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[LA CHRONIQUE DE PHILIPPE ABJEAN] Le jour des morts, les enfants ne sortaient pas la nuit…

Amzer-lenn / Temps de lecture : 2 min

La cathédrale de Saint-Pol de Léon était comble pour la fête de la Toussaint. Et, si bien des pratiques ont disparu comme par exemple la litanie des morts de l’année, égrenée par haut-parleurs dans l’enceinte du cimetière suivie de la bénédiction des tombes, l’attention portée aux défunts reste importante à en juger par le fleurissement de celles-ci et le rassemblement des familles.

L’ancienne cité épiscopale est elle-même une nécropole, avec son sol autrefois pavé de dalles funéraires sous lequel reposent encore des centaines de Léonards dont certains très illustres, ses enfeus où nichaient évêques, chanoines et sénéchaux, ses boîtes à crâne…. Enterrés à l’intérieur de l’église jusqu’au 18e siècle, les corps étaient ensuite transférés dans un ossuaire qui lui-même finissait par être vidé à son tour. Là, les ossements étaient alors finalement enterrés. Certaines personnes pouvaient bénéficier d’un traitement privilégié, le décollement du chef. Le crâne était alors séparé du reste du corps et placé dans une petite niche qui demeurait à l’intérieur de l’église.

La cathédrale de Saint-Pol-de-Léon conserve  trente-cinq de ces boîtes à crânes, aujourd’hui disposées sur ce que l’abbé Castel nommait poétiquement « les étagères de la nuit ».  Surmontées d’une croix de bois, elles ont la forme d’une petite maison  et possèdent une petite fenêtre permettant de voir le chef à l’intérieur. Une inscription sur la face exposée permet d’en connaître l’occupant, la plus ancienne  datant de 1552.

L’ossuaire qui se dressait autrefois au pied de la cathédrale a disparu depuis longtemps. Et ces petits reliquaires, composant un ensemble désormais classé, restent un témoignage pittoresque du culte des morts encore vivace jusque vers les années 1960. Culte macabre, selon certains. En réalité, la Toussaint était une reprise de contact entre ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui, l’église souffrante et l’église triomphante et, plus largement, l’établissement d’un lien avec l’au-delà. Les veillées mortuaires se faisaient spectacle. Les plus anciens se souviennent que les enfants devaient embrasser la face pierreuse des défunts. La mort n’était qu’un rite de passage et les morts revenaient, à l’occasion, visiter les vivants. Notamment le jour des morts, c’est-à-dire le lendemain de la Toussaint. Ce jour-là, interdiction était faite aux enfants de sortir la nuit parce qu’elle était occupée par les morts. C’était leur jour…

 

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À propos du rédacteur Philippe Abjean

Souhaitant redonner à la Bretagne une nouvelle dimension spirituelle et culturelle, Philippe Abjean a remis à l'honneur le pèlerinage du Tro Breizh (Tour de Bretagne), fondé la Vallée des Saints et l'Oeuvre de St Joseph. Ancien professeur de philosophie, il a publié plusieurs ouvrages, retraçant ses intuitions et ses engagements (que vous pouvez retrouver sur Ar Gedour).

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