Saints bretons à découvrir

Bernard Rio nous parle des saints faiseurs de pluie

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

En ce jour de la saint Jean d’été, le temps est normalement caniculaire. Je lis ici et là que des records historiques de chaleur sont battus en Bretagne, est-ce à dire que l’histoire se limite à trente ans, soit un lustre dans le calendrier gaulois ? Il a en effet existé des épisodes de chaleur aussi voire plus importants en 1975, 1976, 1983, 1990… années où les Bretons avaient encore de la mémoire et recouraient aux saints protecteurs pour intercéder. Dans mon ouvrage « Sur les chemins des pardons et pèlerinages en Bretagne » un. chapitre est d’ailleurs consacré aux saints faiseurs de pluie et aux fontaines oust ils sont célébrés en Bretagne. Mes lecteurs s’y réfèreront pour invoquer le saint ad hoc à la fontaine idoine. Il s’agit d’un ouvrage qui date de plus de six mois, aussi les libraires qui ne diffusent désormais plus que les nouveautés vantées par « la grande librairie » télévisuelle ne le proposent plus à la vente, néanmoins les curieux pourront se le procurer sur le site Ar Gedour

Le début du chapitre est le suivant :

Les sécheresses ponctuent le cours du temps et marquent la mémoire des hommes. Celle de 1976 est restée dans les annales bretonnes. Des pratiques que des esprits rationalistes pensaient définitivement disparues ont alors resurgi un peu partout en Bretagne. Qu’il fût agriculteur ou jardinier amateur, le Breton s’est alors souvenu de quelques saints faiseurs de pluie qu’il crut opportun d’invoquer. C’est ainsi qu’une céré- monie religieuse eut lieu au cours de l’été 1976 à l’église Saint-Patern à Vannes… Le saint homme était en effet réputé pour faire tomber la pluie, et ce depuis l’an 418, c’est-à-dire trois ans après sa mort, le 15 avril 415 !

La chronique rapporte que l’évêque de Vannes mourut en exil et que sécheresse et famine envahirent le pays pendant trois années, en dépit des prières et processions publiques célébrées pour apaiser la colère divine. La suite est consignée par Albert Le Grand :

“Enfin, on s’avise que saint Patern avoit quitté la ville et diocèse de Vannes, sans y avoir laissé sa sainte bénédiction. Là dessus le conseil se tint, et députat-on une honorable compagnie pour aller en France quérir le saint corps ; on y alla, mais comme on voulut le lever sur le branquart, il devint si lourd et pesant, qu’on ne le pouvoit seulement lever de terre. Cela attrista grandement tous les assistans, jusqu’à ce qu’un Bourgeoirs de Vannes s’avança parmy les autres et dist : « Messieurs, nostre saint Prélat défunt m’a autres fois souvent demandé un lieu et métairie que j’ay ès faux- bourgs de nostre ville, pour y édifier une église, dont je l’ay toujours refusé ; mais je luy promets, devant Dieu, ses saintes reliques et toute la compagnie que, s’il luy plaist se laisser emporter en sa ville et la nostre, non seulement je luy donneray ce mieu, mais de plus y feray bastir une église à mes propres coûts et dépens (1)”.

C’est ainsi que les reliques de saint Patern trouvèrent place dans l’église qui lui fut bâtie et dédiée à Vannes, que la pluie se mit à tomber et que la prospérité revint. Cet épisode merveilleux correspond à un schéma antique où le souverain était garant de l’harmonie de son royaume, au point que toute faute commise par lui ou contre lui portait atteinte à la terre et à ses habitants. Tel est d’ailleurs le sens de la « terre gaste » et du « roi méhaigné » dans le cycle du Graal. À Vannes, c’est Patern qui remplit cet office bienfaiteur. L’injustice réparée, les reliques du saint prirent leur place légitime et remplirent leur fonction protectrice dans la cité.

En invoquant saint Patern en 1976, tout comme en 1990, les paroissiens vannetais ont perpétué un vieux rite visant à s’en remettre au génie tutélaire pour apporter une solution à une actualité préoccupante – en l’occurrence, faire tomber la pluie.

La suite est à lire dans l’ouvrage : Sur les chemins des pardons et pèlerinages en Bretagne, Bernard Rio, éditions Ouest-France.., à commander ici.

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