La musique bretonne vit aujourd’hui un nouvel élan, même si les difficultés économiques impactent des projets. Les festoù-noz attirent dans leur majorité toujours plus de danseurs, des jeunes musiciens redoublent de créativité, et la scène contemporaine continue d’étonner par sa vitalité. Mais cet élan ne vient pas de nulle part. Il s’inscrit dans une histoire, dans des décennies d’engagements, de fêtes, d’audaces musicales qui ont façonné le visage actuel de notre culture.
Au fil des années, des groupes – parfois très connus, parfois plus discrets – ont marqué la mémoire collective. Ils ont animé les parquets, enregistré des disques, transmis une manière de jouer et de vivre la musique. Leur rôle fut essentiel : sans eux, la Bretagne musicale d’aujourd’hui ne serait pas ce qu’elle est.
Avec cette série « Mémoire des groupes bretons », Ar Gedour souhaite redonner une place à ces formations qui ont marqué leur temps. Non pas dans la nostalgie, mais pour rappeler combien la culture bretonne est faite de transmission, de continuité et de renouveau. En revisitant leur parcours, leurs créations et leur esprit, nous voulons honorer cette mémoire vivante qui continue d’inspirer les musiciens et danseurs d’aujourd’hui.
Pour ouvrir cette série, nous nous tournons vers un groupe qui a embrasé les années 1990 et qui reste dans bien des cœurs comme une référence incontournable du fest-noz : Tan Ba’n Ty.
Mémoire des groupes bretons : Tan Ba’n Ty
Il est des noms qui, pour ceux qui ont fréquenté les festoù-noz des années 1990, éveillent aussitôt des souvenirs de parquet bondé, de rires, de danses effrénées et de musiques flamboyantes. Tan Ba’n Ty est de ceux-là. Le feu dans la maison : voilà ce qu’évoque leur nom, et voilà ce qu’ils ont été, le temps d’une aventure musicale qui a marqué toute une génération de Bretons.
Né en 1989 au Croisty, le groupe réunit alors une bande de jeunes musiciens décomplexés et pleins d’audace : Grégory Le Lan, Georges Carcreff, Thierry Barber, Philippe et Julien Le Mentec. Ils n’ont qu’un objectif : redonner souffle et jeunesse à une musique parfois perçue comme poussiéreuse par leurs contemporains. Pari gagné. Avec leur énergie, leur fraîcheur et leur créativité, ils réconcilient une jeunesse bretonne avec ses racines.
Très vite, d’autres artistes rejoignent l’aventure : Régis Huiban et son accordéon chromatique, Yves Le Gal, Michel Quinio, puis Frédéric Miossec au biniou. Leur arrivée enrichit le son d’un collectif déjà prometteur. Au début des années 1990, Tan Ba’n Ty s’impose comme une référence. Leur calendrier en dit long : soixante-dix festoù-noz par an. La Bretagne entière danse sur leurs airs.
En 1996, les musiciens franchissent un cap et deviennent professionnels. Ils enregistrent une cassette et deux albums, Tomm ruz en 1997 puis Dilhad Sul en 2001, marqué par la voix de Nolùen Le Buhé, héritière du chant vannetais (cf ci-dessous). Leur style reste fidèle à l’âme du fest-noz, mais ose emprunter au jazz, au swing, au musette. Toujours, cependant, une règle demeure : respecter la danse et le danseur. Car Tan Ba’n Ty, avant tout, c’est la joie partagée, la musique qui s’incarne dans le mouvement des corps et la chaleur de la fête.
En 2009, pour leurs vingt ans, ils retrouvent la scène du Croisty. Le fest-noz est grandiose : tous les anciens sont là, et autour d’eux une pléiade d’artistes – Kentan, Le Bot-Chevrollier, Le Menn-Menneteau, Bernard Loffet – pour un plateau mémorable. Ceux qui étaient présents se souviennent encore de la liesse, des jeux intercercles et bagadoù l’après-midi, et de cette soirée qui condensait à elle seule l’esprit d’un groupe : festif, enraciné, généreux.
Aujourd’hui, Tan Ba’n Ty ne tourne plus, mais leur empreinte reste bien réelle. Ils incarnent une jeunesse qui, à la fin des années 1980, a osé prendre la musique bretonne à bras-le-corps pour la projeter dans son temps. Ils témoignent de la vitalité d’une culture qui ne survit pas dans la nostalgie, mais se renouvelle sans cesse grâce à ceux qui la vivent et la transmettent. La preuve : les musiciens de Tan Ba’n Ty sont impliqués dans divers projets musicaux au fil des ans.
Remettre à l’honneur Tan Ba’n Ty, c’est rappeler que notre patrimoine musical n’est pas figé. Il est porté par des femmes et des hommes qui, à leur époque, ont su rallumer la flamme et la partager. Et si leur nom signifie « le feu dans la maison », il dit bien ce qu’ils ont été : une chaleur, une lumière, un foyer où la Bretagne a puisé force et énergie pour continuer à vibrer.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
