Saints bretons à découvrir

Les Dames enchanteresses, le nouvel ouvrage de Bernard Rio

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

Après La Révolution des ombres, publié au printemps aux éditions Ar Gedour, où il livre un vaste roman historique traversant les années qui vont du règne de Louis XVI jusqu’à la chute de Napoléon, Bernard Rio invite ses lecteurs dans les territoires du mythe et du féminin sacré en publiant aux éditions Vega, Les Dames enchanteresses . Mélusine, Morgane, Viviane, Guenièvre ou Iseult traversent cet essai nourri de mythologie celtique, de littérature médiévale et de traditions populaires. Ces allégories d’un féminin merveilleux relève de deux mondes, visible et invisible, chrétien et païen. Pour Bernard Rio, Dame blanche ou Vierge noire, Porteuse du Graal ou Reine pédauque, ces reines d’ici et de l’au-delà, ne sont pas uniquement des motifs légendaires. En retournant par exemple le miroir de la sirène, l’écrivain propose une réflexion sur ces archétypes féminins qui ont traversé les siècles et continuent d’habiter l’imaginaire occidental. Sans chercher l’effet universitaire ni la simplification contemporaine, l’auteur propose une lecture inspirée de ces figures féminines ambiguës, à la fois séduisantes, initiatrices et mystérieuses.

Dans le chapitre consacré aux Vierges noires, Bernard Rio dépasse ainsi la vision connue de la curiosité médiévale qui doit son nom à la couleur sombre du bois dans lequel elle a été sculptée entre le XIe et le XIVe siècle. Ces Vierges le plus souvent à l’enfant et représentées assises pourraient aussi être les héritières des déesses mères gauloises et gallo-romaines. Trônant dans les cryptes et les sanctuaires souterrains, elles perpétuent un culte lié à la fécondité et au cycle solaire. De Chartres à Marseille, de Guingamp à Orcival, leur passage de l’ombre à la lumière accompagne la renaissance du soleil au solstice d’hiver et de la végétation au printemps. Sous les traits de la Vierge noire affleure la Virgo paritura, la Vierge qui enfante dans la nuit et dans le ventre de la terre. La Vierge noire incarne ainsi une souveraineté matricielle, cosmique et cyclique.

Grotte, caverne, crypte… C’est dans le ventre de la terre que la Vierge Noire donne naissance à l’enfant Jésus. La Vierge Noire occidentale ou égyptienne, selon les uns et les autres, serait avant tout une Mère, une dame de sous la terre. Dans les profondeurs de la terre et de la nuit, elle éclaire le pèlerin. Elle brille dans sa maison en hiver et sur sa montagne en été. Elle est celle qui enfante le soleil au solstice d’hiver. C’est une mère car elle nourrit et protège spirituellement ses adorateurs. Les dévotions archaïques à la Vierge Noire, le 2 février, pourraient par exemple être expliquées par le calendrier gaulois. La « Virgo paritura », la Vierge qui doit enfanter, pas seulement le 25 décembre mais aussi le 2 février, aurait donc débuté sa gestation début mai ! Ce qui établirait l’équivalent d’une Annonciation à la fête du 1er mai. La Vierge Noire serait-elle la version sous-terraine de de la Reine de Mai ? Notre Dame la Verte de Murat, en Auvergne, inciterait à souscrire à cette hypothèse. Celle-ci ne s’opposerait pas à la Vierge Noire qui enfante en hiver, car les deux rites sont symétriques tant dans le calendrier que dans le festiaire célébrant le soleil renaissant et la nature féconde.

Ce qui relie finalement les deux ouvrages de Bernard Rio, pourtant très différents, c’est sans doute cette volonté constante de regarder derrière les apparences du monde moderne. Chez Bernard Rio, l’Histoire continue de parler au présent. À une époque où la littérature cède souvent à l’immédiateté ou au commentaire social, son travail suit un autre rythme. Celui d’un écrivain qui construit patiemment une œuvre enracinée dans la mémoire, les symboles et les paysages intérieurs.

  • La Révolution des ombres, éditions Ar Gedour, 600 pages, 33€
  • Les Dames enchanteresses, éditions Véga, 300 pages, 19,90 €

À propos du rédacteur Stella Gigliani

L'une des touches féminines d'Ar Gedour. Elle anime en particulier la chronique "La belle histoire de la semaine".

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