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Saint-Divy : quand une lecture maximaliste de la loi de 1905 s’attaque au patrimoine breton

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

Le tribunal administratif de Rennes a donné raison au Cercle Jean-Marie Deguignet – Libre Pensée 29 dans le litige qui l’opposait à la commune de Saint-Divy. Dans un jugement rendu le 26 juin dernier, les magistrats ont estimé que la reproduction du calvaire de Kerdaléas, installée sur son emplacement historique, constituait un nouvel emblème religieux implanté sur le domaine public, en méconnaissance de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905. La commune dispose désormais d’un délai de six mois pour procéder à son déplacement.

L’affaire est emblématique des tensions qui entourent aujourd’hui la place du patrimoine religieux dans l’espace public. Car derrière ce qui pourrait apparaître comme un simple contentieux administratif se dessine une conception de la laïcité qui interroge de plus en plus de défenseurs du patrimoine.

Le projet porté à Saint-Divy n’avait pourtant rien d’une initiative de prosélytisme. Le calvaire originel, daté de 1652, avait été déplacé au cimetière en 1967 afin d’assurer sa conservation. Avec le temps, son absence avait laissé un vide dans le paysage. Soucieuse de restituer cet élément majeur du patrimoine local, l’association Arz e Chapeliou Bro Leon, avec le soutien de la commune et de la Fondation du Patrimoine, avait fait réaliser une reproduction fidèle destinée à retrouver son emplacement historique. L’objectif était de redonner toute sa cohérence à un site ancien et de transmettre aux générations futures une part de l’histoire du Léon.

C’est précisément cette initiative que le Cercle Jean-Marie Deguignet – Libre Pensée 29 a contestée devant la justice administrative. Selon l’association, cette réinstallation constituait l’implantation d’un nouvel emblème religieux sur le domaine public, ce que prohibe l’article 28 de la loi de séparation des Églises et de l’État. Le tribunal a suivi cette analyse, considérant qu’une reproduction, même fidèle, ne pouvait être assimilée au monument d’origine et devait donc être regardée comme une nouvelle installation.

Cette décision repose sur une lecture particulièrement stricte de la loi de 1905. Juridiquement, elle s’inscrit dans une interprétation qui distingue clairement un monument ancien ayant traversé le temps d’une reconstitution contemporaine, même lorsqu’elle vise uniquement à restituer un patrimoine disparu du paysage. Mais cette lecture est loin de faire l’unanimité.

La loi de 1905 avait pour vocation première de garantir la liberté des consciences et d’organiser la neutralité de l’État dans ses relations avec les cultes. Elle n’avait pas pour objet d’effacer l’héritage religieux qui avait façonné les paysages français depuis des siècles. En Bretagne plus qu’ailleurs, les calvaires, croix de chemins, chapelles et fontaines sacrées constituent autant de repères historiques, artistiques et culturels qu’ils sont des témoins de la foi des générations passées.

C’est pourquoi la décision de Saint-Divy dépasse largement le cadre de cette petite commune du Léon. Elle pose une question fondamentale : la restitution d’un monument ancien relève-t-elle d’une démarche patrimoniale ou doit-elle être assimilée à l’installation d’un nouveau symbole religieux ? Pour les défenseurs du patrimoine, il ne s’agit pas de promouvoir une croyance mais de préserver la mémoire d’un territoire. Pour la Libre Pensée, en revanche, toute réinstallation sur le domaine public constitue une violation du principe de laïcité.

Cette opposition traduit deux conceptions profondément différentes de la loi de 1905. La première considère que la neutralité de l’État est compatible avec la transmission d’un patrimoine hérité de l’histoire. La seconde, défendue de longue date par la Libre Pensée, tend à appliquer l’article 28 dans son acception la plus extensive, au risque de rendre impossible la restitution de monuments qui avaient pourtant façonné le paysage breton pendant plusieurs siècles.

Le jugement rendu à Saint-Divy pourrait ainsi créer un précédent. Partout en Bretagne, des associations œuvrent avec les communes à restaurer des croix de chemins, relever des calvaires renversés ou restituer des monuments disparus. Si chaque reconstitution est désormais assimilée à un « nouvel emblème religieux », ces initiatives risquent de se heurter à des recours similaires. Ce n’est plus seulement la question d’un calvaire qui est en jeu, mais celle de la possibilité même de transmettre un patrimoine lorsqu’il a dû être déplacé, détruit ou remplacé.

Les calvaires bretons ne sont pas de simples objets de dévotion. Ils racontent l’histoire d’un peuple, le savoir-faire de ses sculpteurs, la vie de ses paroisses, les chemins des pèlerins et les pardons qui rythmaient autrefois la vie des campagnes. Ils sont devenus, avec le temps, des éléments constitutifs de l’identité bretonne. Empêcher qu’ils retrouvent leur place lorsqu’ils ont été déplacés pour être préservés revient, pour beaucoup, à considérer le patrimoine uniquement sous l’angle de son origine religieuse, en oubliant sa dimension historique, artistique et culturelle.

Au fond, la véritable question est peut-être celle-ci : la loi de 1905 a-t-elle été conçue pour garantir la liberté des conscience de tous les citoyens ou pour accompagner, plus d’un siècle après son adoption, l’effacement progressif des signes visibles d’une civilisation qui a profondément marqué l’histoire de la Bretagne ? Le débat est loin d’être clos, et l’affaire de Saint-Divy pourrait bien devenir une référence dans cette réflexion sur l’équilibre entre laïcité et patrimoine. A moins de rendre privée cette parcelle publique…

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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7 Commentaires

  1. La libre pensée n’a de libre que le nom: elle enferme les esprits dans une conception nauséabonde, moisie et dévoyée de la laicité, recroquevillée sur elle-même. Incapable d’ouverture, elle croit penser par elle-même alors qu’elle n’est que la reproduction fidèle des talibans de la révolution française, voulant détruire tout ce qui n’est pas conforme à sa pensée

  2. « Dissoudre et agglomérer »: telle est sa devise réactionnaire, détruisant soit progressivement, soit de manière plus directe pour remplacer par ses projets, hors sol. Ils se croient supérieurs aux autres et pourtant: leur conception de la laicité est à géométrie variable, car elle concerne uniquement la visibilité du patrimoine et de la foi chrétienne qu’ils détestent au plus haut point. Leur pseudo-laicité, sous le mensonge de liberté, n’est en réalité que le cache-sexe de volontés plus ou moins inavoués, voulant remplacer la Foi Chrétienne et nos cultures occidentales par des idéologies asservissantes.

  3. Dans la situation présente, n’est-il pas possible que la commune redessine le terrain, créant une micro-parcelle dévolue au calvaire, parcelle qui serait vendue à un tiers de confiance (association culturelle ad-hoc, musée local, voire Eglise via une association diocésaine par exemple, collectif ad-hoc,…). L’union fait la force. Cela a été fait avec succès en d’autres occasions (un exemple remarquable: Saint Aubin du Cormier pour le mémorial de 1488).
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    Ce serait une façon de conjuguer l’esprit et la lettre de la loi, face aux enragés de la « laicité », qui ne sont en fait que des militants d’un « matérialisme » exclusif, ce qui précisément est contraire à la loi et à la civilisation.
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    Dav eo ansav e gendalc’h ar groaz, bet savet e Jerusalem daou vil vloazh zo, da vezañ ur sin a vodernelezh, n’eo ket ta ? Ur sin hag a lâr d’an holl un dra bennak diwar-benn donder ar vuhez.

  4. La Libre Pensée 29 est une association ayant un conseil d’administration, peut-on connaitre les noms des personnes composant le bureau de cette association ?

  5. La libre pensée est spécialisée dans l’antichristianisme: en effet, sa devise est ni Dieu ni maitre, à bas la calotte et vive la sociale. Sous le terme de calotte, ce sont les tenues des évêques et des clercs chrétiens qui sont visées et en aucun cas d’autres tenues. Un mouvement qui prône le mépris et la haine à l’encontre d’une part de la population, les chrétiens, qui pourtant, prônent l’amour du prochain devrait être dissout.

  6. Ironie: ils sont contre ce qui est chrétien mais leur siège est au:

    1 allee Mgr Jean-René Calloc’h, 29000 Quimper, Finistère.

    Ce qui le guidait était bien l’amour du prochain, nourri par la Foi Chrétienne que méprise la « libre » pensée

  7. Dans le cas présent, et selon la loi de 1905, il aurait été possible (et légal) de remettre le calvaire original du XVI° siècle à son emplacement d’origine et de le restaurer. Celui-ci se trouve à quelques centaines de mètres du nouveau calvaire dans le cimetière de Saint Divy dans un état critique maintenu par des broches métalliques. Le maire de Saint Divy s’y est opposé. Par conséquent, la libre pensée a ricoché sur le fait qu’il y a maintenant deux calvaires au lieu d’un seul et y voit donc à raison un nouvel emblème religieux. Pour les uns comme pour les autres, la libre pensée, le maire et la (pseudo) association du patrimoine de Guipavas qui multiplie ce genre d’erreur, l’intérêt du patrimoine – je parle du calvaire d’origine dans un triste état – n’a que peu d’importance.

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