Il est des livres qui ne se contentent pas de décrire la Bretagne : ils en épousent le souffle intérieur. Avec L’âme des pardons, qui sort en ce mois d’avril aux éditions Salvator, Philippe Abjean ne livre pas seulement un témoignage, mais une méditation habitée sur ce qui constitue pour lui, au plus profond, l’âme vivante des pardons bretons. Ce livre est en quelque sorte une suite à ses ouvrages « Un rêve de pierre » (Salvator), « Le Royaume du Silence » (Salvator) et « Apprends-moi les mots qui réveillent un peuple » (Ar Gedour).
Sous sa plume à la fois érudite et contemplative, se déploie un regard qui embrasse le passé et le présent : mémoire des gestes anciens, fidélité aux rites, mais aussi conscience aiguë des fragilités contemporaines. L’auteur ne se place pas en observateur distant ; il écrit en homme engagé, en bâtisseur, avec en filigrane l’ombre de Xavier Grall. Du Tro Breizh à la Vallée des Saint, dès les premières pages affleure cette dimension missionnaire qui a marqué son parcours, notamment à travers des intuitions devenues structurantes pour la Bretagne spirituelle d’aujourd’hui, telles que le Tro Breizh ou la Vallée des Saints.
Le livre retrace ainsi une trajectoire où la foi se fait œuvre, où la tradition devient ferment d’initiatives nouvelles. Dans cette dynamique, l’appel à la création de confréries apparaît comme une proposition forte : redonner aux pardons une ossature spirituelle et communautaire capable de soutenir leur vitalité. Et les paroisses.
Sont évoquées certaines réalités actuelles du renouveau des pardons. Sur le terrain, des équipes jeunes, souvent en lien étroit avec les anciens, œuvrent déjà à une relance concrète et incarnée de ces fêtes, à l’image du pardon de Pénéty à Persquen ou celui de Kernascléden. On pense souvent au pardons des motards et des surfeurs, voire des camping-cars, mais d’autres pardons avancent de manière peut-être moins visible mais bien présente. Ces expériences témoignent d’un renouveau discret mais réel, fondé sur la transmission vivante. L’auteur évoque les Chapelles chantantes et les Priants des Campagnes, qui font vivre les chapelles autrement, ainsi que le travail réalisé par Ar Gedour. Nous profitons donc pour rappeler à nos lecteurs certaines initiatives qui accompagnent ce souffle : l’ouvrage de Tad Kristof « Alors sonneront les clochers de Bretagne » qui se présente comme un manuel pour ceux qui veulent promouvoir une vie spirituelle dans leurs chapelles, la plateforme « 1001 pardons » portée par Bretagne Culture Diversité, les démarches comme Skol ar Pardonioù / SOS Pardons initiées par Ar Gedour, ou encore des outils récents comme le site kan-iliz.com, qui répond précisément au besoin de transmission et de vulgarisation des cantiques bretons dans la liturgie des pardons, évoqué par Philippe Abjean dans cet ouvrage de 230 pages. Ces exemples montrent que le renouveau est déjà à l’œuvre, souvent de manière organique, enracinée dans les communautés locales, comme une braise sous la cendre.
Parmi les pistes soumises par l’auteur, la création de confréries permettant de ranimer une vie spirituelle et fraternelle. Cette piste avait été déjà légèrement explorée dans ses ouvrages « Le Royaume du silence » et « Apprends-moi les mots qui réveillent un peuple« . Dans ce nouvel opus, il explicite largement en puisant à leur racines ce qui pourrait en faire un outil d’avenir.
Cependant, si la création de confréries apparaît comme une idée féconde, encore faut-il veiller à ce que la structure ne précède pas la vie, comme le dit en substance le Père Yves Guillerm, oblat de Marie-Immaculée, repris par Philippe Abjean : » les confréries, dont l’esprit s’incarne dans les pardons, sont nées du désir des chrétiens de vivre, à leur mesure, la solidarité classique sur le mode de la fraternité monastique ». Une confrérie ne se décrète pas : elle naît en effet d’une fraternité déjà vécue, d’un tissu humain et spirituel préexistant. À cet égard, les comités de chapelle – qui accomplissent un travail remarquable – constituent sans doute le premier lieu de cette fraternité en germe. Leur accompagnement spirituel pourrait être une voie féconde pour faire émerger, en vérité, ce que pourraient devenir demain de véritables confréries. La relance de l’archiconfrérie de Sainte Anne dans le diocèse de Vannes, suite à ce qui s’est vécue lors de la Troménie de Sainte Anne, est un exemple parlant de ce désir de fraternité vécue qui se transforme.
Ainsi, L’âme des pardons se présente comme une œuvre précieuse : à la fois mémoire, appel et proposition. Un livre qui invite à regarder en arrière pour mieux discerner ce qui, aujourd’hui, cherche à naître, et qui rappelle que l’âme des pardons ne se conserve pas seulement : elle se vit, se transmet et se recrée, génération après génération.
En commandant via le bouton ci-dessus renvoyant sur Amazon, vous soutenez Ar Gedour qui perçoit une commission. Ne vous gênez donc pas pour nous soutenir par ce biais. Sinon, un don est toujours le bienvenu en cliquant ici. Trugarez deoc’h.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
