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Notre-Dame du Roncier : à Josselin, le vieux rendez-vous marial du 8 septembre

Amzer-lenn / Temps de lecture : 7 min

Chaque 8 septembre, Josselin retrouve l’un de ces gestes qui disent la Bretagne mieux que bien des discours : on sort la Vierge, les bannières se lèvent, la procession traverse la cité et le peuple accompagne Notre-Dame du Roncier. Le Pardon n’est pas un souvenir entretenu pour les visiteurs de passage, mais demeure un pèlerinage vivant, enraciné dans cette vieille terre du Porhoët où la foi, longtemps, a scandé l’année au même rythme que les travaux des champs et les fêtes du calendrier chrétien.

Ce 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge Marie, Notre-Dame du Roncier est de nouveau célébrée dans son sanctuaire de Josselin, où les pèlerins viennent depuis des siècles confier leurs intentions, leurs peines et leurs espérances. Sous le regard des Rohan et au milieu des pierres accumulées par les générations, cette dévotion mariale continue de porter quelque chose de profondément breton, non parce qu’elle appartiendrait à un folklore disparu, mais précisément parce qu’elle se transmet encore.

Une Vierge trouvée dans les ronces

La tradition fait remonter l’origine du pèlerinage à l’année 808, lorsqu’un paysan aurait découvert, dans un buisson de ronces, une statue de la Vierge. Le récit s’est enrichi au fil des siècles, jusqu’à associer cette découverte à la guérison miraculeuse d’une enfant aveugle ; il faut toutefois parler ici de tradition, et non transformer ce récit fondateur en chronique historique assurée, même si les sources patrimoniales bretonnes situent elles aussi cette légende au IXe siècle.

Un premier oratoire aurait alors été élevé à l’endroit de la découverte, avant que le sanctuaire ne grandisse avec la ville elle-même. Les documents anciens parlent d’abord de Notre-Dame du Château, et l’histoire du lieu se mêle peu à peu à celle de Josselin et des grandes familles qui en façonnent le destin. À la fin du Moyen Âge, Olivier de Clisson, connétable de France et seigneur de Josselin, y fait notamment aménager sa chapelle, tandis que l’église est largement reconstruite et agrandie entre la fin du XIVe et le début du XVIe siècle.

Le pèlerinage attire déjà les foules, et saint Vincent Ferrier lui-même prêche à Josselin en 1419. Les siècles passent, la ville change, les régimes tombent, mais le Roncier demeure et, avec lui, cette fidélité populaire qui traverse les bouleversements de l’histoire.

La statue mutilée, mais non disparue

La Révolution française n’épargne pas Notre-Dame du Roncier et l’ancienne statue vénérée est détruite par le feu. Des fragments en sont toutefois sauvés, puis intégrés à la nouvelle effigie réalisée au XIXe siècle, si bien que la statue aujourd’hui honorée conserve matériellement quelque chose de celle devant laquelle avaient prié les générations précédentes.

Ce détail résume à lui seul une part de l’histoire religieuse bretonne : on peut abattre une croix, brûler une statue, disperser les objets d’un culte, mais il suffit parfois d’un fragment conservé, d’une prière transmise dans une famille ou d’une procession reprise après des années d’interruption pour que le fil se renoue. À Josselin, il s’est renoué.

Le 8 septembre 1868

Une date va donner au Pardon sa forme moderne : le 8 septembre 1868, en la fête de la Nativité de Marie, Mgr Jean-Marie Bécel, évêque de Vannes, procède au couronnement canonique de Notre-Dame du Roncier, autorisé quelques mois auparavant par le pape Pie IX. La cérémonie prend une ampleur considérable et les sources de l’époque évoquent environ 200 prêtres et plusieurs dizaines de milliers de fidèles réunis à Josselin.

À partir de cette époque, le grand Pardon, auparavant célébré principalement à la Pentecôte, se fixe progressivement au 8 septembre, ce qui n’a rien d’anodin puisque l’Église célèbre ce jour-là la naissance de la Vierge Marie. Josselin célèbre ainsi celle autour de laquelle se sont constitués, au fil des siècles, un sanctuaire, une dévotion et un pèlerinage qui ont largement débordé les frontières de la cité.

En 1891, l’église reçoit le titre de basilique, reconnaissance de l’importance et de l’ancienneté du pèlerinage, puis la chapelle de Notre-Dame du Roncier est aménagée quelques années plus tard pour recevoir plus dignement la statue couronnée.

Et les « aboyeuses » ?

Impossible d’évoquer Notre-Dame du Roncier sans rencontrer l’un des épisodes les plus singuliers de l’histoire religieuse bretonne, celui des fameuses « aboyeuses de Josselin ». À partir du XVIIIe siècle, plusieurs témoignages décrivent des pèlerines prises de crises spectaculaires, accompagnées de cris rauques assimilés à des aboiements, phénomène qui a suscité, selon les époques, des interprétations religieuses, médicales, psychiatriques ou anthropologiques.

Il serait hasardeux d’en donner aujourd’hui une explication définitive, mais les sources montrent que ces manifestations furent suffisamment réelles et répétées pour marquer durablement la réputation du Pardon. La guérison, en 1728, d’enfants venus de Camors aurait notamment contribué à attirer vers Josselin des personnes souffrant de troubles similaires, et le phénomène persista jusque dans la première moitié du XXe siècle.

Cette curiosité historique ne doit cependant pas finir par masquer l’essentiel. Les « aboyeuses » ont fasciné folkloristes, journalistes et ethnologues, mais elles ne résument pas Notre-Dame du Roncier, qui est d’abord l’histoire de générations de pèlerins venus prier, marcher et confier à la Vierge ce qu’ils portaient de plus intime.

Une foi qui prend les chemins

Le Pardon breton appartient à une religion incarnée, qui ne reste pas enfermée entre les murs d’une église mais sort dans les rues, prend les chemins, accompagne les croix et les bannières. À Josselin, la procession est attestée au moins depuis le XVIIe siècle, lorsque des paroisses du Porhoët venaient déjà avec leurs enseignes et leurs fidèles rejoindre le sanctuaire.

Après le couronnement de 1868, le parcours reliant la basilique à Saint-Martin prend une importance particulière, tandis que la fontaine Notre-Dame du Roncier s’inscrit elle aussi dans cette géographie sacrée façonnée par les siècles. Le Pardon ne sépare donc pas le sanctuaire de la ville : il fait de la cité tout entière un espace de pèlerinage, où les rues deviennent pour quelques heures le prolongement de l’église.

C’est peut-être là l’une des raisons de sa résistance au temps, car le patrimoine peut être restauré, les pierres classées et les costumes placés sous vitrine, mais un Pardon n’existe que si des hommes et des femmes viennent encore marcher derrière la bannière. À Josselin, on marche toujours.

Notre-Dame du Roncier, priez pour nous

En ce 8 septembre, la Bretagne catholique retrouve donc l’un de ses anciens rendez-vous, sans qu’il soit nécessaire de transformer le passé en décor ou la foi populaire en folklore. La basilique de Josselin porte les traces des grands seigneurs, de la piété médiévale, des destructions révolutionnaires, du renouveau marial du XIXe siècle et de générations anonymes de pèlerins, mais Notre-Dame du Roncier n’appartient pas seulement au passé.

Une dévotion n’est vivante que lorsqu’elle se conjugue au présent, et des hommes, des femmes, des familles continuent aujourd’hui de venir lui confier leurs malades, leurs enfants, leurs morts, leurs inquiétudes et leurs espérances. En reprenant les mêmes chemins que leurs prédécesseurs, ils accomplissent des gestes anciens sans les répéter mécaniquement, car chaque pèlerin porte avec lui une histoire nouvelle.

Alors les ronces du vieux récit prennent peut-être un autre sens : dans ce qui paraît pauvre, empêtré ou blessé, peut surgir une lumière que l’on n’attendait plus. À Josselin, depuis des siècles, les Bretons lui donnent un nom : Notre-Dame du Roncier.

Itron Varia ar Bod-Drez, pedit evidomp.

Notre-Dame du Roncier, priez pour nous.

À propos du rédacteur Stella Gigliani

L'une des touches féminines d'Ar Gedour. Elle anime en particulier la chronique "La belle histoire de la semaine".

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