Grand amoureux de la culture bretonne, Patrick Malrieu avait consacré sa thèse, en 1998, à la chanson populaire de tradition orale en langue bretonne. Restée longtemps confidentielle, cette recherche monumentale est aujourd’hui offerte au public : ses enfants viennent d’en assurer la publication.
C’est un trésor qui dormait dans les mémoires, les carnets, les enregistrements, et parfois même dans le silence des greniers. La Bretagne vient de franchir une étape majeure dans la sauvegarde de son patrimoine immatériel : près de 1 800 chansons de tradition orale, collectées dans les quatre coins du pays, ont été recensées et éditées. Un travail colossal mené dans le sillage de feu Patrick Malrieu – décédé en 2019 – et du réseau Dastum, qui depuis un demi-siècle s’attache à sauver de l’oubli la voix des anciens.
Cette entreprise n’est pas qu’une prouesse archivistique. Elle est un acte de fidélité à une culture qui s’est transmise de bouche à oreille, de fest-noz en veillée, de port en chapelle. Les chansons bretonnes sont plus qu’un simple divertissement : elles racontent la vie quotidienne, les amours et les drames, les luttes, la foi, la mer et la terre. Elles portent en elles la langue bretonne, sa musique propre, sa poésie populaire et sa mémoire collective.
Le catalogue mis en ligne sur le site tob.kan.bzh s’appuie sur les travaux fondateurs de Patrick Malrieu, auteur d’une thèse monumentale consacrée à la chanson populaire de tradition orale en langue bretonne. Ce chercheur avait entrepris dès les années 1980 de classer et de comparer les versions recueillies sur le terrain, afin d’en dégager des “chants-types”, véritables matrices mélodiques et textuelles regroupant les innombrables variantes nées au fil des siècles. Chaque chanson-type rassemble plusieurs versions collectées auprès d’interprètes différents, chaque version pouvant à son tour comporter plusieurs occurrences selon les publications. Derrière les 1 800 numéros du catalogue se cachent ainsi près de 8 000 versions, témoins d’une vitalité musicale exceptionnelle.
Ce travail, aujourd’hui poursuivi et enrichi, a bénéficié des outils numériques qui permettent de croiser les sources, d’écouter les enregistrements, de consulter les partitions et de comparer les textes. Il donne aux chercheurs, aux musiciens, aux enseignants et aux passionnés une base vivante pour comprendre comment le peuple breton a chanté le monde. C’est aussi une invitation à redonner voix à ces chants : dans les écoles, dans les chorales, dans les paroisses ou sur les scènes contemporaines, la Bretagne peut retrouver la puissance expressive de sa tradition orale.
La chanson bretonne n’est pas figée dans les musées. Elle respire encore dans les voix d’aujourd’hui. Chaque gwerz, chaque kan ha diskan, chaque cantique porte en lui un fragment d’éternité. En recensant, en éditant et en partageant ces 1 800 chansons, la Bretagne ne fait pas que sauvegarder un patrimoine : elle ravive une flamme. Comme l’écrivait Patrick Malrieu, « la chanson populaire est le miroir d’un peuple ». Ce miroir, aujourd’hui poli par le travail patient des collecteurs, renvoie à chacun de nous le reflet d’une identité à la fois ancienne et terriblement actuelle.
En faisant paraître ce bel ouvrage, sa famille rend hommage à son souvenir et espère qu’il donnera envie à d’autres de poursuivre son travail avec la même passion.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
