L’ombre de la Révolution française semble encore planer sur la France contemporaine, et ce, bien au-delà de ses événements sanglants. Une situation actuelle dans la petite commune de Bouvron, en Loire-Atlantique, soulève des questions sur la mémoire historique, les valeurs républicaines et la manière dont les événements du passé sont traités aujourd’hui. Le maire de Bouvron a récemment exprimé son intention de débaptiser la place Abbé Corbillé pour la renommer d’un nom féminin « plus moderne », en adéquation avec les valeurs laïques qu’il défend. Cette décision a suscité une vive réaction de plusieurs associations bretonnes et d’historiens locaux, qui rappellent l’importance de préserver la mémoire de l’abbé et des victimes de la Terreur.
L’abbé Corbillé : une figure de résistance
Né en 1755, l’abbé Nicolas Corbillé est un prêtre réfractaire breton, une figure de la résistance religieuse pendant la Révolution française. Ordonné prêtre en 1781, il est nommé vicaire à Bouvron en 1785. Mais lors de la Révolution, l’abbé refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé. En conséquence, il devient un prêtre clandestin, célébrant des messes en secret et administrant des sacrements en dehors des yeux du régime révolutionnaire.
Le 14 avril 1794, pendant la Terreur, il est arrêté, jugé et fusillé contre le mur de l’église de Bouvron. Ce martyr fait partie des milliers de victimes de la Révolution française, souvent oubliées ou ignorées dans les récits officiels. Sa mémoire, portée par ses paroissiens et les générations suivantes, a été honorée à Bouvron par le baptême de la place où il fut exécuté. Cette place, encore aujourd’hui, rappelle la résistance spirituelle d’un homme qui a payé de sa vie pour sa foi et sa liberté, mais plus largement pour la liberté des consciences, que tant de régimes ont tenté de mettre à mal.
Une débaptisation contestée
La décision du maire de Bouvron de débaptiser la place Abbé Corbillé, au profit d’un nom plus « moderne » et en accord avec les valeurs laïques de la municipalité, a provoqué une vive polémique. En effet, selon lui, un nom plus féminin et en harmonie avec l’esprit républicain actuel serait plus approprié pour le lieu. Le maire propose trois noms de femmes à la place de l’abbé, dont celui de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, résistante et militante pour les droits de l’homme, en réponse à un besoin de « représenter des figures féminines dans l’espace public ».
Toutefois, cette décision a été fortement critiquée par plusieurs associations locales, notamment « Koun Breizh », qui se battent pour la préservation de la mémoire historique et la valorisation des luttes passées. L’abbé Corbillé ne doit pas être effacé de la mémoire collective, selon eux. Il incarne la résistance à l’oppression religieuse, un combat contre un pouvoir politique qui voulait détruire les racines spirituelles de la France.
Les associations bretonnes lancent donc un appel à une souscription publique afin d’honorer la mémoire de l’abbé Corbillé et de celles des deux dames Guitton, qui l’ont hébergé avant sa mort. Ces dernières ont été tuées, jetées dans la Loire, comme tant d’autres victimes de la répression révolutionnaire. Leur mémoire, tout comme celle de l’abbé, mérite d’être préservée, selon les défenseurs de l’histoire bretonne.
Une consultation populaire : le dilemme du maire
Pour adoucir les tensions, le maire a lancé une consultation en ligne, demandant aux habitants de choisir entre trois noms de femmes pour rebaptiser la place. Le nom de l’abbé Corbillé resterait, mais sur un coin de la place, en marge de l’église, comme une sorte de souvenir dérisoire, loin de l’ampleur de l’histoire qu’il représente.
Les défenseurs de la mémoire de l’abbé Corbillé soulignent que cette révision de l’histoire pourrait avoir des conséquences bien plus graves qu’un simple changement de nom. Ils craignent que cette démarche ne soit qu’un prélude à d’autres réécritures du passé, notamment concernant les luttes spirituelles et les figures résistantes de l’époque.
Une réflexion sur la mémoire et l’histoire
Le débat autour de la place Abbé Corbillé soulève des questions plus larges sur la manière dont nous abordons l’histoire, la mémoire collective et la construction de l’espace public. Peut-on vraiment effacer certaines figures historiques pour répondre aux impératifs politiques ou idéologiques du moment ? L’histoire doit-elle être réécrite pour correspondre à des critères contemporains de « modernité » ? Et, surtout, comment éviter que la mémoire de ceux qui ont sacrifié leur vie pour leurs convictions ne soit effacée par une vision simplifiée de l’histoire ?
Dans le cas de l’abbé Corbillé, l’enjeu est de savoir si la mémoire d’un homme ayant résisté à la Terreur peut être sacrifiée sur l’autel de l’homogénéité des valeurs laïques modernes. La Révolution française, avec ses idéaux de liberté, égalité et fraternité, n’a-t-elle pas aussi un devoir de respect envers toutes les victimes, quelles que soient leurs croyances ou leurs actions ?
Le projet de débaptiser la place Abbé Corbillé montre que la Révolution française n’est peut-être pas encore terminée. Elle se poursuit dans la manière dont nous, aujourd’hui, choisissons de nous souvenir ou d’oublier certaines figures du passé. Dans un monde où une vision étriquée de la laïcité et le devoir de mémoire sont souvent sources de conflits, il semble essentiel de trouver un équilibre entre l’actualisation de notre histoire et le respect des luttes qui l’ont forgée. La décision prise par la municipalité de Bouvron pourrait bien être un miroir de cette lutte permanente entre l’histoire et l’idéologie, une lutte qui n’a pas encore trouvé son terme.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
Pourquoi »peut-être pas encore terminée » ? Il est absolument évident que la Révolution n’est pas terminée.
Un seul exemple parmi des milliers si vous permettez : Vincent Peillon / Le Seuil 2008 (La révolution française n’est pas terminée). Dans son »livre » ce pseudo-intellectuel n’hésite à écrire ce qui suit :
« La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement métahistorique, c’est-à-dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi. »
Comprenez que l’obsession maladive de toute cette clique de cinglés consiste bien, encore et toujours, à vouloir vous régénérer de gré ou de force ! (C’est vraiment une idée fixe chez tous les sectaires). Avant d’étendre leur projet luciférien au monde entier !!!?… Pour le reste, le style de ce monsieur est peut-être grandiloquent et digne d’un Victor Hugo, mais le contenu, lui, est complètement délirant, c’est à dire satanique ! Avec ces fous rien n’est jamais fini.
Il n’y avait absolument aucune urgence à débaptiser la place Abbé Corbillé, et tout le monde le sait. Après avoir mis le feu aux poudres, les pyromanes municipaux veulent maintenant »adoucir les tensions ». Quel blague Mr le maire !
Ce qu’ils essayent de faire est tout simplement dégueulasse ! Désolé pour le vocabulaire, il n’y a pas d’autres mots.
entièrement d’accord avec vous : c’est une insulte à des héros que cet « arasement » de la mémoire pour plaire à des idéologues d’un moment. Il y a des choses plus urgentes à accomplir dans une commune…
Mezh war an aotrou maer !