« C’est le Grand Pardon dimanche prochain ! » Cette expression revient régulièrement dans les conversations, les affiches ou les médias. Pourtant, elle entretient parfois une confusion. Existe-t-il une différence entre un « Grand Pardon » et un autre pardon ? La réponse est oui… mais elle est plus simple qu’on ne l’imagine.
Le pardon : le nom de toutes les fêtes patronales bretonnes
À l’origine, le mot « pardon » ne désigne pas d’abord une fête populaire. Au Moyen Âge, il désigne la possibilité d’obtenir une indulgence accordée par l’Église, généralement à l’occasion de la fête patronale d’une église ou d’une chapelle.
Très rapidement, en Bretagne, le mot change de sens. Il finit par désigner la fête patronale elle-même, même lorsque celle-ci n’est plus liée à une indulgence particulière. C’est ainsi qu’est née cette tradition si caractéristique d’Armorique : la messe, la procession, la prière auprès de la fontaine, les bannières, le tantad, les cantiques… puis les retrouvailles fraternelles autour d’un apéritif, d’un repas ou de festivités profanes.
Autrement dit, tous les pardons célébrés en Bretagne sont des pardons.
Alors, qu’appelle-t-on un « Grand Pardon » ?
Contrairement à ce que beaucoup pensent, « Grand Pardon » n’est pas une catégorie officielle définie par l’Église. Le terme est surtout un usage populaire destiné à distinguer un pardon d’une importance particulière.
Plusieurs raisons peuvent expliquer cette appellation :
- l’affluence exceptionnelle des pèlerins ;
- le rayonnement historique d’un sanctuaire ;
- l’ancienneté de la célébration ;
- parfois l’existence, dans un même sanctuaire, d’un « Petit Pardon » et d’un « Grand Pardon » célébrés à deux dates différentes.
Ainsi, le Grand Pardon de Sainte-Anne-d’Auray est naturellement qualifié de « grand » en raison de son importance pour toute la Bretagne. Mais cela ne signifie pas qu’il serait d’une nature différente des autres pardons : il demeure, avant tout, un pardon.
Une distinction qui varie selon les lieux
Dans certaines paroisses, on parle de Grand Pardon parce qu’il existe effectivement deux célébrations :
- un Petit Pardon, souvent plus local ou plus sobre ;
- un Grand Pardon, qui correspond à la fête principale du saint patron.
Ailleurs, cette distinction n’existe pas du tout. Les habitants parlent simplement « du pardon ». L’appellation relève donc davantage de l’histoire locale que d’une règle liturgique.
Ne perdons pas le sens du mot
Qu’il soit grand ou petit, célèbre ou confidentiel, un pardon reste avant tout une démarche spirituelle. Le cœur du pardon n’est pas la taille de la procession, le nombre de convives ou la renommée du sanctuaire. C’est la rencontre avec le Christ, vécue dans l’Eucharistie, sous la protection de la Vierge Marie ou d’un saint, et dans la communion fraternelle.
Les qualificatifs ont leur utilité pour distinguer les célébrations. Mais ils ne doivent jamais faire oublier que tous les pardons participent d’une même tradition vivante, enracinée dans la foi de nos anciens et appelée à être transmise aujourd’hui.
Car au fond, il n’existe pas de « petits » pardons aux yeux de Dieu. Chaque pardon est une invitation à la conversion, à la prière et à la joie de se retrouver en Église.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

