Démonter pour sauver : le tombeau des ducs de Bretagne

Amzer-lenn / Temps de lecture : 3 min

Chef-d’œuvre de la sculpture bretonne à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance, le tombeau des ducs de Bretagne — commandé par Anne de Bretagne pour ses parents et conservé à la cathédrale de Nantes — fait l’objet d’une restauration sans précédent. Pour sauver les pierres des registres inférieurs, polluées par des sels, la DRAC Pays de la Loire a ordonné un démontage intégral en vue d’un dessalement avant remise en œuvre. Cette vidéo signée Studio Sherlock nous plonge au cœur des études préalables, du démontage millimétré et des impressionnantes découvertes révélées à l’ouverture.

Illustration Ar Gedour / EFKAI

Un chef-d’œuvre à la croisée des époques

Situé dans la cathédrale de Nantes, le tombeau des ducs de Bretagne, commandé par Anne de Bretagne pour ses parents, compte parmi les œuvres majeures de la sculpture française. À la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance, ce monument allie virtuosité technique et portée mémorielle. L’usure du temps, aggravée par la présence de sels dans les pierres des registres inférieurs, a cependant rendu indispensable une intervention de grande ampleur.

Pourquoi démonter pour restaurer

Des études pilotées par la DRAC Pays de la Loire ont établi que les pierres étaient polluées par des sels. Ces cristallisations, en gonflant puis en éclatant, fragilisent la matière et menacent la stabilité de l’ensemble. La solution retenue repose sur une dépollution en bains de dessalement, une procédure exigeante qui suppose de déposer les éléments afin de les traiter en profondeur, puis de les remettre en œuvre dans les règles de l’art. Pour atteindre les zones les plus altérées, il a donc fallu démonter l’intégralité du tombeau, une opération à la fois monumentale et minutieuse, confiée à des équipes maîtrisant les savoir-faire de pointe de la restauration du patrimoine.

Ce que montre la vidéo

Le film suit pas à pas la préparation et la réalisation de cette entreprise exceptionnelle. On y découvre d’abord les investigations scientifiques menées en amont : relevés précis, essais de matériaux, protocoles de manipulation et de traitement conçus pour sécuriser chaque étape. La caméra accompagne ensuite le démontage : repérage, numérotation, dépose contrôlée, conditionnement et acheminement vers les ateliers. À mesure que le monument s’ouvre, le regard se pose sur des découvertes rarement visibles, qui enrichissent la connaissance de sa structure, de son histoire matérielle et des mains qui l’ont façonné.

Un geste de sauvegarde au service de tous

Au-delà de la prouesse technique, la vidéo rappelle que la cathédrale est un lieu de prière autant qu’un écrin d’art. Restaurer ce tombeau, c’est prolonger une mémoire familiale, dynastique et spirituelle, et transmettre aux générations futures un témoignage unique de la Bretagne chrétienne. Le film rend tangible l’alliance entre science des matériaux et responsabilité patrimoniale, au bénéfice du bien commun.

Le dessalement, une étape décisive

Le bain de dessalement consiste à immerger les blocs dans une eau contrôlée pour extraire progressivement les sels solubles qui se sont infiltrés au fil des siècles. Cette phase, longue et surveillée, conditionne la durabilité de la restauration : sans elle, la cristallisation reprendrait, provoquant de nouvelles fissurations et pertes de matière. La vidéo en explique clairement les principes et en montre la rigueur.

Regarder la vidéo

La vidéo est à visionner ci-dessous sur Ar Gedour. Elle offre une entrée claire et documentée dans les coulisses d’un chantier rare, où chaque geste compte et où la précision se met au service d’une œuvre emblématique.

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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Un commentaire

  1. J’ai lu que les ossements de Arthur de Richemont ont été déposés dans ce tombeau. On va pouvoir voir si c’est vrai.

    C’est aussi l’occasion de penser aux tombeaux qui n’existent plus, ceux de Jean IV et Jean V particulièrement.

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