Lorsque l’on évoque les langues de la liturgie en Bretagne, on pense spontanément au latin, puis au breton. Le breton possède en effet une longue tradition liturgique : traductions de prières, cantiques, missels, rituels, offices, sans oublier un vaste patrimoine de chant religieux populaire.
Mais une question mérite d’être posée, et que certains posent sur les réseaux sociaux : qu’en est-il du gallo ?
À première vue, la réponse surprend. À notre connaissance, le gallo n’a jamais occupé une place comparable à celle du breton dans la liturgie catholique. Nous ne connaissons pas de tradition constituée de célébrations en gallo, ni de missels, de rituels ou de répertoires de chants liturgiques dans cette langue.
Cette différence s’explique en partie par l’histoire linguistique de la Bretagne. En Haute-Bretagne, le gallo était la langue de la vie quotidienne d’une grande partie de la population, mais le français était depuis longtemps la langue de l’administration, de l’enseignement et, bien souvent, celle employée par le clergé pour la prédication, le catéchisme ou les textes religieux. Lorsque la réforme liturgique de Vatican II permit l’usage des langues vernaculaires, c’est donc naturellement le français qui prit sa place dans les diocèses de Haute-Bretagne, tandis que le breton retrouvait ou poursuivait un usage déjà ancien en Basse-Bretagne.
Cela ne signifie pas pour autant que le gallo soit étranger à l’expression de la foi. Il est probable que des prêtres aient prêché en gallo, que des prières aient circulé oralement ou que quelques textes religieux aient été composés localement. Mais, jusqu’à présent, nous n’avons pas trouvé de traces d’une véritable tradition liturgique gallèse comparable à celle du breton.
Une expérience personnelle m’a cependant conduit à réfléchir à cette question. Lors de la messe du Jour du Seigneur célébrée au Faouët, en 2018, nous avions souhaité manifester la richesse linguistique de la Bretagne tout entière. Le chant d’envoi était un cantique traditionnel breton dont le refrain et un couplet étaient chantés en breton, un autre couplet en français et un troisième en gallo. Il ne s’agissait pas de faire revivre une tradition oubliée, mais d’exprimer symboliquement que la Haute-Bretagne possède elle aussi une langue patrimoniale digne d’être entendue dans la prière de l’Église.
Cette expérience m’a laissé une question : le gallo est-il réellement absent de toute tradition religieuse chantée ou parlée ? Ou bien existe-t-il des initiatives locales, des cantiques, des traductions, des prières, des souvenirs transmis dans certaines paroisses qui restent encore méconnus ?
Nous serions heureux que cet article puisse ouvrir la discussion. Si des lecteurs connaissent des textes religieux en gallo, des chants, des traductions, des témoignages de prêtres ou de fidèles ayant utilisé cette langue dans un contexte liturgique ou catéchétique, nous les invitons à nous les faire connaître. Toute contribution sérieusement documentée sera la bienvenue.
L’histoire de la liturgie en Bretagne ne s’écrit pas seulement dans les bibliothèques : elle vit aussi dans la mémoire des communautés. Peut-être le patrimoine religieux gallo nous réserve-t-il encore quelques découvertes.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

