« Le vrai savoir des druides », le nouveau livre de Bernard Rio vient de paraître aux éditions Trédaniel et fera, lui aussi, date dans la matière de Bretagne, à la fois dans le domaine de l’histoire et plus encore dans le domaine de la philosophie.
Depuis le dix-huitième siècle, les druides ont fait l’objet d’une littérature abondante, relevant plus souvent de l’imaginaire que de l’étude rigoureuse. Il a été souvent dit que les druides ne transmettaient leur science que par voie orale. En réalité, leur parole primait l’écrit, et cela n’a pas empêché ces sages de nous léguer une abondante littérature. Le savoir des druides a ainsi perduré dans des mythes, des récits, des poèmes et des chants que la tradition a conservés en particulier dans les îles britanniques et en Bretagne continentale « En amont des textes copiés par les moines dans l’Irlande chrétienne, il y a un panthéon païen, il y a une épopée merveilleuse, il y a une cosmogonie » souligne Bernard Rio.
Grâce aux travaux des historiens, des archéologues, des philologues et des mythologues, nous connaissons aujourd’hui l’organisation de la classe sacerdotale des Celtes, et ses différentes fonctions réparties entre philosophes, législateurs, poètes, magiciens et médecins. Cependant si les archéologues traitent de l’archéologie, si les historiens étudient de l’histoire, si les mythologues décryptent les mythes, ils ne se sont pas aventurés à étudier la philosophie enseignée par les druides de l’antiquité. Bernard Rio s’est affranchi de cette réserve en remontant aux sources pour tenter une exégèse. Et cet essai est une leçon magistrale. Dans cet ouvrage à la fois savant et accessible, l’auteur recense un corpus de textes, issus de la littérature classique, grecque et latine, de la littérature mythologique irlandaise et galloise, et de la littérature médiévale pour en donner plus qu’une lecture, une traduction fascinante.
« La complexité de la matière celtique exige de laisser la première place aux textes antiques et médiévaux, non pour réduire ou effacer le commentaire mais pour, après lecture, autoriser des renvois et comparer des références mythologiques, folkloriques, historiques et religieuses afin de proposer des pistes de réflexion », avertit Bernard Rio. Cette méthode transdisciplinaire enrichie de références bibliographiques permet en effet au lecteur de de croiser la littérature classique et la mythologie.
Par exemple, Bernard Rio reprend un passage de l’« Histoire naturelle » de Pline l’ancien, seul texte de l’antiquité où il est fait explicitement mention de l’« ovum anguinum » l’œuf de serpent des Gaulois. Et en dissertant sur ce texte obscur, il livre une des clés de compréhension de la sagesse antique :
« Au début de l’existence, au fond de l’être humain, il existerait un vide, un non-Etre… Et de ce non-Etre surgirait un mouvement, un sifflement, une boule qui vole, un œuf qui nage à contre-courant dans les eaux, et de ce vide surgirait l’être vivant ! Et dans l’Etre subsisterait le non-Etre fondamental, une interrogation, un vide, une immobilité. Telle serait l’allégorie de l’Etre au-delà des apparences, que Pline a transcrit et localisé quelque part dans le pays des Voconces. L’œuf de serpent des druides représenterait le manifesté, ce qui existe avant et en dedans, une cause et une apparence qui servent à appréhender un infini et un indivisible, l’espace intérieur de l’homme par exemple, lequel n’est pas dissociable de son espace extérieur. Car il n’y aurait pas lieu de distinguer le contenu de l’un et de l’autre lorsque le germe d’or s’unit aux eaux primordiales. Cette ancienne indivision de l’esprit et de la matière relativise la pensée « moderne » occidentale, depuis René Descartes et Emmanuel Kant. Car l’œuf de serpent est la cristallisation d’une pensée créatrice, une apparence qui en réalité est une substance. (…) La quête de l’œuf cosmique, du même ordre que la quête du Graal, s’apparenterait à une initiation, une prise de conscience, une connaissance. Outre le mythe dont il est le symbole, l’oursin fossile présente un orifice pentagonal. Voilà une figure qui l’associe au « pentagone étoilé » de Pythagore. C’est là encore un point commun entre le druidisme et la doctrine du Maître de Samos, un point du passage microcosmique vers l’infini. » Cet extrait d’un des chapitres de ce livre passionnant, donne un aperçu d’un débat philosophique qui renvoie dans les poubelles de l’histoire les petits délires des néo-druides.
Bernard Rio apporte des réponses à des questions fondamentales. Il n’invente rien. Il restitue, sources à l’appui, un savoir originel qui n’était pas perdu mais seulement enfoui. Il a cherché, il a trouvé ! A sa suite le lecteur apprendra que les druides connaissaient la grandeur et la forme ronde de la Terre appelée « Crundnion » signifiant le « globe », qu’ils enseignaient la dilution et la contraction du temps et donc les théories de la relativité et de la transmutation du temps et de l’espace.
Parmi les préjugés, la fameuse peur des druides redoutant que le ciel ne tombe sur leur tête est revue et expliquée, devenant alors intelligible. Cette idée que la voûte céleste puisse s’effondrer induisait une fin des dieux, l’équivalent du « ragnarokkr » scandinave et du Kali Yuga védique, ce qui signifierait la fin d’un temps, et un renversement des valeurs. Elémentaire mon cher Watson !
L’enseignement des druides, pendant longtemps jugé hermétique et considéré comme secret, s’adressait en fait à des auditeurs férus d’astronomie, de cosmogonie, de physiologie, et de théologie. La parole du druide était dictée par une pensée et elle ordonnait une action. Voilà en l’occurrence un des enseignements de ce livre qui rend le lecteur intelligent.
« Le vrai savoir des druides », Bernard Rio, collection Vega, éditions Trédaniel, 264 pages, 21 euros, avril 2025.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne