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L’intelligence artificielle ou l’épreuve du discernement

Amzer-lenn / Temps de lecture : 16 min

L’intelligence artificielle fait naître autant d’enthousiasmes que d’inquiétudes. Pourtant, cette interrogation est loin d’être nouvelle. De Platon à saint Thomas d’Aquin, l’histoire montre que les grands outils intellectuels ne remplacent pas la pensée : ils déplacent l’exigence du discernement.

Un jour, raconte Platon, le dieu Thot se présenta devant le roi d’Égypte avec une invention dont il était particulièrement fier. Ce dieu ingénieux, auquel les Grecs attribuaient déjà les nombres, le calcul, la géométrie et l’astronomie, venait d’offrir aux hommes un outil nouveau : l’écriture. À ses yeux, il ne faisait aucun doute que cette découverte marquerait un progrès décisif. Désormais, expliquait-il, les hommes retiendraient plus facilement ce qu’ils apprenaient et deviendraient plus sages.

Le roi Thamous ne partageait pas cet enthousiasme. Là où l’inventeur voyait une promesse de connaissance, le souverain entrevoyait un risque. Les hommes, répondit-il, n’exerceraient bientôt plus leur mémoire puisqu’ils s’en remettraient à des signes extérieurs. Ils croiraient savoir parce qu’ils pourraient consulter des textes, alors qu’ils auraient simplement cessé de faire l’effort de comprendre. L’écriture, concluait-il, ne produirait pas la sagesse, mais son illusion.

Cette scène, rapportée dans Phèdre, surprend toujours le lecteur contemporain. Non parce qu’elle serait obscure, mais parce qu’elle semble avoir été écrite pour notre temps. Plus de vingt-quatre siècles nous en séparent et pourtant elle éclaire avec une étonnante acuité les débats qui entourent aujourd’hui les nouvelles technologies de l’esprit. Nous nous demandons si l’intelligence artificielle ne finira pas par affaiblir notre capacité à réfléchir, comme les contemporains de Platon se demandaient si l’écriture n’allait pas ruiner la mémoire des hommes.

Il est tentant de croire que notre époque affronte une révolution sans précédent. Pourtant, l’histoire invite à davantage de modestie. Chaque génération a vu apparaître des outils qui semblaient devoir transformer profondément l’intelligence humaine. Chaque génération s’est interrogée sur ce qu’ils allaient faire gagner, mais aussi sur ce qu’ils risquaient de faire perdre. L’écriture hier, l’imprimerie ensuite, les encyclopédies, Internet et aujourd’hui l’intelligence artificielle générative ont suscité des enthousiasmes comparables et des inquiétudes souvent semblables.

Cette permanence des questions est peut-être plus instructive que les réponses elles-mêmes. Car si les outils changent sans cesse alors que les interrogations demeurent, c’est probablement que le véritable sujet n’est pas la technique. Depuis toujours, l’homme invente des instruments pour prolonger ses capacités. La question essentielle est de savoir ce que ces instruments transforment en lui.

Une mémoire extérieure

Le dialogue rapporté par Platon contient un paradoxe que l’on oublie souvent. Si l’écriture devait réellement conduire à l’affaiblissement de la pensée, pourquoi le philosophe aurait-il choisi précisément l’écriture pour transmettre son œuvre ? Pourquoi aurait-il confié ses dialogues à des rouleaux de papyrus plutôt qu’à la seule tradition orale ?

La contradiction n’est qu’apparente. Platon ne condamne pas l’écriture. Il met en garde contre une illusion toujours possible : celle qui consiste à confondre la possession d’un savoir avec son assimilation. Un livre peut contenir toute la philosophie du monde ; il ne dispense personne de philosopher. Les mots demeurent immobiles tant qu’une intelligence ne vient pas les interroger.

Cette distinction est capitale. L’écriture ne pense pas à la place de son lecteur. Elle lui permet de retrouver une idée, de confronter des arguments, de revenir sur un raisonnement interrompu, mais elle ne remplace jamais le travail intérieur de l’intelligence. Le texte est une médiation ; il n’est jamais son aboutissement.

L’histoire lui donnera d’ailleurs raison d’une manière inattendue. Loin d’avoir appauvri la civilisation, l’écriture a rendu possibles les grandes bibliothèques de l’Antiquité, les commentaires des Pères de l’Église, les disputatio médiévales, les universités, les progrès scientifiques et la transmission cumulative des connaissances. Ce que certains considéraient comme une menace est devenu l’un des fondements de notre culture et un héritage à fructifier.

Le philosophe Bernard Stiegler exprimait cette idée en parlant de la technique comme d’une « mémoire extérieure ». L’homme, expliquait-il, ne pense jamais sans outils. Depuis les premiers silex jusqu’aux ordinateurs, chaque génération s’est appuyée sur des objets qui prolongent ses capacités naturelles. La mémoire n’échappe pas à cette logique. L’écriture ne remplace pas le souvenir ; elle lui offre un support. Le livre ne remplace pas l’intelligence ; il lui permet de dialoguer avec les siècles qui l’ont précédée.

Cette observation conduit à renverser une idée largement répandue. Nous avons souvent l’impression que les outils modernes éloignent l’homme de sa nature. L’histoire montre plutôt que l’être humain s’est toujours construit avec eux. Ce qui change d’une époque à l’autre n’est pas le recours à la technique, mais la nature de l’effort intellectuel qu’elle exige.

Dans une civilisation essentiellement orale, ce qui fut le cas pour les Celtes, une part considérable de l’énergie devait être consacrée à mémoriser fidèlement les récits, les lois ou les traditions. L’apparition de l’écriture a progressivement libéré cette énergie. Ce qui était mobilisé pour retenir a pu être employé à comparer des textes, à construire des raisonnements plus longs, à approfondir des questions nouvelles. Autrement dit, l’outil n’a pas supprimé une faculté ; il en a déplacé l’exercice.

Cette idée mérite d’être conservée à l’esprit lorsque nous observons les bouleversements contemporains. Les technologies les plus récentes ne nous dispensent probablement pas davantage de penser que ne l’a fait l’écriture. Elles déplacent, elles aussi, le lieu où s’exerce notre intelligence. C’est précisément ce déplacement qu’il faut comprendre si l’on veut mesurer ce que l’intelligence artificielle change réellement.

Penser autrement plutôt que penser moins

Lorsque Gutenberg met au point les caractères mobiles au milieu du XVe siècle, l’Europe entre dans une nouvelle époque. En quelques décennies, les livres cessent d’être des objets rares, copiés patiemment par des moines ou des scribes, pour devenir des ouvrages que l’on peut diffuser à des milliers d’exemplaires. Cette révolution intellectuelle est immense. Pour la première fois, le savoir peut circuler rapidement, franchir les frontières et toucher un public de plus en plus large.

Là encore, pourtant, l’enthousiasme n’est pas unanime. L’imprimerie permet de diffuser les œuvres des Pères de l’Église, les grands textes de la philosophie antique ou les découvertes scientifiques, mais elle favorise tout autant la propagation des pamphlets, des erreurs et des polémiques. Les autorités religieuses comme les pouvoirs politiques comprennent très vite qu’un livre peut aussi bien transmettre la vérité que l’erreur. L’invention de Gutenberg ne résout donc rien par elle-même. Elle donne simplement une puissance nouvelle à ce que les hommes choisissent d’y imprimer.

L’histoire se répète avec une remarquable régularité. Chaque progrès technique élargit les possibilités offertes à l’intelligence humaine tout en augmentant les exigences qui pèsent sur son jugement. Plus les livres deviennent nombreux, plus il devient nécessaire d’apprendre à distinguer les auteurs fiables des autres. Plus les bibliothèques s’enrichissent, plus l’esprit critique devient indispensable. La véritable difficulté n’est plus de trouver un texte ; elle est de reconnaître celui qui mérite d’être lu.

Marshall McLuhan a donné une profondeur particulière à cette intuition lorsqu’il écrivait que « le médium est le message ». Cette formule est souvent citée sans être réellement comprise. Elle ne signifie pas que le contenu des messages serait secondaire. Elle rappelle que chaque technologie transforme silencieusement notre manière de percevoir le monde. L’imprimerie n’a pas seulement multiplié les livres ; elle a encouragé une lecture plus personnelle, plus silencieuse, plus linéaire. Elle a façonné une certaine manière de raisonner. Les médias audiovisuels ont ensuite réhabilité l’image. Internet, enfin, a profondément modifié notre rapport au temps en rendant l’information presque instantanée.

Cette accélération n’est pas sans conséquence. Le journaliste américain Nicholas Carr, dans The Shallows, défend une thèse qui mérite d’être entendue. Selon lui, Internet ne nous rend pas nécessairement moins intelligents, mais il fragilise notre capacité à maintenir une attention longue. À force de passer d’un lien à l’autre, d’une notification à une autre, nous risquons de perdre cette disponibilité intérieure qui permet de suivre un raisonnement complexe ou de méditer un texte difficile. Son analyse ne relève pas de la nostalgie ; elle rappelle simplement que nos habitudes intellectuelles sont façonnées par les outils que nous utilisons.

Pour autant, il serait aussi excessif d’idéaliser le passé. Aucune époque n’a été préservée de la superficialité ou de la distraction. Les hommes ont toujours dû lutter contre la facilité, les opinions toutes faites et les séductions du conformisme. Les outils changent, mais les fragilités humaines demeurent, elles. La technologie ne crée pas ces faiblesses ; elle leur donne simplement des formes nouvelles.

C’est précisément ce qui rend le débat sur l’intelligence artificielle plus complexe qu’il n’y paraît. Nous avons souvent tendance à lui attribuer des pouvoirs qu’elle ne possède pas. Les uns annoncent qu’elle remplacera bientôt l’intelligence humaine ; les autres affirment qu’elle conduira inévitablement à son déclin. Ces deux positions reposent sur une même erreur : elles supposent que penser consiste avant tout à produire des réponses.

Or la pensée n’a jamais consisté uniquement à répondre. Elle commence bien plus tôt, au moment où l’on apprend à poser une question juste. Un esprit vraiment cultivé ne se reconnaît pas au nombre de réponses qu’il est capable de donner, mais à la qualité des problèmes qu’il est capable de formuler. Les grandes découvertes scientifiques, les avancées philosophiques ou les intuitions théologiques sont presque toujours nées d’une question que personne n’avait encore osé poser de cette manière.

L’intelligence artificielle modifie précisément cet équilibre. Pendant longtemps, la difficulté consistait à trouver une information. Aujourd’hui, cette difficulté s’efface progressivement. Quelques secondes suffisent pour obtenir une synthèse, une traduction, une explication ou une bibliographie. Le défi se déplace ailleurs. Il faut désormais apprendre à interroger les réponses elles-mêmes. D’où viennent-elles ? Sur quelles sources reposent-elles ? Quels présupposés véhiculent-elles ? Que passent-elles sous silence ? Une réponse peut être parfaitement rédigée et pourtant inexacte. Elle peut être cohérente sans être vraie.

Cette évolution nous oblige à revoir ce que nous entendons par intelligence. Pendant des siècles, nous avons spontanément associé le savoir à l’accumulation des connaissances. Cette représentation devient de moins en moins pertinente. Ce qui fait désormais la valeur d’un esprit n’est plus seulement ce qu’il sait, mais la manière dont il organise, hiérarchise, vérifie et met en relation les connaissances dont il dispose.

C’est peut-être là que réside la véritable nouveauté de notre époque. Les outils intellectuels ne remplacent plus seulement certaines tâches ; ils nous obligent à redéfinir ce que signifie penser. Plus une machine est capable de produire rapidement un texte convaincant, plus l’homme doit développer ce qu’aucun algorithme ne peut lui garantir : le jugement, la capacité de distinguer le vrai du vraisemblable, le solide de l’approximatif, la connaissance authentique de son imitation.

Cette exigence n’est pas nouvelle. Elle traverse toute l’histoire de la philosophie. Les Grecs lui avaient déjà donné un nom. La tradition chrétienne en fera une vertu. La Bible, quant à elle, la présentera comme un don demandé à Dieu lui-même. Ce nom est celui du discernement.

Le discernement, une intelligence de la liberté

Si les révolutions techniques déplacent le travail de l’intelligence sans jamais le supprimer, alors la véritable question n’est plus celle de la puissance des outils. Elle devient celle des qualités humaines qu’aucun outil ne peut produire à notre place. L’écriture n’a pas dispensé les hommes de comprendre les textes. L’imprimerie ne les a pas dispensés de distinguer les bons livres des mauvais. Internet ne les dispense pas de vérifier une information. L’intelligence artificielle ne les dispense pas davantage de juger.

Cette distinction est ancienne. Aristote observait déjà que la connaissance, si vaste soit-elle, ne suffit pas à conduire une vie juste. On peut maîtriser les mathématiques, connaître l’histoire, exceller dans les sciences ou dans la rhétorique et prendre pourtant de mauvaises décisions. C’est pourquoi il distingue la science (epistémè), qui porte sur ce qui est démontrable, de la prudence (phronèsis), qui permet de discerner ce qu’il convient de faire dans une situation concrète. La prudence n’est pas une hésitation perpétuelle ; elle est l’intelligence de l’action. Elle oblige à tenir compte des faits, des circonstances, des personnes et de la finalité poursuivie. Elle suppose moins une accumulation de connaissances qu’une capacité à les ordonner.

Saint Thomas d’Aquin reprend cette intuition lorsqu’il définit la prudence comme la recta ratio agibilium, la droite raison appliquée à l’action. Cette formule est souvent mal comprise. Elle ne signifie pas que la prudence serait une vertu réservée aux tempéraments prudents ou réservés. Elle affirme que toute action juste suppose un jugement juste. La vérité n’est pas une idée abstraite suspendue au-dessus du réel ; elle éclaire une décision, une responsabilité, une existence. Aucun raisonnement, aussi brillant soit-il, ne choisira jamais à notre place.

Cette conviction traverse également les Écritures. Lorsque Dieu apparaît à Salomon au début de son règne, il lui offre de demander ce qu’il désire. Le jeune roi aurait pu solliciter une puissance incomparable, une victoire éclatante sur ses ennemis ou une longue vie. Il demande tout autre chose : un « cœur qui écoute », capable de discerner le bien du mal (1 R 3, 9). Le texte hébreu est d’une grande beauté. Salomon ne demande pas d’abord davantage de connaissances. Il demande une disposition intérieure qui lui permette de gouverner avec justice.

Cette prière paraît d’une étonnante actualité. Notre époque ne souffre pas d’un manque d’informations. Elle souffre bien davantage de leur abondance. Jamais l’humanité n’a eu un accès aussi rapide à autant de connaissances. En quelques secondes, un moteur de recherche ou une intelligence artificielle peuvent restituer des milliers de pages, résumer un ouvrage, traduire un texte ancien ou comparer des doctrines philosophiques. Ce qui devient rare n’est plus l’information. Ce qui devient précieux, c’est la capacité de reconnaître ce qui mérite d’être cru, approfondi ou écarté.

Il y a là un renversement historique que nous n’avons peut-être pas encore pleinement mesuré. Pendant des siècles, l’effort intellectuel consistait d’abord à acquérir un savoir difficile d’accès. Les livres étaient rares, les bibliothèques peu nombreuses et les maîtres encore davantage. Aujourd’hui, l’obstacle principal n’est plus d’accéder au savoir, mais de ne pas se perdre dans son abondance. Le discernement devient ainsi la condition même de la connaissance. Sans lui, l’accumulation des informations produit moins de lumière qu’elle ne crée de confusion.

C’est probablement ici que réside le principal danger de l’intelligence artificielle. Non pas parce qu’elle penserait à notre place, mais parce qu’elle pourrait nous donner l’illusion que l’effort de penser n’est plus nécessaire. Une réponse élégante, cohérente et bien rédigée possède une force de persuasion considérable. Elle peut pourtant être incomplète, approximative ou tout simplement fausse. Le risque n’est donc pas celui d’une machine devenue consciente. Le risque est celui d’un homme qui renoncerait progressivement à exercer son jugement.

Ce danger ne condamne pas l’outil. Il rappelle simplement que la technique ne possède jamais de valeur morale en elle-même. Un livre peut transmettre la vérité comme l’erreur. Une imprimerie peut publier l’Écriture sainte comme un libelle diffamatoire. Internet peut ouvrir les portes des plus grandes bibliothèques ou enfermer chacun dans une succession infinie de distractions. L’intelligence artificielle n’échappe pas à cette règle. Elle peut encourager la facilité ; elle peut aussi devenir un remarquable instrument de travail, de recherche et de confrontation des idées. Tout dépend moins de ce qu’elle est que de celui qui s’en sert.

C’est pourquoi les débats qui opposent les enthousiastes aux catastrophistes paraissent souvent insuffisants. Les premiers prêtent à la machine des qualités presque humaines. Les seconds lui attribuent un pouvoir de corruption qu’aucune technique n’a jamais possédé par elle-même. Les uns comme les autres oublient que l’histoire des civilisations ne se joue pas d’abord dans les outils qu’elles inventent, mais dans les vertus qu’elles cultivent.

La question de l’intelligence artificielle rejoint alors une interrogation beaucoup plus ancienne. Qu’est-ce qui fait qu’un homme est véritablement intelligent ? Est-ce la quantité de connaissances qu’il possède ? La rapidité avec laquelle il répond ? Sa capacité à mémoriser des milliers de faits ? Toute la tradition philosophique répond négativement. L’intelligence ne se mesure pas seulement à ce que l’on sait. Elle se reconnaît à la manière dont on cherche le vrai, dont on accueille les objections, dont on accepte de corriger ses erreurs et dont on ordonne les connaissances vers le bien.

Au fond, l’intelligence artificielle ne nous oblige pas à redéfinir seulement nos outils. Elle nous oblige à redécouvrir ce que signifie être un homme. Plus les machines deviennent capables de produire des réponses, plus la responsabilité humaine consiste à poser les bonnes questions. Plus les algorithmes accumulent des informations, plus le discernement devient indispensable pour distinguer l’essentiel de l’accessoire. Plus la technique gagne en puissance, plus la liberté demande à être formée.

Il est sans doute significatif que la Bible n’ait jamais présenté la sagesse comme une accumulation de connaissances. La sagesse est d’abord une manière d’habiter le réel. Elle suppose l’humilité de reconnaître que toute réponse demeure incomplète, la patience de poursuivre une recherche, le courage d’abandonner une opinion lorsqu’elle se révèle fausse. Aucune intelligence artificielle ne peut accomplir ce chemin intérieur, parce qu’il ne relève pas du calcul mais de la liberté.

L’avenir ne dépendra donc pas d’abord des performances des machines, mais de l’usage que nous choisirons d’en faire. Les outils continueront d’évoluer comme ils l’ont toujours fait. La question demeurera pourtant la même que celle que posait déjà Platon à travers le dialogue entre Thot et le roi Thamous. Chaque génération invente de nouveaux moyens de conserver, de transmettre ou de produire des connaissances. Aucune ne peut déléguer à ces outils l’exercice du jugement.

C’est peut-être là la véritable leçon de notre époque. L’intelligence artificielle ne nous dispense pas de penser. Elle rend le discernement plus nécessaire encore. Et c’est précisément parce qu’elle est un outil d’une puissance inédite qu’elle nous rappelle une vérité très ancienne : la liberté de l’homme ne réside pas dans sa capacité à obtenir des réponses, mais dans sa faculté de reconnaître le vrai, de choisir le bien et d’assumer la responsabilité de son jugement.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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