La culture bretonne, un patrimoine à retrouver au cœur de l’Église

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min
Pardon en bretagne avec porteurs de bannières
Photo Ar Gedour (DR)

L’Eglise catholique doit retrouver un enracinement dans la culture bretonne, par les chants et les traditions de Bretagne. En effet, la culture bretonne est un patrimoine riche et diversifié qui fait partie intégrante de l’identité de la Bretagne. Pourtant, certains animateurs de paroisses et certains recteurs reprochent actuellement aux communautés traditionnalistes de « confisquer » les cantiques bretons. Mais est-ce vraiment le cas ? N’y a-t-il pas plutôt un oubli – voire un refus – de la part de certaines Églises locales d’assumer leur rôle dans la promotion de la culture locale, de travailler pour une expression enracinée de la foi, et plus spécifiquement de s’adresser à tous, y compris ceux qui veulent vivre leur vie spirituelle et sacramentelle en breton ?

L’Église et la culture bretonne : un héritage oublié

On oublie trop souvent que certains recteurs et prêtres ont joué un rôle important dans la promotion de la culture bretonne. L’abbé Le Teuff et l’abbé Blanchard, par exemple, ont été les figures originelles de la Kerlenn Pondi de Pontivy. L’abbé Nicolas a quant à lui fondé le Bagad Melinerion de Vannes. Prenons aussi le cas de la Mission Bretonne de Paris, et bien d’autres. Ces hommes d’Église étaient enracinés dans leur communauté et ont su mettre en valeur la culture bretonne. Non juste pour faire du folklore, mais une volonté de transmettre un savoir-être breton, une pastorale autour de la chose culturelle, un enracinement pour mieux se tourner vers le ciel.

On peut reprocher à des communautés traditionnalistes de prendre à leur compte la culture bretonne et pleurer à la récupération. Mais la critique est facile, car aujourd’hui, il semblerait surtout que bien des paroisses aient abandonné le terrain de la culture bretonne. Les pardons, qui autrefois étaient des moments de grande fête et de célébration de la culture locale, sont maintenant souvent réduits à des cérémonies plus austères. Les chants en breton et les costumes traditionnels sont encore présents dans ces pardons, mais ils sont souvent considérés comme des accessoires, voire comme expression folklorique, plutôt que comme une expression authentique de la foi.

Un impérialisme linguistique

Les mêmes, prêtres ou laïcs qui reprochent la récupération des cantiques bretons, sont ceux qui ne permettent pas les chants bretons à la messe ou avec beaucoup de parcimonie. On demande l’ouverture au monde, mais on n’est même pas capable de commencer par s’ouvrir à la culture locale.

Il est difficile de ne pas voir dans cet abandon de la culture bretonne la volonté d’un impérialisme linguistique qui a fait la part belle au français. La langue bretonne, qui était autrefois la langue de la prière, a été progressivement évincée au profit du français, devenu langue hégémonique dans la liturgie. Quant aux traditions et aux coutumes bretonnes, elles ont été laissées de côté, considérées comme  » relents de paganisme » ou « superstitieuses », et les bretons attachés à leur patrimoine et à leur langue de coeur, considérant qu’on ne s’adressait plus à eux, sont partis sur la pointe des pieds. Ils ne se sont plus sentis légitimes dans leurs propres églises. Doit-on alors s’étonner si certains, faisant fi des barrières liturgiques, se sentent enfin revivre quand on parle vraiment à leur coeur, que ce soit dans les messes en breton proposées dans les différents diocèses, les messes trilingues ou encore les pèlerinages comme le Tro Breiz ou Feiz e Breizh ?

Retrouver l’essence de la culture bretonne

Parler de confiscation relève alors de la malhonnêteté intellectuelle. La paille et la poutre. Il est grand temps d’inviter les concernés à balayer devant leurs portes, de remettre les choses à leur place et de dire les choses telles qu’elles devraient être. Il est temps de reconnaître que la culture bretonne est un patrimoine qui fait partie intégrante de l’identité de la Bretagne qui n’a pas vocation à être une option. Il est temps de retrouver l’essence de cette culture et de la mettre au service de l’expression de la foi, et ce quelles que soient les sensibilités : il est possible de chanter des chants charismatiques en breton comme des cantiques ancestraux, à l’instar de la scène musicale bretonne qui a su se développer en diverses directions.

Dans chaque paroisse, il est possible de mettre en valeur la culture bretonne de manière authentique et enracinée, en démontrant que la modernité n’est pas d’arracher les racines et de faire du hors-sol, mais bien de faire comprendre qu’une vraie connaissance de soi permet de s’ouvrir au monde. Les chants en breton, les costumes traditionnels, les pardons et les fêtes peuvent être alors des éléments forts dans l’expression de la foi. Il suffit de le vouloir.

La langue bretonne, un obstacle surmontable ?

Certains pourraient objecter que l’utilisation de chants bretons est impossible car la langue bretonne est trop peu connue dans certaines paroisses. Mais est-ce vraiment un obstacle insurmontable, d’autant qu’une véritable co-existence des langues pourraient porter de nombreux fruits ?

La langue bretonne est peut-être peu parlée, mais elle est loin d’être inconnue. Elle reste la langue de coeur de beaucoup, même sans être brittophone faute de transmission. De nombreux livres, ressources en ligne et cours de breton sont disponibles pour ceux qui souhaitent l’apprendre. De plus, de nombreux chants bretons ont été traduits en français, ce qui permet de les comprendre même si l’on ne parle pas breton. L’important est de participer à la célébration de la culture bretonne et de se connecter à l’héritage de la Bretagne. En outre, il est possible de demander l’aide de personnes qui parlent breton pour apprendre les chants et les traduire, ce qui peut être une belle occasion de rencontrer des gens et de partager des expériences.

L’argument de la langue bretonne ne devrait donc pas être un obstacle à la mise en valeur de la culture bretonne dans les paroisses. D’autant que des sites existent avec partitions, mp3, paroles et traductions, comme le site Kan Iliz ou encore le site du Diocèse de Quimper & Léon, le site des Paroisses de Haute-Cornouaille, le site Son ha Ton ou encore An overenn santel. Le prétexte n’est donc alors qu’une justification à ne pas tenter de se dépasser pour le bien de la communauté.

En bref…

En conclusion, Il est temps de reconnaître que la culture bretonne est un patrimoine qui fait partie intégrante de l’identité de la Bretagne. Il est temps de remettre l’Église au cœur du village et d’y mettre en valeur la culture bretonne de manière authentique et enracinée. Et surtout, il est vraiment temps de cesser de jeter la pierre à ceux qui tentent de retrouver l’essence de leur culture. On peut ne pas partager les sensibilités, mais à la base, le seul référentiel reste le Christ. Et peu importe qu’on soit de Paul ou d’Apollos : nous sommes du Christ.

 

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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