Saints bretons à découvrir

« Cap Kozmik », une rencontre musicale qui propulse la tradition bretonne

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min
Photo @FIL

A l’occasion de leur concert à l’Interceltique de Lorient, il aura fallu deux rappels pour que les artistes puissent finalement quitter la scène. Debout, le public du Théâtre a longuement salué « Cap Kozmik », la création réunissant le bagad Cap Caval et Modkozmik Galactik. Une réaction à la hauteur d’un spectacle où la puissance de la musique bretonne s’est mêlée avec une remarquable fluidité aux cuivres, aux claviers et aux sonorités jazz-funk.

Plongés dans une lumière bleutée, les musiciens ont construit tout au long de la soirée un véritable dialogue entre tradition et création contemporaine. L’association d’un bagad avec des voix et une section de cuivres n’est pas inédite, mais rarement la rencontre aura semblé aussi naturelle. Les deux formations ne se sont pas simplement succédé : elles ont élaboré un langage commun, dense, énergique et parfaitement maîtrisé.

Tout juste couronnés d’un nouveau titre de champion, les quelque cinquante sonneurs de Cap Caval ont confirmé leur impressionnant niveau. Bombardes, cornemuses et percussions ont tour à tour occupé le devant de la scène, avant de se rejoindre dans de puissants mouvements d’ensemble. Danse plinn, gavotte des Montagnes, suite de tours de Haute-Bretagne ou hanter-dro aux accents morbihannais : les différents terroirs ont été abordés avec autant de précision que de caractère.

Face au bagad, Modkozmik Galactik a apporté sa liberté, son groove et ses inspirations musicales multiples. L’histoire du groupe a commencé à Rennes en juin 2017, lorsque Yann-Ewen L’Haridon, Louri Derrien et Clément Dallot, qui s’étaient déjà croisés à plusieurs reprises sur les scènes de festoù-noz, ont décidé de former un trio. Leur projet : développer une musique de fest-noz nourrie d’une énergie rurale, mais portée par des arrangements modernes et une pulsation profonde.

Sur scène, la trompette et le saxophone dialoguent parfois comme le ferait un couple de sonneurs. À d’autres moments, l’un soutient l’autre, tandis que les claviers installent des motifs répétitifs et entraînants. Lorsque le chant intervient, il prend naturellement la direction de l’ensemble et replace la danse au centre de la musique.

La formation élargie, baptisée Modkozmik Galactik, pousse cette recherche encore plus loin. Le trombone de Simon Latouche complète la section de cuivres avec des couleurs jazz et funk, tandis que la batterie de Théo Morin renforce le groove et donne davantage d’ampleur aux thèmes. Cette combinaison produit une musique généreuse et explosive, pensée pour entraîner les danseurs dans des danses particulièrement rapides.

Le groupe ne se limite toutefois pas à l’énergie du fest-noz. Son répertoire comprend également des gwerzioù et des sonioù, ces chants populaires de Basse-Bretagne qui ouvrent la voie à des atmosphères plus graves ou plus intimes. Cette diversité a permis au spectacle de varier les intensités, en passant de séquences dansantes et puissantes à des moments plus sensibles.

Parmi les temps forts figurait une réinterprétation d’un morceau autrefois chanté par Erik Marchand, à l’époque où il évoluait avec groupe Gwerz. Le concert a aussi rendu hommage aux collecteurs qui ont contribué à préserver et à transmettre le patrimoine oral breton, notamment Donatien Laurent.

Couples de musiciens, petits ensembles, solos de pupitres et passages réunissant tous les artistes se sont succédé sans rupture. Chaque configuration apportait une couleur nouvelle, sans jamais faire perdre au spectacle sa cohérence. La musique traditionnelle n’était pas présentée comme un héritage immobile, mais comme une matière vivante, capable d’accueillir d’autres instruments, d’autres influences et de nouvelles formes d’expression.

En réunissant l’exigence collective de Cap Caval et l’inventivité de Modkozmik Galactik, dans la lignée de ce qui avait déjà été fait aux Vieilles Charrues 2026, « Cap Kozmik » a réussi son pari : faire entendre une Bretagne profondément attachée à ses racines, mais résolument tournée vers la création. La longue ovation finale en aura été la plus éclatante confirmation.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

Articles du même auteur

Saint Piran, de la Cornouailles à Lorient

Amzer-lenn / Temps de lecture : 10 minFigure tutélaire de la Cornouailles, patron des mineurs …

Championnat des bagadoù 2026 : Cap Caval remporte le Maout à Lorient (résultats)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 minLe Bagad Cap Caval de Plomeur est sacré …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *