives.
Elle a cependant établi plusieurs des fondements juridiques sur lesquels le capitalisme libéral allait pouvoir se développer. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclama la propriété privée « inviolable et sacrée ». Le décret d’Allarde supprima les corporations et consacra la liberté du commerce et de l’industrie, tandis que la loi Le Chapelier interdit les coalitions professionnelles, privant durablement les travailleurs de la possibilité de défendre collectivement leurs intérêts.
La vente des biens nationaux s’inscrivait dans cette même logique. Les terres confisquées ne furent pas considérées comme un bien commun à répartir entre les habitants, mais comme des propriétés cessibles que l’État pouvait mettre sur le marché. Leur attribution ne dépendait plus d’un titre nobiliaire ou d’un droit ecclésiastique, mais de la capacité de l’acquéreur à réunir les capitaux nécessaires.
La Révolution n’a donc pas engendré l’ultracapitalisme, mais elle a contribué à installer l’ordre juridique qui permit au capitalisme libéral de s’imposer : sacralisation de la propriété individuelle, libération du marché, disparition des anciennes corporations et transformation de la terre en bien librement négociable.
Ainsi, l’abolition du privilège de naissance ne signifiait pas la disparition de toute domination sociale. Une autre hiérarchie pouvait désormais s’affirmer, fondée moins sur le rang que sur la fortune. Le seigneur perdait ses droits féodaux, mais le propriétaire acquéreur recevait du nouvel ordre juridique une protection particulièrement forte.
En 1789, le privilège de la naissance fut aboli ; il ne tarda pas à céder la place au privilège de la fortune.
La formule ne doit pas conduire à nier la diversité des effets de la Révolution. Celle-ci permit aussi à certains cultivateurs d’accéder à la petite propriété et favorisa, dans plusieurs régions, la formation d’une paysannerie propriétaire. Mais les familles dépourvues de capitaux ne bénéficièrent pas à égalité de la mise sur le marché des terres. La liberté d’acheter demeurait une liberté largement théorique pour ceux qui ne possédaient pas les moyens de le faire.
La Révolution n’a sans doute pas inventé le capitalisme mais elle a juridiquement désarmé une partie de ce qui pouvait lui résister.
Une émancipation inachevée
Sans minimiser les violences, les crimes, les persécutions et les destructions provoquées par la Révolution, notamment en Bretagne et en Vendée, il faut reconnaître que l’abolition des charges seigneuriales et des privilèges personnels constitua une rupture juridique importante. L’égalité devant l’impôt et la disparition des distinctions entre les ordres représentèrent des avancées réelles, mais celles-ci ne sauraient suffire à justifier l’ensemble de l’œuvre révolutionnaire ni à effacer les souffrances infligées aux populations.
Il serait également trompeur de confondre égalité juridique et justice sociale. Le paysan breton fut progressivement libéré du seigneur, mais il ne reçut pas nécessairement la terre qu’il travaillait. Celle-ci passa souvent entre les mains de propriétaires qui disposaient déjà de capitaux, tandis que l’ancienne domination fondée sur la naissance cédait la place à une société dans laquelle la puissance économique jouait un rôle croissant.
Dans le même temps, la Bretagne perdit ses institutions propres. La Révolution abolit ainsi les privilèges sociaux qui divisaient les hommes, mais elle fit aussi disparaître les libertés collectives qui distinguaient les territoires et pouvaient constituer des obstacles à la centralisation politique comme à l’uniformisation économique.
C’est toute l’ambivalence de la nuit du 4 août. Elle fut une nuit d’émancipation pour certains individus, une nuit de dépossession politique pour la Bretagne et le commencement d’une transformation foncière dont profitèrent moins les paysans pauvres que les bourgeois, les notables et les cultivateurs déjà suffisamment aisés pour acheter.
La Révolution proclama que tous les citoyens seraient égaux devant la loi. Elle ne décida pas qu’ils le seraient devant la terre, la propriété ou la fortune.
Sources indicatives
- Décrets des 4, 6, 7, 8 et 11 août 1789, notamment l’article 10 relatif aux droits particuliers des provinces.
- Loi du 17 juillet 1793 portant suppression sans indemnité des droits féodaux.
- Archives départementales de Loire-Atlantique, dossier consacré à l’édit d’union de 1532.
- Archives départementales du Finistère, dossier relatif à la possession du foncier agricole et à la vente des biens nationaux.
- Alain Le Bloas, « La question du domaine congéable dans l’actuel Finistère à l’époque révolutionnaire », Annales historiques de la Révolution française, 2003.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne


Réponse à l’article : Si l’analyse proposée met en lumière les contradictions foncières et l’impact institutionnel de la nuit du 4 août, elle mérite d’être prolongée pour mesurer pleinement le bouleversement qu’a subi la Bretagne. Loin de se résumer à une simple émancipation, la Révolution française a surtout marqué le triomphe d’un nouvel ordre économique et la destruction brutale des libertés historiques bretonnes.
En effet, l’abolition des privilèges s’est doublée d’une uniformisation administrative radicale, anéantissant les droits collectifs et les institutions particulières que la Bretagne conservait depuis l’Union de 1532. Sous couvert d’égalité civile, c’est l’autonomie d’un peuple qui a été effacée au profit d’un État centralisateur. Sur le plan économique, la transformation est tout aussi manifeste : la substitution du privilège de la naissance par le privilège de la fortune a favorisé la bourgeoisie et les détenteurs de capitaux, au détriment des paysans incapables d’acquérir les biens nationaux. Des mesures telles que la loi Le Chapelier ont parachevé cet édifice en brisant toute possibilité de résistance collective pour les travailleurs, ouvrant la voie au capitalisme marchand.
Enfin, la persécution religieuse menée contre l’Église catholique, pilier de la spiritualité et des traditions locales en Bretagne, a brisé le lien profond unissant le peuple à son histoire, provoquant des résistances héroïques et tragiques cruellement réprimées. La liberté proclamée en 1789 s’est ainsi révélée être celle des possédants, au prix de l’identité et des droits légitimes du peuple breton.
La Révolution dite »française » a proclamé une « égalité abstraite », c’est-à-dire la théorie que tous les individus seraient strictement identiques, en faisant abstraction de leurs singularités, de leurs cultures ou de leurs contextes réels ! Ce principe est totalement faux évidemment. Et cette belle promesse s’est révélée être une chimère de plus : comme les êtres humains et les sociétés sont par nature divers et inégaux dans leurs situations concrètes, cette fiction n’a pu être imposée qu’en détruisant les corps intermédiaires, les traditions et les libertés individuelles. Pour forcer les citoyens à entrer dans un projet contre-nature, le pouvoir a inévitablement basculé dans l’uniformisation autoritaire, culminant sous la Terreur par l’usage de la dictature et de la violence d’État. Tout cela est parfaitement documenté. Et ce schéma tragique trouve un écho direct au XXe siècle avec les régimes totalitaires (notamment le communisme soviétique). Au nom d’une égalité ou d’une justice idéologique abstraite, ces régimes ont cherché à façonner un « homme nouveau » par la force, broyant le pluralisme, éliminant toute dissidence et menant à une uniformisation totale de la société sous le joug d’une dictature implacable.
L’historiographie officielle nous présente volontiers 1789 comme l’aube radieuse de la liberté. Pourtant, derrière les grandes déclarations humanistes, la Révolution dite »française » a surtout opéré un immense basculement au profit du capital et de la grande bourgeoisie marchande, en rasant méthodiquement les structures qui protégeaient les humbles.
Le véritable sens du « privilège » sous l’Ancien Régime. Aujourd’hui péjoratif, le mot privilège (du latin priva lex, la loi privée) désignait sous l’Ancien Régime une immunité, une franchise ou un droit particulier protégeant un groupe, une ville, une corporation ou une province contre l’arbitraire royal ou fiscal. 1) Loin d’être l’apanage exclusif de la haute noblesse, ces franchises appartenaient à une multitude de communautés : paroisses rurales, métiers jurés, villes franches et provinces (comme la Bretagne avec ses États). 2) Ces droits concrets constituaient de véritables boucliers sociaux. En détruisant ces « privilèges » au nom d’une égalité abstraite, la Révolution a paradoxalement isolé le citoyen, le livrant sans défense face à la puissance montante de l’État centralisé et du marché.
La destruction des garde-fous communautaires et religieux : Pour imposer le règne de l’individualisme marchand, il fallait d’abord briser tout ce qui faisait obstacle au capital : 1) L’Église catholique, par sa théologie, son réseau de solidarité, son interdiction canonique du prêt à intérêt excessif (l’usure) et son grand nombre de jours chômés consacrés aux fêtes religieuses et au repos, constituait le frein moral et social le plus direct à l’omnipotence de l’argent. Sa persécution violente et la spoliation de ses biens visaient à éliminer ce rempart spirituel. 2) Les corporations de métiers et les coutumes locales régulaient la production, fixaient les justes prix et protégeaient les artisans contre la concurrence sauvage. Leur abolition pure et simple (notamment par le décret d’Allarde et la loi Isaac Le Chapelier) a atomisé le monde du travail, interdisant aux ouvriers de se coaliser pour défendre leurs salaires.
L’action des forces occultes et l’avènement de la ploutocratie : Cette mutation radicale ne fut ni un accident ni un simple sursaut spontané de la misère. Elle fut pilotée et favorisée par des réseaux d’influence discrets, au premier rang desquels les loges maçonniques et les milieux financiers transnationaux, trouvant dans l’affaiblissement de l’autorité traditionnelle et religieuse le moyen de s’emparer des leviers du pouvoir politique par des coups d’État successifs. En privant le peuple de ses terres communes et de ses protections institutionnelles, la Révolution dite »française » a substitué au « privilège de la naissance » un privilège de la fortune bien plus impitoyable.
De Mammon à la dictature moderne : Le philosophe ou l’historien lucide ne peut que constater l’aboutissement de ce processus : en voulant libérer l’individu, on a libéré la voracité du capital. Libéré de toute limite morale, théologique ou coutumière, l’argent s’est érigé en monstre absolu (ce que la tradition chrétienne nomme l’emprise de Mammon). Aujourd’hui, cette dictature de l’argent roi n’est plus entravée par rien. Les « droits de l’homme » proclamés en 1789 se sont révélés n’être que les droits du propriétaire et du capitaliste, laissant le peuple démuni face aux forces globales du marché. En Bretagne comme ailleurs, la destruction des libertés historiques et des traditions chrétiennes et celtiques a ouvert la voie à un monde uniformisé, où la seule loi qui vaille est celle du profit. C’est le triomphe de l’argent roi !
L’abolition des États de Bretagne en 1789 et la suppression des libertés locales (ou franchises) ont provoqué une onde de choc, brisant d’abord « le pacte d’association » qui unissait la province bretonne au reste du royaume. Alors privés de leurs institutions traditionnelles (qui permettaient notamment aux Bretons de consentir à l’impôt et d’aménager leurs lois), les habitants ont vu s’imposer l’uniformisation centralisatrice de Paris, représentée par le découpage de leur ancienne province en départements. Cette dépossession des droits s’est accompagnée d’attaques frontales contre les structures religieuses et communautaires locales, qui structuraient la vie quotidienne des paysans et des marins bretons.
La résistance s’est alors organisée à plusieurs niveaux : 1) La résistance spirituelle et le refus de la Constitution civile du clergé : Très attachés au catholicisme et à leurs traditions séculaires, une majorité des prêtres bretons et de leurs fidèles ont refusé de prêter serment au nouveau régime. Dans le Trégor ou le Léon, des messes clandestines étaient célébrées au péril de la vie des participants, témoignant d’un attachement viscéral à la liberté de conscience et aux traditions ancestrales. 2) Le soulèvement populaire et la Chouannerie : Face aux exigences de la conscription obligatoire (la levée en masse) qui arrachait les jeunes hommes à leurs terres pour aller combattre aux frontières au nom d’un État lointain, des insurrections paysannes ont éclaté unpeu partout. Guidés par des figures locales et motivés par la défense de leur mode de vie, des mouvements comme la chouannerie se sont structurés en guérillas rurales, illustrant un courage farouche face à la dictature jacobine et aux armées républicaines. 3) La préservation de la culture et de la langue : Malgré la politique linguistique agressive du pouvoir central qui cherchait à éradiquer les langues locales au profit d’une seule langue française cplt asseptisée, les Bretons ont continué à transmettre leurs chants, leurs coutumes et leurs langues (le breton et le gallo, le poitevin au sud de la Loire). Cette résistance culturelle a permis de sauvegarder l’âme d’un peuple que les lois de la République cherchaient à fondre dans un moule uniformisé. Observons au passage, que jamais le peuple ne fut consulté sur ces questions !
Bonjour,
détruisant ces « privilèges » au nom d’une égalité abstraite, la Révolution a paradoxalement isolé le citoyen, le livrant sans défense face à la puissance montante de l’État centralisé et du marché.
Bien vu par Jules allix et Mikael.
l’UE fait de même , la libre circulation des capitaux a permis les délocalisations et l ‘augmentation du chômage.
2. Le Mercosur et l’entrée future de l’ukraine prévue
Par l’UE finira la disparition de la paysannerie.
En Bretagne, cette table rase s’est traduite par une double peine : 1) L’anéantissement institutionnel : Par l’article 10 des décrets d’août 1789, la Révolution a dissous d’un trait de plume les États de Bretagne et les libertés historiques garanties par le traité d’union de 1532, détruisant l’autonomie politique du pays pour imposer une uniformité administrative brutale. 2) La confiscation économique : Les biens nationaux confisqués au clergé et aux institutions n’ont pas été redistribués aux paysans pauvres ou aux domaniers du système congéable. Faute de capitaux, ces terres ont été raflées par la bourgeoisie urbaine et les notables enrichis par la spéculation, substituant au privilège de la naissance le privilège implacable de la fortune.
Conclusion : Le mythe d’une « libération spontanée » ne résiste plus à l’analyse historique : il relève d’une construction idéologique destinée à légitimer l’asservissement des territoires et des classes populaires au nouvel ordre libéral et bourgeois. C’est ce que nous vivons aujourd’hui.
Le bilan des destructions patrimoniales imputables à la Révolution française en Bretagne met en lumière une onde de choc destructrice à la fois spontanée, idéologique et institutionnelle. Popularisé par l’abbé Grégoire sous le terme de « vandalisme », ce mouvement a profondément « remodelé » le paysage architectural, religieux et mémoriel de la péninsule armoricaine. 1. Le patrimoine religieux : cibles majeures de l’iconoclasme. Le clergé et l’Église, bien installés en Bretagne sous l’Ancien Régime, ont cristallisé une grande partie de la colère révolutionnaire. a) Saccages et démolitions d’églises : De nombreuses chapelles rurales et églises paroissiales ont été fermées, vendues comme « biens nationaux », puis démantelées pour récupérer les matériaux (pierres, charpentes, métaux). b) Destructions iconographiques : Les statues de saints, les retables baroques (très nombreux en Bretagne), les calvaires et les croix de chemins ont été systématiquement abattus ou décapités. Par exemple, les bras des croix monumentales étaient souvent sectionnés pour effacer les signes du culte. c) Le cas des cathédrales et abbayes : Les grands ensembles monastiques (comme l’abbaye de Landévennec, berceau du monachisme breton, ou l’abbaye de Daoulas) ont subi des destructions massives, servant souvent de carrières de pierres. 2. L’effacement des symboles nobiliaires. La Bretagne rurale et aristocratique, marquée par un fort particularisme nobiliaire, a vu son patrimoine civil et seigneurial lourdement touché. a) Les châteaux et manoirs : Dès les épisodes de la « Grande Peur » à l’été 1789, puis lors des périodes les plus intenses de la Terreur, de nombreux châteaux ont été pillés et incendiés. b) La destruction des chartriers : Les archives seigneuriales, les titres de propriété féodale, les parchemins et les généalogies conservés dans les mottes castrales et les hôtels particuliers ont été brûlés sur place pour marquer « l’abolition de la féodalité ». c) Le mobilier urbain royal : Dans les grandes villes comme Rennes, les symboles de l’autorité monarchique ont été effacés. La grande statue équestre de Louis XIV, érigée sur la place du Parlement de Bretagne par Antoine Coysevox, fut ainsi déboulonnée en 1792 et fondue pour les besoins militaires. 3. Les particularismes institutionnels et linguistiques. Au-delà de la pierre, le patrimoine immatériel, culturel et institutionnel breton a subi une rupture brutale. a) La suppression des institutions : Le Parlement de Bretagne à Rennes fut dissous, mettant fin à des siècles de traditions juridiques propres à la province. b) Le rejet des langues régionales : Dans le cadre de l’unification républicaine et de la lutte contre le « fédéralisme » et la « superstition », l’usage des langues locales (breton et gallo) a été vigoureusement combattu par les circulaires jacobines, perçues comme des obstacles à l’éducation civique ! etc…
Je ne peux résister au plaisir de citer le livre d’Alfred Cobban « Le sens de la révolution française, « chez Julliard en…1964 à Cambridge et 1984 chez Julliard,préfacé par Leroy-Ladurie, vilipendé par Max gallo porte parole de Mitterrand (avant qu’il ne fut touché par la Grâce!). Tout y était en particulier ce transfert de la propriété de la noblesse à la bourgeoisie ( qui d’ailleurs possédait déjà une très grande partie des terres, en Bretagne comme dans l’hexagone. (2,26 € sur amazon!)