Parmi les nombreuses déclarations qui soulèvent débat sur l’identité culturelle française, celle de François Bayrou, il y a quelques jours, disant « Je mets la langue française au-dessus de tout », retient particulièrement l’attention. Si cette formule peut être interprétée comme une défense passionnée de la langue nationale en réaction au souhait de créolisation de Jean-Luc Mélenchon, elle soulève aussi une question cruciale : que devient la richesse plurilingue de la France dans une telle hiérarchie ?
Langue française et république : un lien historique mais exclusif ?
Il est indéniable que la langue française a été, depuis la Révolution, un pilier de l’unité républicaine. L’article 2 de la Constitution affirme : « La langue de la République est le français ». Ce choix découle d’une volonté politique : faire du français un instrument de cohésion, voire d’émancipation.
Mais cette construction s’est souvent faite au détriment des autres idiomes qui peuplaient (et peuplent encore) l’Hexagone : occitan, breton, corse, alsacien, basque, créole, langues kanak, et bien d’autres. Ces langues, parfois reléguées au rang de patois ou encore de dialectes, ont été marginalisées, voire interdites, dans l’espace public et éducatif. Encore aujourd’hui, on retrouve des relents d’exclusion.
Un impérialisme linguistique masqué ?
Dire que le français est « au-dessus de tout » revient à nier cette diversité. Cela renvoie à une vision verticale de la culture, où une langue officielle s’impose comme seule légitime, reléguant les autres à une forme d’invisibilité , simplement bonne à illustrer un folklore local.
On peut y voir une forme d’impérialisme linguistique : imposer une norme unique, sans reconnaissance réelle de l’altérité. Ce phénomène n’est pas propre à la France, mais il entre en contradiction avec les discours contemporains sur l’inclusion, le respect des minorités et la diversité culturelle.
La diversité linguistique est une richesse, pas une menace
La France n’est pas un monolithe linguistique. Ses langues régionales, ultra-marines ou de métropole, témoignent d’une histoire longue et mouvante. Les défendre ne revient pas à s’opposer à la langue française, mais à enrichir le patrimoine commun.
Des institutions comme l’UNESCO rappellent régulièrement que la diversité linguistique est un facteur de paix, de créativité et d’identité. À ce titre, mettre le français « au-dessus de tout » revient non seulement à ignorer cette réalité, mais aussi à perpétuer une forme de hiérarchie injustifiable.
Il est légitime de défendre la langue française, notamment face aux défis de l’anglicisation ou de la dévalorisation de la culture. Mais cela ne peut se faire en niant les autres voix qui composent la France. La pluralité linguistique n’est pas une menace pour l’unité : elle est au contraire la garantie d’une république vraiment inclusive.
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