On prend un peu d’avance, mais cela pour permettre à nos paroisses d’anticiper et de programmer des manifestations à l’occasion de la Saint-Yves.
La Fête de la Bretagne, aujourd’hui largement identifiée sous le nom de Gouel Breizh, se déploie chaque année autour du 19 mai dans une dynamique festive, culturelle et populaire qui dépasse désormais largement le seul cadre religieux. Pourtant, son enracinement demeure profondément lié à la Saint-Yves, mémoire liturgique d’Yves Hélory de Kermartin, prêtre et official de Tréguier, canonisé au XIVᵉ siècle et reconnu comme l’un des principaux patrons de la Bretagne. La question de ce qu’il subsiste aujourd’hui de cette origine spirituelle n’est pas seulement historique : elle touche à la compréhension même de l’identité bretonne et à la manière dont celle-ci se transmet.
Historiquement, la Saint-Yves constituait un temps fort religieux et populaire. Pardons, processions et pèlerinages, notamment à Tréguier, mais aussi il y a quelques décennies dans les arènes de Lutèce ,rassemblaient fidèles, juristes et habitants de toute la Bretagne autour d’une figure à la fois spirituelle et sociale, défenseur des pauvres et symbole d’une justice enracinée dans l’Évangile. La proposition de faire du 19 mai une fête bretonne a progressivement conduit, au cours du XXᵉ siècle, à l’émergence d’une célébration plus large, qui a pris la forme actuelle d’une semaine d’événements culturels et festifs. Dans l’esprit de la Saint-Patrick irlandaise. Cette évolution a contribué à la visibilité de la Bretagne et à la diffusion de sa culture, tout en introduisant une tension entre l’origine religieuse et l’expression culturelle contemporaine.
Plusieurs analyses publiées par Ar Gedour soulignent précisément cette transformation. La fête bretonne a été pensée en partie sur le modèle d’autres célébrations, avec le désir de toucher un public plus large que le seul cercle pratiquant. Cette dynamique a favorisé une mise en avant de la musique, de la danse et du patrimoine, parfois accompagnée d’une atténuation de la référence explicite au saint. Certains textes évoquent même une tendance à présenter la fête dans une perspective strictement culturelle, où la dimension spirituelle apparaît secondaire ou implicite. Ce constat ne relève pas d’une rupture totale, mais d’un déplacement progressif du centre de gravité symbolique de la célébration.
Il serait toutefois réducteur de parler de disparition. La Saint-Yves demeure vivante dans la liturgie, dans les pardons et dans l’attachement populaire à la figure du saint. Principalement à Tréguier, mais pas seulement. De nombreuses initiatives locales montrent que la coexistence entre célébration religieuse et festivités culturelles n’est pas seulement possible, mais historiquement cohérente. Les pardons bretons ont toujours mêlé prière, sociabilité et expression culturelle ; la situation actuelle prolonge donc, sous une forme différente, une tradition ancienne plutôt qu’elle ne la contredit totalement.
La question n’est donc pas de revenir en arrière, mais de redonner à la Saint-Yves une présence spirituelle proportionnée à l’importance qu’elle conserve dans l’histoire bretonne.
Cette situation ouvre en réalité une opportunité. Le développement culturel de la Fête de la Bretagne a offert une visibilité nouvelle à la date du 19 mai. La question n’est donc pas de revenir en arrière, mais de redonner à la Saint-Yves une présence spirituelle proportionnée à l’importance qu’elle conserve dans l’histoire bretonne. Dans ce contexte, la programmation de célébrations liturgiques solennelles apparaît comme un levier particulièrement pertinent. Des messes importantes, idéalement tenant compte d’une liturgie enracinée dans la culture bretonne permettraient de manifester concrètement l’unité entre foi, langue et culture qui caractérise la tradition bretonne.
Une telle démarche ne viserait pas à concurrencer les festivités profanes, mais à éviter que celles-ci deviennent l’unique horizon de la fête. Donner une verticalité à l’horizontalité. La figure de saint Yves, prêtre proche des pauvres et artisan de justice, porte un message spirituel et social capable de parler bien au-delà du cercle pratiquant. En ce sens, la responsabilité des paroisses bretonnes n’est pas simplement cultuelle ; elle touche à la transmission d’un patrimoine immatériel où la foi a joué un rôle structurant. Se ressaisir de la Saint-Yves, en lui donnant une visibilité liturgique et pastorale renouvelée, constitue moins un repli qu’une contribution à l’équilibre même de la fête.
Prévoir une messe de la Saint-Yves le 19 mai dans un maximum de paroisse bretonnes, voilà la proposition !
L’avenir de la Fête de la Bretagne dépend probablement de cette articulation. Une célébration uniquement religieuse risquerait de se marginaliser, tandis qu’une fête exclusivement culturelle pourrait perdre la profondeur historique et symbolique qui fait sa singularité. La complémentarité apparaît donc comme la voie la plus fidèle à l’histoire bretonne. La programmation de messes solennelles, l’encouragement des pardons et l’implication des communautés locales peuvent contribuer à ce rééquilibrage, permettant à la Saint-Yves de demeurer le cœur spirituel d’une fête ouverte à tous.
Dans cette perspective, la Saint-Yves ne représente pas un vestige du passé, mais un point d’ancrage capable de nourrir le présent. La vitalité culturelle de la Fête de la Bretagne offre un cadre favorable pour redécouvrir la figure du saint et la dimension spirituelle qui a façonné l’identité bretonne pendant des siècles. Il appartient désormais aux communautés chrétiennes, aux paroisses et aux acteurs culturels de faire de cette date un lieu de rencontre plutôt qu’un motif de dissociation, afin que la fête demeure pleinement fidèle à ce qui l’a fait naître.
Nous invitons tous ceux qui sont prêts à programmer une messe de la St Yves, en breton ou avec cantiques bretons, à nous en informer. Nous nous ferons le relais de cet élan !
Sources
- Ar Gedour, « Gouel Erwan laouen d’an holl – Belle fête de Saint-Yves à tous »
- Ar Gedour, « La Saint-Yves devient-elle laïque ? »
- Ar Gedour, « Sens-de-Bretagne fête la Saint-Yves »
- Ministère de la Culture, « Les pardons et troménies en Bretagne – patrimoine culturel immatériel »
- Wikipedia, « Fête de la Bretagne »
- Wikipedia, « Saint Yves »
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

En 1994, j’avais eu l’honneur d’être invité avec mon cercle d’enfants de Riantec à la Sainte Yves des Bretons de Paris. Chaque année, un cercle d’enfants de Bretagne était invité. Cette année-là, c’était aux Ulis dans l’Essonne.
L’événement avait débuté par une messe FLB (français-latin-breton par l’abbé Quémeneur au son de la harpe, puis un défilé des cercles et bagadoù de la région parisienne dans les rues, puis un grand repas et des démonstrations de danse.
C’était il y a un peu plus de trente ans et les choses ont bien changé. Il y a deux ans, j’accompagnais mes filles au rassemblement des cercles de la fédération Kenleur du Morbihan. Cela tombait le 19 mai et de plus le dimanche de Pentecôte. Aucune mention de saint Yves, encore moins de messe, et aucune possibilité d’assister à la messe anticipée pour cause de répétition. En trente ans, les choses ont bien changé.
Sans même parler de « messes solennelles », ce pourrait être l’occasion de coloriser en breton une simple messe dominicale (soit le 19 mai, soit le dimanche le plus proche du 19 mai).
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Quelques exemples, auxquels on peut penser :
. un cantique breton (ancien ou moderne). Texte breton, avec traduction en français sur la feuille de messe.
. une lecture bilingue (première ou évangile). Le breton en deuxième position pour permettre aux apprenants de mieux saisir la formulation en breton. Là aussi, il est possible de prévoir les deux textes sur la feuille de messe.
. un élément dans la liturgie eucharistique. Par exemple, le « sanctus » facile à comprendre et chanter pour tout le monde, bretonnant ou pas.
. un encouragement à dérouler le Notre-Père (Hon Tad) en breton pour ceux qui le souhaitent. Cela ne gêne aucunement le déroulé en français. D’ailleurs Jésus a évolué dans un environnement multilingue (araméen, hébreu, latin, grec, et autres…). Ici encore, il est possible de prévoir les deux textes sur la feuille de messe.
. la proposition en finale, ou annexe, de l’angélus en breton (« Ni ho salud gant karantez,… » / « Nous vous saluons avec amour ». Magnifique sur la forme, et tellement juste sur le fond.
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Pour tout ou partie de ces éléments, il est possible (selon la place) prévoir les deux textes sur la feuille de messe. Eventuellement, dédoubler la feuille de messe pour cette occasion du « Gouel Erwann ». Je rappelle que, en ce sens, le mot « Gouel » est masculin en breton (au féminin, il signifie autre chose : la voile d’un navire).
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Les esprits les plus vifs ou les plus curieux y seront sensibles. Les autres ne pourront plus dire : « mais le breton ne s’écrit pas ! ». Variante : « le breton ne s’écrit que depuis 1950 » (sic !) Ne riez pas, je l’ai encore entendu il y a peu.
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Facile à dire, tout ça. Plus difficile à faire. Qui aura l’audace (le culot ?) face à tous les arrivants extérieurs totalement néophytes en la matière (et parfois récalcitrants ou perdus), de proposer un ou plusieurs de ces éléments dans nos messes ordinaires aux alentours du 19 mai.
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Une petite explication, ou répétition, en début de messe pour rassurer ceux à qui le breton fait encore peur (« je n’y comprends rien », « je ne connais pas », « je ne sais pas lire », « je ne sais pas chanter »).
Quel défi ! Pebezh dae !
J’oubliais. Le top!
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Dénicher une harpe celtique. Diskoachañ un delenn geltiek.
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Quel magnifique instrument pour accompagner en douceur la prière et/ou la liturgie!
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Je rappelle que les « Psaumes » de la Bible hébraique – des textes poétiques qui traversent les siècles, et expriment les différents états , vicissitudes ou moments heureux, de la condition humaine – , sont conçus à l’origine, pour être chantés au son d’un instrument à corde. Pensons à la Harpe de David. Le terme « Psaume » (« Salmoù », e brezhoneg) vient d’ailleurs vocable « Psalterion », mot grec désignant un instrument à cordes.
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Pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, chaque messe comporte un psaume. Dans la partie liturgie de la parole, entre première lecture et Evangile. Et l’on trouve le texte breton des psaumes sur internet (par exemple, site de l’Evêché de Quimper et Léon).
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Neuze, aes eo lenn ar salm-mañ-salm e brezhoneg, a-raok/war-lerc’h an overenn, pe n’eus forzh pegoulz.
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Ha na brav eo selaou ouzh an delenn!