
Dans son dernier ouvrage, « Mémoricide », Philippe de Villiers nous livre un témoignage poignant sur la disparition d’une langue et d’une culture qui lui sont chers. L’extrait qui suit est particulièrement émouvant et nous interpelle sur la fragilité de notre patrimoine culturel, mais plus encore sur ce qui forge notre identité :
« Depuis ma prime jeunesse, je vis avec une brûlure, une cicatrice ouverte qui m’a donné à comprendre, à sentir la fragilité des trésors qu’on vous garantit pour immémoriaux et qui, pourtant, viennent s’abîmer à vos pieds : je sais ce que c’est que la fin d’un monde, j’ai vu mon petit monde se défaire, sombrer en trente ans. J’ai vu une langue disparaître et tout ce qui va avec. C’était le patois de chez moi – ma première langue. La verve, la gouaille, les personnages, les onomatopées, les proverbes, le cantique des jours, tout s’est éteint en deux générations. Il n’en reste rien. Derrière cette langue qui fut la mienne, et qui sonnait comme un cristal inimitable, il y avait des moeurs, un art de vivre, un art de dire, un art de rire, un art de pleurer, une manière d’apprivoiser l’ultime. Avec des gens rudes, simples, qui mettaient de la poésie dans chaque pas, dans chaque locution interjective et jusque dans les silences des caves où on échange les secrets trop lourds pour l’air libre. Cette langue tramait dans la civilité du temps ordinaire un peu d’atemporel, elle tissait en nous, de l’aube au crépuscule, des filaments d’éternité qui embellissaient nos vies.
Quand je vois comment on brutalise aujourd’hui la langue française, j’ai l’impression de revivre en grand ce que j’ai vécu en petit avec ma première langue, aujourd’hui disparue. » (p41 et 42, Mémoricide – P. de Villiers)
On ne saurait mieux écrire le mémoricide, ici fait à la Vendée, qui se lit aussi bien à l’aulne de la Bretagne et de ce que vivent, comme ici l’auteur du livre, ceux pour qui un arbre sans racines n’a pour seul avenir que de mourir. Et ces mots nous font pleinement prendre conscience de la réalité du mémoricide, qui n’est pas seulement la perte d’une langue, mais également la disparition d’une culture, d’une histoire et d’une identité. L’auteur nous montre comment la langue française est aujourd’hui brutalisée, et comment cela peut avoir des conséquences dramatiques sur notre patrimoine culturel. Mais cela a largement été perçu antérieurement par ceux qui avaient conscience de leurs petites patries, et qui les ont déjà vu en agonie.
Les conséquences du mémoricide
Le mémoricide a des conséquences profondes sur les peuples qui le subissent. La langue dit l’âme d’un peuple. Lorsqu’une langue et une culture disparaissent, les peuples qui les portaient perdent leur identité et leur âme. Ils sont alors condamnés à se fondre et à se coaguler dans quelque chose de plus grand, perdant ainsi leur spécificité et leur richesse culturelle, porteurs de cette identité propre. C’est pourquoi il est essentiel de prendre conscience de ce phénomène et de prendre des mesures pour d’un côté préserver notre patrimoine culturel et de l’autre faire prendre conscience que chacun participe activement ou passivement au déracinement et à l’annihilation de l’âme de ces peuples. Nous devons nous attacher à protéger nos langues, nos traditions et notre histoire, car elles sont ce qui nous rend uniques et ce qui nous permet de nous définir en tant que peuple.
Pistes pour l’avenir
Face à ce constat, il est temps de réfléchir à des pistes pour l’avenir. Voici quelques idées pour préserver notre patrimoine culturel :
- Avoir une vision d’avenir : on ne peut faire la promotion des langues, des traditions et de l’histoire sans avoir une vision d’avenir claire. Sinon, ca s’appelle de la maintenance, avant de tomber dans du folklorisme puis de la muséographie conservatrice.
- Promouvoir les langues dites régionales : il est essentiel de promouvoir les langues régionales et de les enseigner aux jeunes générations, afin de préserver leur richesse et leur diversité. Si chaque breton et chaque entreprise offrait chaque mois un euro à des structures comme Diwan, Div Yezh (public) et Divaskell (privé), nul doute que la politique linguistique n’attendrait pas les miettes éventuelles, fluctuant au gré des élections.
- Protéger les traditions : nous devons nous attacher à protéger nos traditions et nos coutumes, qui sont ce qui nous rend uniques et ce qui nous permet de nous définir en tant que peuple. Dans nos écoles et dans nos paroisses. Tout au long de l’année, pas uniquement l’été, dans le cadre d’une politique ou d’une pastorale de tourisme.
- Préserver l’histoire : il est essentiel de préserver notre histoire et de la transmettre aux jeunes générations, afin de leur permettre de comprendre leur identité et leur place dans le monde.
- Encourager la créativité : nous devons encourager la créativité et l’innovation, afin de permettre aux artistes et aux écrivains de continuer à créer des œuvres qui reflètent notre culture et notre identité.
Disons-le, le mémoricide dont la Vendée, la Bretagne et bien d’autres est un phénomène qui nous interpelle et nous oblige à prendre conscience de la fragilité de notre patrimoine culturel. Il est essentiel de prendre des mesures pour préserver notre langue, notre culture et notre histoire, afin de préserver notre identité et notre âme. Il importe surtout en premier lieu de faire prendre conscience à ceux qui passivement contribuent à un effacement actif de notre culture en la gommant peu à peu de la vie quotidienne.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne
Un destenn vrav-tre : bennozh Doue deoc’h.
Ret eo d’an Emsaverien gristen kompren n’hellont ket chom en o c’hornig bihan dezho o-unan. Evit chom ur gumuniezh vev ha mont war-raok e ranker en em gavout. Sed ar pezh a ginnigo Emglev An Tiegezhioù da vevañ etre ar 16 hag ar 24 a viz Gouere : da virout war ho teiziataer ! Kas ur gerig da mailto:eat@orange.fr
Merci ! j’approuve complètement cet article étant bretonne et corse ! J’aime beaucoup Ph. de Villiers et ses llivres dont celui-ci.
La République Française issue de la Révolution a inventé une « nation », un territoire « national », une langue « nationale » et a cherché à effacer l’identité des peuples du territoire qu’elle s’était choisi pour exercer son hégémonie cherchant d’ailleurs à l’agrandir sans cesse notamment par les colonies. Il me semble que Philippe de Villiers s’est toujours montré le fidèle servant de ce système. En Bretagne, les nostalgiques de la France d’hier nous invitent à associer à leurs efforts pour sauver la France qui est elle-même menacée par le mondialisme qui, en vérité, ne fait que faire en grand ce que la France à fait en petit. En vérité, je n’ai aucune sympathie pour les apitoiements de Philippe de Villiers. Si lui et ses amis amis nationalistes français étaient au pouvoir, ils appliqueraient pour nous Bretons la même politique calamiteuse contre notre langue et notre culture.
Exactement, je suis tout à fait d’accord avec ce commentaire
Tout à fait d’accord avec Benead. Chez Philippe de Villiers, il n’y a que sensiblerie, pleurnicherie sur un monde rural qui en France est mort des suites des deux guerres, de l’hégémonie matérielle/matérialiste imposée par les Etats-unis, de la finance internationale libéralo-libertaire, de la macronie. Retenons de Villiers le diagnostic, mais imaginons nos propres réponses pour la Bretagne : les pistes suggérées par Tudwal vont dans le bon sens, j’ajouterai juste une réflexion à appliquer au ‘commun’ et au localisme
il est dommage que Philippe de Villiers qui « défend la tradition » dans « mémoricides » oublie qu’il défend les pays de la Loire privant la Bretagne de son unité historique et de ses réalités de géographie humaine .
Par ailleurs , il devrait se souvenir que la Vendée c’est la bas – Poitou faisant de lui un poitevin et non un ligérien .
C’est tout de même curieux d’accepter cet attelage artificiel qu’est cette région pays de la Loire sortie des têtes dirigeantes du centralisme français pour amoindrir la Bretagne en lui ôtant pays nantais et sa capitale historique !
Je ne pense pas non plus que Philippe de Villiers soutienne les langues dites régionales encore moins le breton .