Après la fermeture du centre spirituel du Minihi Levenez, à Tréflévénez, le diocèse de Quimper et Léon veut donner un nouvel élan à la pastorale bretonnante. Mgr Laurent Dognin annonce la création d’un service diocésain pour l’évangélisation à travers la langue et la culture bretonnes. Il souhaite notamment développer des lieux de prière en breton et associer les fidèles à cette réflexion lors d’un « mini-synode bretonnant ».
Fondé en 1984 par l’abbé Job an Irien, avec le soutien de Mgr Francis Barbu, le Minihi Levenez a marqué plusieurs générations de chrétiens du Finistère. On y venait pour prier en breton, se former, partager des temps de fraternité et approfondir sa foi. Le centre a aussi joué un rôle important dans la transmission des cantiques, la publication d’ouvrages religieux et la place donnée à la langue bretonne dans la vie de l’Église.
Sa fermeture, à l’occasion de son 42e anniversaire en octobre 2026, laisse derrière elle une histoire à laquelle beaucoup restent attachés. Mais l’œuvre de Job an Irien a depuis longtemps dépassé les murs du Minihi. Les messes en breton, les pardons, les chants et les initiatives locales témoignent d’une vie chrétienne bretonnante qui se poursuit dans différentes paroisses du diocèse.
« Ouvrir une nouvelle page »
Le père Corentin Sanson fait partie de ceux dont la foi a été profondément marquée par le Minihi Levenez. Dans un texte intitulé Lañs nevez (« Nouvel élan »), publié sur le site diocésain, il se souvient des week-ends passés avec d’autres jeunes bretonnants auprès de Job an Irien, dans le pays de Landerneau. Ces rencontres lui ont fait découvrir la fraternité chrétienne et une manière de vivre sa foi qui l’accompagne encore aujourd’hui.
« Tout cela demeure vivant dans mon cœur et reste un fondement solide pour ma foi, comme chrétien adulte et comme prêtre », confie-t-il.
Le souvenir de ces années nourrit chez lui le désir de voir se poursuivre ce qui a été semé au Minihi. Après avoir écouté ceux qui y ont grandi dans la foi, l’évêque et ses conseillers ont choisi d’ouvrir une nouvelle page. Le monde a changé depuis 1984, la situation de l’Église et celle de la langue bretonne également. Pour le père Corentin Sanson, il faut aujourd’hui imaginer d’autres façons de transmettre l’Évangile, avec les outils de notre époque.
Les possibilités sont nombreuses : catéchèse, formation, médias, camps, pèlerinages, publications… Autant de chemins pour rejoindre les nouvelles générations et permettre à ceux qui le souhaitent de découvrir ou d’approfondir leur foi à travers la langue et la culture bretonnes.
Faire vivre la foi en breton dans tout le diocèse
Dans une vidéo publiée à l’occasion de cette nouvelle étape, Mgr Laurent Dognin rappelle que les orientations pastorales de juin 2025 accordent une place à la langue et à la culture bretonnes, avec notamment le souhait de raviver la prière en breton.
Aujourd’hui, les initiatives ne manquent pas. Des pardons aux messes en breton, des cantiques aux livres et aux émissions de radio, beaucoup de choses existent déjà, parfois sans véritable lien entre elles. L’évêque souhaite les faire connaître, les soutenir et leur permettre de se développer. Une personne sera appelée à s’y consacrer à temps plein, entourée d’une équipe.
Mgr Dognin tient aussi à ce que cette démarche ne concerne pas uniquement ceux qui parlent breton. Dans le Finistère, les pardons, les cantiques et les traditions chrétiennes continuent de toucher des personnes qui ne connaissent pas nécessairement la langue. Ils font partie de leur histoire familiale, de leur attachement au pays et parfois de leur cheminement dans la foi.
La culture bretonne peut ainsi contribuer à l’annonce de l’Évangile bien au-delà du monde bretonnant. L’évêque se réjouit par ailleurs de voir de jeunes prêtres parler breton ou commencer à l’apprendre, ce qui pourrait favoriser de nouvelles célébrations et rencontres dans les paroisses.
Des lieux de prière et un mini-synode bretonnant
L’un des souhaits de Mgr Dognin est de permettre aux fidèles de trouver des lieux où prier et chanter régulièrement en breton. Leurs emplacements restent à déterminer, mais l’évêque veut que cette possibilité demeure bien vivante dans le diocèse.
Il annonce également la tenue d’un « mini-synode bretonnant ». Les fidèles pourront y exprimer leurs attentes et réfléchir ensemble à ce qui pourrait les aider à grandir dans la foi. La place du breton dans les célébrations, la transmission aux enfants et aux jeunes, les chants, les rencontres ou encore les nouveaux moyens de communication pourront nourrir ces échanges.
Après quarante-deux années d’existence, le Minihi Levenez laisse un héritage important, fruit de l’engagement de Job an Irien et de tous ceux qui ont fait vivre ce lieu. Le diocèse entend désormais faire grandir cette pastorale à travers les paroisses et les communautés du Finistère, sans chercher à reproduire le Minihi tel qu’il existait.
Il reste à connaître les personnes qui porteront ce nouvel élan, les lieux où la prière en breton pourra se développer et la forme que prendra le mini-synode annoncé. Pour ceux qui ont connu le Minihi Levenez comme pour les générations qui n’y sont jamais venues, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre dans l’histoire de la foi vécue en breton.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

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