EV, le rock celto-finnois venu de Nantes : un cri d’identité enraciné et universel

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

Il y a des groupes qui marquent une époque, d’autres qui façonnent une culture. EV, né à Nantes en 1981, fait indéniablement partie de ces rares formations musicales capables de conjuguer identité, engagement et innovation artistique. Se définissant comme un groupe de rock celto-finnois, EV a chanté en breton, en finnois et en français, porté par une énergie scénique remarquable et une profonde volonté de faire entendre des voix singulières, loin des standards formatés. Ce fut l’un de mes groupes préférés dans ma jeunesse, et encore aujourd’hui.

Une fusion bretonno-finlandaise originale

Formé par deux Bretons (Gweltaz Adeux et Sylvain Chevalier) et deux frères finlandais (Harri et Jari Perche), EV a su créer un pont musical inédit entre Armorique et Finlande. Dès ses débuts, le groupe s’écarte des sentiers battus du fest-noz pour tracer sa propre voie : un rock hybride, mêlant new wave, folk, électro et sonorités celtiques, porté par des textes forts dans trois langues.

Ce multilinguisme n’était pas un artifice, mais un choix militant. Car EV, tout au long de sa carrière, a revendiqué une culture bretonne vivante, engagée, capable de dialoguer avec d’autres mondes. Le breton et le finnois, langues minorisées, devenaient ici instruments de création et d’affirmation.

Sur scène : la transe et le combat

Si EV a gagné le respect du public, c’est aussi par la scène, où il a donné plus de 1 000 concerts à travers l’Europe. Torse nu, kilt orné d’hermines, bombarde à la main et énergie tribale en fusion : les prestations du groupe étaient de véritables cérémonies, mêlant force brute et poésie engagée. Leur musique, à la fois enracinée et furieusement moderne, secouait les foules.

Des festivals majeurs comme Ruisrock (Finlande), le Printemps de Bourges, les Francofolies, le Festival Interceltique de Lorient, l’Olympia, ou encore des actions culturelles et militantes (concerts pour Diwan, rassemblements anti-nucléaires…) ont jalonné leur parcours.

Rock, culture et conscience

Dans un monde souvent happé par l’uniformisation culturelle, EV a tenu bon : refusant de se conformer aux attentes des majors, le groupe a toujours conservé une ligne artistique et politique claire. Leur rock néo-trad se voulait à la fois festif, revendicatif et poétique.

Ils ont mis en musique des sujets puissants : l’affaire Seznec, la mémoire du Kan bale an ARB de Glenmor, la maladie, la mort (notamment celle d’Harri, en 1997), mais aussi des histoires de mer, d’errance, de peuple en lutte. Leur cinquième album, Pemp, tout en restant profondément électrique, résonne comme un hommage douloureux et lumineux.

Un héritage vivant

En 2007, EV met fin à sa tournée. Mais l’esprit du groupe continue de vibrer : Gweltaz poursuit une carrière solo en breton, Fakir devient DJ Loran, Jari se transforme en Jean-Claude Crystal, parodiste génial, et Tof rejoint plusieurs formations dont Merzhin ou Les Caméléons.

Leur héritage est double : musical, avec une discographie riche (Distruj, Reuz, Huchal, Pemp, …), mais aussi culturel, car EV a permis à des générations entières de s’approprier autrement la langue bretonne et les combats qui l’entourent.

En 2024, un prix d’honneur des Prizioù leur a été décerné à Nantes, signe que la mémoire collective bretonne n’a pas oublié ces « rockeurs en kilt », à la fois rageurs et poètes.


EV, c’est l’histoire d’un cri, d’un chant, d’un combat. Etre-Vroadel, mais aussi étrange vérité, comme le suggère leur nom, sans doute une vérité nécessaire. Celle d’un peuple qui chante sa langue, son territoire voguant jusqu’aux confins du monde, son droit à être différent. Et qui, à travers le rock, a su dire tout cela avec puissance.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

Articles du même auteur

Synodalité : quand l’ultramontanisme étouffe l’Église locale

Amzer-lenn / Temps de lecture : 10 minLa synodalité est aujourd’hui présentée comme un impératif …

Langage et lucidité : pour une compréhension éclairée du monde

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 minDans un monde saturé d’informations, de débats et …

Un commentaire

  1. EXCELLENT ARTICLE. FELICITATIONS

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *