Saints bretons à découvrir

JAN VERKADE, FRANZ STOCK et la Bretagne

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

De la fenêtre du train qui le ramenait de Pont-Aven, il découvrit le bourg de Senolf ( Saint-Nolff ), près de Vannes. Il fut conquis. Jan VERKADE était sûr qu’il y reviendrait. Né en Hollande en 1868 ( son père avait créé la biscuiterie Verkade ), il était venu à Paris, s’était enthousiasmé pour l’art de GAUGUIN qu’il rencontra à plusieurs reprises, notamment lors de la soirée d’adieu de ce dernier pour Tahiti, après qu’il eut lancé le mouvement pictural qui porte le nom d’Ecole de Pont-Aven. Lors de  cette soirée il fit également connaissance avec le peintre danois Mogens BALLIN qui l’avait accompagné à Pont-Aven.

Jan VERKADE se lia d’amitié avec Maurice DENIS et Paul SERUSIER, ( considéré comme le principal disciple de GAUGUIN ), tous les deux fondateurs du mouvement pictural des NABIS en réaction contre l’Impressionnisme. Il rejoint  Paul SERUSIER à Uhelgoad ( Huelgoad ) avec son ami BALLIN pour peindre et aussi parler de religion. Il séjourne au Poulldu, rencontre Maxime MAUFFRA et Charles FILIGER. Après un séjour en Hollande il revient à Senolf ( Saint-Nolf ) –« Dans ce pays où je ne devais pas tarder à me trouver comme chez moi »– où Mogens BALLIN le rejoint. La nouvelle de la conversion de ce dernier, du judaïsme au catholicisme aboutira à sa conversion propre, le 22 août 1892, après des années de questionnement religieux. Il est baptisé à Vannes le 26 août 1892, dans la chapelle du collège Saint-François Xavier, par le recteur de Saint-Nolf, l’abbé Le Strat, assisté du Père Le Texier de la Compagnie de Jésus. Avec son ami BALLIN, il part pour l’Italie, admire GIOTTO et FRA ANGELICO. Il écrira à propos des Primitifs Italiens qu’il admirait également :

« A cette époque déjà, je pressentais que leur art n’était pas seulement le produit de considérations esthétiques et d’essais techniques, comme l’a été en général la peinture moderne, mais l’expression actuelle et simple de leurs âmes, profondément religieuses. Sans religion, il n’y a d’art réellement grand, tout grand art a été au service de la religion. »

A Rome, il découvre des reproductions de fresques contemporaines peintes par des moines de l’abbaye allemande de Beuron. Il s’y rend en 1892 et y séjournera plus tard 14 mois.  Là, après cinq ans de noviciat, il est ordonné prêtre en 1902 sous le nom de Dom Willibrod VERKADE. Après avoir réalisé des fresques monumentales en Suisse, en Italie, à Jérusalem, il renonce à la peinture et se consacre uniquement à la vie monastique. En 1922 il publie un récit de sa vie intitulé « Die Unruhe zu Gott » qui paraitra en français sous le titre « Le tourment de Dieu ». Il mourut en 1946.

Franz STOCK jeune prêtre allemand fut nommé en 1934 recteur de la paroisse allemande de Paris. C’est alors qu’il découvrit la Bretagne, à la suite de la lecture du livre de Jan VERKADE. Peintre, il voulut découvrir le pays qui avait conquis Jan VERKADE. Il nous a laissé des impressions de ses découvertes dans le livre « Die Bretagne – Ein Erlebniss » – « Bretagne – Choses vécues », livre qui a été traduit également en breton : « Breizh pennadoù-amzer tremenet enni ».

 » Il faut s’être assis sous la chaire de la petite église du village et avoir écouté un sermon en breton ; alors seulement l’on découvre quelque chose de l’âme de ces gens qui ne se lassent pas de prier leurs saints… »   » Il faut s’arrêter près de l’un de ces calvaires d’un art paysan si profond et si religieux, que des âmes simples ont planté pour des siècles, entourés de toute une figuration de saints de granit au croisement des chemins… »

Il gardera sa charge de recteur de la paroisse allemande de Paris pendant l’Occupation mais sous l’uniforme  cette fois. Nommé aumônier par les autorités militaires allemandes, il est chargé de visiter les détenus et d’accompagner les condamnés à mort jusqu’au lieu de leur exécution, au fort du Mont-Valérien. Selon ses notes il aurait ainsi assisté près de 2 000 condamnés. Fait prisonnier en 1944, il est retenu à Cherbourg où l’Abbé RHODAIN qui fondera le Secours Catholique lui propose de préparer la fondation d’un séminaire pour de jeunes Allemands prisonniers qui se destinent à la prêtrise. Avec l’accord des autorités alliées puis françaises, ce « séminaire des barbelés », transféré d’Orléans au Coudray près de Chartres, le 17 août 1945, recevra le 18 septembre suivant, la visite du nonce apostolique Mgr RONCALLI, futur Pape JEAN XXIII ; il y reviendra en 1947 pour ordonner deux jeunes prêtres allemands. Ce séminaire qui aura été fréquenté par 949 enseignants, prêtres, frères et séminaristes sera fermé le 5 juin 1947. La chapelle du séminaire, décorée des fresques de l’abbé Franz STOCK a été conservée et rénovée.

Son fondateur, qui avait tant aimé notre pays de Vannes à la suite de Jan VERKADE, mourut subitement le 24 février 1948 épuisé par les épreuves de la guerre. Il n’avait pas 44 ans.

On l’appelle, depuis,  « l’aumônier de l’enfer » ou « l’archange des prisons ».

Le Pape JEAN-PAUL II cita son nom parmi ceux des grands saints de l’histoire allemande, à Fulda en 1981. En 1993 une demande de béatification a été adressée au Vatican.

À propos du rédacteur Alban ABJOBRIZH

Alban ABJOBRIZH est enseignant de breton depuis plus de 30 ans. Il chante aussi régulièrement en paroisse.

2 Commentaires

  1. Une précision : Le livre de Franz Stock a été traduit en breton par Fañch Morvannou et édité en version bilingue.

    Franz Stock. La Bretagne, moments vécus. Breiz, pennadou-amzer tremenet enni, avec Marie-José Robert et Joël Goyat, Minihi Levenez, 2004.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.