Cette foi qui engage tout l’être, la Bretagne l’a exprimée durant des siècles par ses pardons, ses processions et ses cantiques. Le 15 août en offre peut-être l’une des plus belles illustrations : dans de nombreux sanctuaires, la fête de l’Assomption ne se contente pas d’être célébrée dans l’intimité de l’église, mais se déploie au-dehors, sur les chemins, autour des fontaines et des bannières, portée par la prière des pèlerins et par des mélodies que plusieurs générations ont reçues avant de les transmettre à leur tour, de Rumengol à Quelven, de Querrien à Perros-Guirec, de Neulliac à Kernascléden.
À Rostrenen, au cœur du Kreiz Breizh, cette mémoire prend notamment la voix d’Intron Varia Rostren, le cantique dédié à Notre-Dame de Rostrenen. Étroitement associé à la paroisse et au pardon célébré le 15 août, il appartient à ce patrimoine dans lequel la foi chrétienne et la culture bretonne ont appris à parler d’une même voix. Ses paroles actuelles datent du début du XXᵉ siècle, tandis que sa mélodie, qui proviendrait du pays vannetais, serait beaucoup plus ancienne et pourrait remonter au XIVᵉ siècle. Au fil du temps, cet air a connu de nombreuses variations et adaptations, preuve qu’une tradition véritablement vivante ne se contente pas de conserver : elle reçoit, interprète et transmet.
Il y a quelque chose de profondément juste à entendre ce cantique précisément le jour de l’Assomption. La foi en Marie élevée dans la gloire pourrait sembler, à première vue, nous entraîner loin de la terre ; or, à Rostrenen comme dans tant de pardons bretons, elle prend au contraire corps dans une langue, une mélodie, un lieu et une communauté rassemblée. Des hommes et des femmes chantent aujourd’hui des paroles reçues de leurs devanciers sur un air dont les racines plongent loin dans l’histoire. Le passé n’est pas convoqué pour lui-même : il devient une voix offerte au présent, une manière de confesser ensemble que la foi reçue n’est pas un souvenir à entretenir mais une espérance à transmettre.
Cette continuité est d’autant plus parlante que l’air d’Intron Varia Rostren a largement dépassé le seul cadre du pardon de Rostrenen. On le retrouve sous d’autres formes dans le répertoire religieux breton, notamment avec Sellet Gwerhiez Vari, et il a également inspiré des interprétations profanes, parmi lesquelles Spered Hollvedel popularisé par Alan Stivell. Une même mélodie traverse ainsi les époques et les usages, mais lorsqu’elle retrouve le 15 août la prière adressée à Notre-Dame de Rostrenen, elle retrouve aussi le lieu où elle prend une signification particulièrement forte : celle d’un peuple qui chante Marie pour mieux se tourner vers son Fils.
Pour prolonger cette méditation, nous vous proposons aujourd’hui de redécouvrir Intron Varia Rostren dans une interprétation pour chant, bombarde et orgue, avec Hervé Cudennec au chant, Jean-Michel Alhaits à la bombarde et le collectif R.B.O. à l’orgue. La voix humaine, le souffle de la bombarde et la profondeur de l’orgue donnent ici une ampleur particulière à cette prière mariale et rappellent, chacun à leur manière, combien le patrimoine musical breton peut encore devenir aujourd’hui un chemin de contemplation.
À écouter : Intron Varia Rostren, cantique marial breton pour chant, bombarde et orgue.
Plus de vidéos : chaîne de Jean-Michel Alhaits.
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