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L’Assemblée Nationale et la charte des langues régionales

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

brezhoneg

En 2012, nous disions que « la France reconnaîtra (un jour) la charte européenne des langues régionales… « 

Et bien ça y est ! Enfin, pas vraiment… pas encore : la route est encore longue … An hent zo hir ! 

L’Assemblée Nationale française s’est prononcée pour la possibilité d’une modification de la Constitution en vue d’une reconnaissance de la charte européenne des langues régionales et minoritaires. Contrairement à ce qui est annoncé dans certains médias, ce n’est pas que « l’Assemblée Nationale a approuvé l’adoption de la Charte des langues régionales ». Que nenni ! C’est juste que l’assemblée des députés a sonné à la porte avant d’entrer… peut être. Elle a vérifié qu’elle avait la majorité des 3/5 pour proposer un projet de loi portant sur modification constitutionnelle. Autant dire que rien n’est encore fait. Mais c’est déjà un grand pas ! Et cela a aussi permis d’entendre des perles, citations d’un autre âge, d’un jacobinisme déroutant, stigmatisant ainsi les défenseurs et utilisateurs des langues dites régionales. 

Au final, 361 députés se sont prononcés pour cette modification, contre 149. Voici le texte  exact qui a été adopté : 

Après l’article 53-2 de la Constitution, il est inséré un article 53-3 ainsi rédigé :

« Art. 53-3. – La République peut ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires adoptée à Strasbourg le 5 novembre 1992, signée le 7 mai 1999, complétée par la déclaration interprétative exposant que :

« 1. L’emploi du terme de “groupes” de locuteurs dans la partie II de la charte ne conférant pas de droits collectifs pour les locuteurs des langues régionales ou minoritaires, le Gouvernement de la République interprète la charte dans un sens compatible avec la Constitution, qui assure l’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ;

« 2. Le d du 1 de l’article 7 et les articles 9 et 10 de la charte posent un principe général n’allant pas à l’encontre de l’article 2 de la Constitution, en application duquel l’usage du français s’impose aux personnes morales de droit public et aux personnes de droit privé dans l’exercice d’une mission de service public, ainsi qu’aux usagers dans leurs relations avec les administrations et services publics. »

Délibéré en séance publique, à Paris, le 28 janvier 2014.

Mais, disons-le, cette décision arrive à point nommé avant les élections. La suite ne sera certainement pas proposée avant celles-ci. Il s’agit donc d’un coup de maître horloger, proposé par la majorité parlementaire actuelle, que de débattre de ce sujet aujourd’hui. Les mobilisations récentes ont permis de voir qu’en Bretagne, le sentiment breton était loin d’être enfoui. Le résultat, attendu, permet donc de redonner espoir à toute une frange de la population sur une reconnaissance d’un pan important de l’identité bretonne : sa langue. Il en est de même pour les autres langues. De là à espérer un retour électoral…

Cependant, rappelons à ceux qui crient trop tôt victoire que si la constitution permettait par la suite de ratifier la charte, rien n’obligera le gouvernement à le faire. On peut donc penser que cette promesse touchée du doigt peut s’avérer être une belle Arlésienne… 

Par ailleurs, la question des langues minoritaires, accolée aux langues régionales, reçoit certaines oppositions alimentées par des craintes diverses. Par ailleurs, au vu du texte ci-dessus, les possibilités d’interdictions d’usage des langues régionales dans la vie publique, une fois cela gravé dans la Constitution, laissent planer un doute sur le bien-fondé de ce projet, en l’état. L‘interview d’Aurélie Filipetti dans l’Express donne déjà des pistes de réflexion à ce sujet ! 

« Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent », disait Jacques Chirac en 1998 (et d’autres avant lui). D’un côté ou de l’autre de l’échiquier politique, il est sage de penser que nous ne devons pas compter sur les députés français, à quelques exceptions près, pour avancer dans la promotion de nos langues. Le député Chassaigne a dit aujourd’hui que « si l’usage de langues régionales n’étaient pas favorisé, elles disparaîtront ».

Alors pour éviter cela, allons-nous attendre que l’on autorise quelque chose  ? Il y a déjà beaucoup à faire en ce sens ! Il est donc aussi sage de penser que c’est surtout à nous de faire en sorte que nos langues (pour nous le breton), soient utilisées tout le temps, partout, sans demander l’avis de quiconque. Cette charte changerait-elle quelque chose ? Nous l’espérons, mais malgré toutes les ratifications, seuls les Bretons peuvent prendre en main les choses pour ne pas être eux aussi des fossoyeurs de la langue ! 

C’est à nous, que nous parlions breton ou non, de prendre conscience que sans nous, cette langue meurt. Chacun peut donc l’aider à se relever en inscrivant les enfants dans des écoles bilingues (Dihun, Div Yezh) ou immersives (Diwan), en mettant nos enfants dans des crèches immersives (Vannes par exemple)… Peu importe la structure publique, privée ou associative que nous choisirons, l’essentiel étant de soutenir ces classes bilingues sur notre territoire, tout en offrant une chance unique à notre enfant !!!

C’est à nous d’utiliser dans toutes nos promotions d’événements, cette langue, même si nous ne la parlons pas. Le bilinguisme partout en tout temps permettra d’avancer. 

C’est à nous de nous prendre en main, sans attendre qu’on le fasse pour nous ! 

Et pour un peu de culture générale, rappelons quelques citations… 

Citations de quelques hommes politiques :

« Il faut extirper le dialecte breton, barbare relique d’un autre âge »

(Bienvenu-Martin, ministre de l’Instruction publique. Circulaire aux Préfets de Bretagne, 1905)

 

« Il y a un intérêt de premier ordre à ce que les Bretons comprennent et parlent la langue nationale : ils ne seront vraiment français qu’à cette condition. Ce sont des Français qu’il faut pour franciser les Bretons, ils ne se franciseront pas tous seuls . » (I . Carré , Inspecteur général de l’Enseignement, de son livre, « Méthode de langage », A . Colin, 1922) .

 

« Pour l’unité linguistique de la France, il faut que la langue bretonne disparaisse » ( Anatole de Monzie , ministre de l’Instruction publique , discours du 29 juillet 1925) .

« Les langues de France ne peuvent se contenter d’être un élément du patrimoine que les lois ne permettent pas d’utiliser » (P. Giaccobi, 28 janvier 2014)

 

Citations des Papes :

 

« L’ Eglise voit avec plaisir et bénit avec son cœur de Mère, le soin que prend chaque peuple pour conserver et pour faire fleurir sa langue et ses sages coutumes » (Summi Pontificatus , 20 octobre 1939) .

 

« Ne prétendez imposer à aucun membre de la famille des peuples, fut-il petit ou faible, des renonciations à des droits substanciels et à des nécessités vitales que vous-mêmes, s’il s’agissait de les appliquer à votre propre peuple, jugeriez impossibles » . (Pie XII , Noël 1943)

 

Jean-Paul II , dans son livre « Mémoire et Identité », dans le chapitre « Nation et Culture » écrit :« Chaque nation vit des œuvres de sa propre culture » .

Dans son très beau poème « Quand je pense : Patrie », il écrit encore « Quand j’entends autour de moi diverses langues, je sens croître les générations, chacune apporte un trésor de leur terre, choses anciennes et choses nouvelles »

Illustration trouvée sur Facebook, mais source non connue de la rédaction.

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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2 Commentaires

  1. Ar pep pouezusañ eo deskiñ yezh ha he c’homz. Ar peurrest zo a eil renk.

  2. Gwir eo, Fabrig!!!

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