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PETITE HISTOIRE D’UNE CHOREGRAPHIE BRITTO-GALLOISE

Il  n’est plus à démontrer que la Bretagne, l’été venu, est une terre de festivals et de fêtes en tous genres. Reste à savoir ce qui dans cette inflation festive est encore vraiment authentiquement breton. Car, pour être breton, il ne suffit pas de se produire en terre bretonne : il y a «l’esprit breton», les références, les sources à une culture bretonne vraie. Trois coups  de cornemuses, quelques costumes et danses, quelques drapeaux, des festou-noz, si ce n’est que cela, c’est un peu court. Trop souvent, surtout dans des productions nouvelles, on cherche en vain où est l’âme bretonne et celtique.

Oui ! Malgré cette inflation de fêtes, de reconstitutions «à l’ancienne», de reconstitutions historiques, où d’ailleurs l’Histoire est souvent revisitée pour coller à l’historiquement correct, nous n’avons pas encore réussi à créer un «Puy-du-Fou» breton ; et pourtant, ce ne sont pas les sites prestigieux qui manquent en Bretagne.

Alors, pourquoi n’y parvenons-nous pas ?

Il y a certes plusieurs raisons, mais il y en a une primordiale, et qui malheureusement est ignorée, évacuée : la dimension où le culturel -le vrai s’entend- rejoint le spirituel dans un enracinement qui ne fait aucune concession, justement au culturellement, au religieusement, à l’historiquement correct. On assume avec fierté, mais intelligence, comme dans les scénographies du Puy-du-Fou, son identité de terroir, une identité et une histoire qui sont chrétiennes. Et c’est à ce stade où, en Bretagne, il y a blocage. Un exemple parmi d’autres : la «Fête de la Bretagne», la «Gouel Erwan», autrement dit  (la ci-devant Saint-Yves) a dépouillé Yves-Helouri de Kermartin de toute sa dimension chrétienne, à savoir de Saint. Le festif en Bretagne fonctionne au doux son du cliquetis du tiroir-caisse :  question culture, âme, racines on repassera.

 Une chose est certaine, si jadis les Bleun-Brug eurent tant de succès, avant qu’une mouvance catho-progressiste ne vienne les détruire (fin des années 1950 et années 1960-1970), c’est parce qu’ils étaient l’authentique expression de l’âme chrétienne bretonne, et donc il allait de soi que ses spectacles en fussent aussi le reflet.

Mais, venons- en à notre titre : cercles celtiques, écoles, associations de théâtre en tous genres, créateurs aux sensibilités artistiques tourmentées, dont les œuvres sont souvent révélatrices d’un mal-être et d’une inculture abyssale de toute culture bretonne, auraient tout intérêt à s’informer de ce qui se fit, souvent avec peu de moyens… et bien avant eux. Peu de moyens, mais de grandes convictions bretonnes et…chrétiennes. Mais oui ! C’est comme ça, ne leur en déplaise.  Alors, ces faiseurs de gesticulations, de borborygmes et de vent se sentiraient tout petits, même très petits, à condition que leur ego surdimensionné de leur explose pas à la figure, et qu’ils reconnaissent qu’en fin de compte ils n’ont pas inventé grand-chose, la technologie venant à la rescousse de leur inculture, comme le micro et le mixage viennent au secours du chanteur qui n’a pas de voix…

Liou gwenn rozenn an hanv - élèves école IV Lambader de Plouvorn 1936
Liou gwenn rozenn an hanv – Ecole I.V. Lambader de Plouvorn 1936

Nous proposons de vous entretenir d’une magnifique chorégraphie britto-Galloise qui fut jouée dans les Bleun-Brug des années 1936- 1937 et 1938.

En juin 1935,  l’abbé Perrot et son jeune secrétaire, Herry Caouissin sont invités par le Révérend Dyfnallt Owen de Carmarthen en Pays de Galles à présider les grandes fêtes de l’Esteddfood de l’Urdd Gobaith Cymru, l’équivalent du Bleun-Brug, mais puissance dix. On verra ainsi, pour la première fois, un prêtre catholique, en soutane, présider cette fête devant 20.000 spectateurs…protestants, enthousiastes, ovationnant le Recteur de Scrignac et son jeune secrétaire.

De tous les spectacles, deux les impressionna, une pièce de théâtre qui adaptée en breton prendra le titre «D’Ar Vamm» et connaîtra un immense succès, mais agacera…l’Evêché de Quimper au motif que le thème pouvait faire croire aux…revenants. Mais c’est une chorégraphie pleine de fraîcheur qui va les séduire plus encore : «Lliw Gwyn Rhosyn yr Haf» sur une musique de Richard Williams, bien connu à cette époque dans le milieu musical gallois.

De retour en Bretagne, l’abbé Perrot  va immédiatement l’adapter et en écrire les paroles en breton ; le titre en sera l’équivalent de celui en gallois, « Liou Gwenn Rozenn an hanv»Herry Caouissin va créer les figures et les costumes. La première représentation eu lieu au Bleun-Brug de Roscoff en 1936, et les ballets étaient assurés par les élèves de l’école  Notre-Dame de Lambader de Plouvorn.

Ce fut, dira Herry Caouissin, « une véritable révélation dans le répertoire de la danse bretonne chantée, tant dans le jeu des gracieuses ballerines, que dans les voix et les costumes. On sortait des sentiers battus  des danses traditionnelles sans pour autant les amoindrir »  Cette chorégraphie était une sorte de Folk-Song britto-gallois et la version bretonne respectait scrupuleusement l’esprit d’origine, l’esprit celtique ; il n’y avait pas departition chorégraphie britto-galloise mélange des genres, mais une profonde osmose entre l’interprétation galloise et l’interprétation bretonne.

L’abbé Perrot et Herry Caouissin seront de nouveau invités au Pays de Galles, mais cette fois avec la troupe de l’école pour jouer devant les gallois la version bretonne. Hélas, la guerre survenant, il n’en était plus question. Et, comme sur bien des réalisations de ces années, celles d’après-guerre jetèrent comme un linceul sur les œuvres de cette époque…

En 2000, Herry Caouissin proposera que le ballet soit repris, car disait-il :

« il n’avait pas pris une ride. Et au moins nous aurions eu là une production vraiment bretonne, vraiment celtique, contrairement à certaines fantaisies culturelles bretonnes, ou qui se prétendent comme telles. »

Cette reprise, dira-t-il encore, n’eut pas lieu, faute de groupes capables, et aussi à cause d’un manque d’intérêt. Il lui sera répondu : « Vous comprenez, mettre sur pied une telle chorégraphie, c’est beaucoup de travail, et il faudrait voir à réécrire la musique et les paroles ».

Bref ! Trahir l’œuvre, faire du n’importe quoi. Puisqu’il en était ainsi, mieux valait que ce chef-d’œuvre resta dans l’oubli, dans l’inconnu, au moins ne serait-il pas dévergondé…

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À propos du rédacteur Youenn Caouissin

Auteur de nombreux articles dans la presse bretonne, il dresse pour Ar Gedour les portraits de hauts personnages de l’histoire religieuse bretonne, ou encore des articles sur l’aspect culturel et spirituel breton.

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Un commentaire

  1. Très bon article! Comme dit un de mes enfants (7 ans!) qui fait partie d’un cercle celtique: “ce n’est pas de la danse Bretonne que l’on fait: parce qu’il ne suffit pas de faire des pas de danses, ou de porter un costume pour que l’on dise que c’est de la danse Bretonne. IL faut aussi que les chants soient en Breton et non pas en Français. Si on danse sur des chants en Français, ce n’est plus de la danse Bretonne!” Réflexion faite seule, sans influence aucune….La vérité vient de la bouche des enfants….

    Avis aux cercles celtiques qui s’évertuent à chanter en Français, ne voulant pas faire l’effort de chanter en Breton, pour le prétexte fallacieux qu’eux-même, ni les pratiquants, ni les spectacteurs ne comprendraient, mais qui pourtant aiment chanter à tue-tête dans d’autres langues que le français ou le Breton, sans rien comprendre ….. Mais ce n’est pas pareil!!!!! Dit-on. Pas d’amalgame!

    Que l’on arrête ce repli sur soi qui consiste à ne chanter qu’en Français, et ouvrons- nous à ces merveilles que sont les chants Bretons!

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