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Pourquoi parler breton en 2026 ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

La question revient souvent, et ce sera l’un des thèmes des Devezhioù kristen proposées à Querrien à la fin du mois de juillet, colloque e brezhoneg pour lesquelles il est encore temps de s’inscrire : « Pourquoi parler breton en 2026 ? » . Programme intéressant qui posera sur la table de bonnes questions*.

Ma n’hoc’h eus ket c’hoazh lakaet hoc’h anv evit an devezhioù-se, setu ur gemennadenn kaset gant an aozerien : ma fall deoc’h e c’hellit dont evit un devez bennak nemetken ; a-walc’h e vo kas ur SMS pe ur gerig d’an niv. 0768861944

« Pourquoi parler breton en 2026 ? » Après tout, la Bretagne est aujourd’hui largement francophone. On peut vivre, travailler, étudier, créer une entreprise ou faire ses démarches administratives sans connaître un seul mot de breton. La langue n’est plus indispensable à la vie quotidienne et il serait inutile de prétendre le contraire.

Pendant longtemps, les défenseurs du breton ont cherché à démontrer son utilité. Ils ont mis en avant les débouchés professionnels, le tourisme, la culture ou encore le bilinguisme. Tous ces arguments ont leur part de vérité, mais je ne crois pas qu’ils répondent à la vraie question. Car une langue n’a pas à justifier son existence par sa rentabilité. Si c’était le cas, nous finirions tous par parler la même langue, la plus efficace, la plus répandue, la plus pratique. Nous y gagnerions sans doute en simplicité. Nous y perdrions aussi quelque chose d’essentiel.

Pour moi, la réponse est beaucoup plus simple : je parle breton parce que c’est ma langue maternelle.

Je ne l’ai pas choisie. Je suis né dedans. C’est en breton que j’ai découvert le monde, appris à nommer les choses et construit mes premiers souvenirs. Lorsque je réfléchis, lorsque je cherche mes mots ou lorsque je laisse mon esprit vagabonder, c’est naturellement en breton que les idées prennent forme. Le français, je le maîtrise parfaitement et je l’utilise chaque jour. Pourtant, il reste pour moi une langue d’expression davantage qu’une langue de pensée.

C’est sans doute ce qui est le plus difficile à faire comprendre à ceux qui n’ont pas grandi avec une autre langue maternelle que le français. Lorsque des proches qui parlent eux aussi breton s’adressent systématiquement à moi en français, je ressens un léger décalage. Rien de dramatique, bien sûr, mais l’impression de devoir passer par une traduction permanente. Les mots viennent, la conversation est fluide, mais il manque cette évidence que procure la langue dans laquelle on pense. Comme si l’on me demandait d’enfiler un vêtement parfaitement à ma taille, mais qui ne serait pas vraiment le mien.

C’est pour cette raison que je suis toujours un peu surpris lorsque l’on me demande pourquoi je continue à parler breton. On ne pose jamais cette question à quelqu’un dont la langue maternelle est le français. Personne ne lui demande si cela vaut encore la peine de continuer à parler français parce que l’anglais est devenu incontournable dans les échanges internationaux. Pourquoi faudrait-il que les bretonnants, eux, justifient sans cesse le fait de parler leur propre langue ?

Le breton n’est pas seulement un moyen de communiquer. C’est une manière de penser, de raconter, de prier, de plaisanter, de ressentir. Certaines expressions ne se traduisent pas vraiment. Certaines façons de raconter une histoire, de se taquiner ou de nommer un paysage appartiennent intimement à cette langue. Traduire les mots est relativement simple ; traduire tout ce qu’ils portent l’est beaucoup moins.

Cela ne signifie pas que le breton doive être figé dans une image folklorique ou patrimoniale. Une langue qui ne sert qu’à évoquer son propre passé est une langue qui s’éteint lentement. Si le breton veut continuer à vivre, il doit parler de notre époque. Il doit pouvoir dire l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, le changement climatique, le sport, la littérature, la philosophie, les séries, les jeux vidéo, les découvertes scientifiques ou les préoccupations quotidiennes. Une langue reste vivante parce que ses locuteurs vivent avec leur temps.

Au fond, la question n’est donc pas de savoir si le breton est encore utile en 2026. Elle est de savoir quelle place nous accordons à la diversité des langues. Si l’on considère qu’une langue n’est qu’un outil, alors une seule suffirait. L’espéranto allait dans ce sens. Mais si l’on admet qu’elle est aussi une manière de voir le monde, alors chacune apporte quelque chose d’irremplaçable.

Je ne parle pas breton pour sauver une langue, même si j’essaie à mon petit niveau d’y travailler. Une langue ne se sauve pas par des discours. Elle vit parce que des femmes et des hommes continuent à l’utiliser naturellement, chez eux, entre amis, avec leurs enfants, à l’église ou au café, au bagad ou au travail. C’est cette pratique quotidienne qui lui donne son avenir.

En 2026, je parle donc breton pour une raison qui me semble finalement très simple : parce que c’est la langue dans laquelle je pense, celle dans laquelle je me sens le plus libre et le plus naturel. Je n’ai pas besoin de trouver d’autre justification. Après tout, personne ne demande à un francophone pourquoi il continue à parler français.

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Un commentaire

  1. Très rares , quelques centaines de personnes , sont dans votre cas de locuteur natif de langue maternelle, parlant breton.
    C’est pourquoi la question posée à Kerien n’est pas « Pourquoi je parle breton ? » Mais « Pourquoi est-ce bien alors que justement les terminals speakers comme vous disparaissent « .
    L’idée est de faire un argumentaire de points objetifs afin de donner une base solide à la prise de décision d’apprendre le breton, de le pratiquer jusqu’en famille, de scolariser ses enfants en breton. On sait que 2026 va voir pour la première fois le nombre d’élèves scolarisés en bilingue diminuer : il va donc falloir s’accrocher pour inverser la courbe à l’aide de tous les arguments à disposition.
    Bez e c’hllit kas ho prederiadennoù war se da eat@orange.fr
    Bennozh Doue deoc’h.

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