Les pardons bretons sont bien plus que de simples fêtes populaires. Entre processions, chants et rassemblements, ils incarnent une foi vivante et profonde, centrée sur le sacrement de réconciliation. Aujourd’hui, face à la diminution du nombre de prêtres, même si un certains nombres de pardons ont actuellement une dynamique prometteuse, se pose la question : comment préserver l’essentiel de cette tradition spirituelle tout en adaptant sa célébration ? Entre messe, initiatives laïques et innovations pastorales, les pardons continuent de relier chaque fidèle à Dieu, à sa communauté paroissiale… et à son quartier.
La foi populaire au cœur des pardons
Les pardons, avec leurs processions, chants et rassemblements festifs, témoignent d’une foi populaire profondément enracinée en Bretagne. Au-delà de l’aspect culturel et convivial, chaque pardon est avant tout une expérience spirituelle : et celle-ci est est intimement liée au sacrement de réconciliation. La messe qui accompagne le pardon constitue donc le point central de cette expérience, offrant à chaque fidèle la possibilité de vivre la réconciliation avec Dieu dans la communion de la communauté. Sans cette dimension sacramentelle, la célébration perd une part essentielle de son sens.
Les défis pastoraux contemporains
Pour autant, aujourd’hui, la diminution du nombre de prêtres représente un défi concret pour la vie des pardons. Comment garantir la célébration des grands pardons tout en assurant la messe dominicale de chaque paroisse ? Souvent, des prêtres viennent en vacances sans que même le recteur local n’en soit informé. Il serait intéressant de voir comment anticiper ces venues avec des services ponctuels qui seraient rendus, bien évidemment sur présentation du célébret et en accord avec l’ordinaire du lieu.
Face à cette réalité d’un manque cuisant de célébrants, certaines paroisses ont expérimenté des solutions innovantes : des laïcs ou des diacres formés peuvent animer certaines cérémonies, permettant de maintenir la dimension communautaire et spirituelle. Le Diocèse de Quimper & Léon, dans une lettre pastorale de Mgr Dognin publiée en 2020, a ouvert une voie en ce sens : « prenant acte que la célébration de l’eucharistie ne sera plus possible chaque année à tous les pardons à cause de la baisse du nombre de prêtres, nous pouvons cependant vivre d’autres formes de célébrations que nous offre le riche trésor de la liturgie de l’Église. Celles-ci seront portées par des chrétiens laïcs en vertu de leur baptême et de la mission confiée par le curé. Cela se vit déjà depuis quelques années en quelques endroits du Finistère » est-il mentionné dans le document.
Cependant, ces initiatives ne remplacent jamais la messe : elles sont des compléments indispensables pour accompagner la foi populaire et prolonger l’expérience spirituelle du pardon.
Différencier selon l’importance des pardons
Pour concilier contraintes pastorales et exigences sacramentelles, une approche différenciée pourrait être envisagée. Les grands pardons, qui rassemblent un grand nombre de fidèles, méritent une attention particulière. Garantir la présence du prêtre pour la messe et le sacrement de réconciliation, et proposer éventuellement une indulgence ou une bénédiction spéciale, permet de valoriser leur dimension sacramentelle et de renforcer le lien entre célébration populaire et réconciliation avec Dieu.
Pour les pardons plus modestes, où la présence d’un prêtre n’est pas toujours possible, des célébrations animées par des laïcs ou des diacres peuvent maintenir l’esprit communautaire et spirituel. Prières, chants et temps de catéchèse offrent aux fidèles une préparation ou un prolongement du sacrement, invitant chacun à recevoir le sacrement de réconciliation à un autre moment dans sa paroisse. Voici un extrait du document pré-cité :
La centralité de la messe
Que ce soit dans les petits ou grands rassemblements, c’est l’Eucharistie -source et sommet de la vie chrétienne – qui demeure le cœur du pardon breton. Elle ancre la célébration dans le sacrement et permet à chaque fidèle de vivre sa réconciliation avec Dieu. Les initiatives laïques ou diaconales ne sont donc pas des substituts : elles complètent la célébration, soutiennent la foi populaire et préservent la dimension communautaire du pardon.
Pour autant, comment faire ?
Le Diocèse de Saint-Brieuc & Tréguier, constatant le problème à venir, avait publié en 2006 quelques schémas de célébration de la Parole pour les pardons. Vous pouvez les retrouver à partir de la page 22 de ce document.
Le service de la liturgie du Diocèse de Quimper & Léon propose également des ressources en ligne : des déroulés de liturgies – sans eucharistie, quasi-clé-en-mains, sont proposés sur ce lien. Il est précisé que « tout baptisé missionné peut présider ces prières. De ces quelques documents, des prières, textes, peuvent être extraits repris pour des pardons avec messe, ou présidence de prière par un prêtre. (Ceux de l’année sont placés en haut de liste). D’autres déroulés sont laissés à disposition dans le même dossier : célébration à orientation baptismale en commençant à la fontaine, célébration de la Croix en partant du Calvaire, célébration « Laudato Si » autour de l’eau, célébration du Saint Patron dans une liturgie de la Parole, office de vêpres … »
Maintenir tradition et innovation
La diminution du nombre de prêtres est un défi, mais aussi une invitation à repenser clairement la pastorale des pardons. Maintenir la centralité du sacrement et de la messe, valoriser les grands pardons par des formes de reconnaissance spirituelle, et proposer des chemins adaptés pour les pardons modestes permet de concilier tradition, exigence sacramentelle et ouverture missionnaire. C’est dans cette articulation que les pardons bretons, lieux d’évangélisation par excellence, continueront de transmettre la foi, renforcer la communion avec Dieu et nourrir la vie spirituelle des communautés.
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne


Cet article (merci à son auteur) me fait me remémorer une simple remarque du regretté Job an Irien, à propos des Pardons bretons tels qu’ils étaient vécus dans la société paysanne traditionnelle.
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On imagine sans peine que dans toute société des accrochages puissent survenir occasionnellement, au fil du temps, entre individus, laissant une trace dans la relation, sous forme de « passif » (comme l’on dit aujourd’hui).
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Or selon Job An Irien, en substance (j’utilise ici ma propre formulation), le Pardon local était une opportunité pour remettre les pendules à l’heure, autrement dit une occasion de réconciliation entre les personnes. Un simple échange de propos le permettait. Mieux encore, le simple fait d’apercevoir l’autre de loin et réciproquement naturellement, un simple échange de regard donc, suffisait à ce beau résultat.
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Je n’ai trouvé trace de ce genre de témoignage dans aucun ouvrage. Ce témoignage explique pourtant, sur le fond et mieux que toute autre considération, le rôle des pardons, loin d’un supposé folklore de pacotille ou aspect commercial.
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Pour faire le lien avec l’article, Job an Irien, qui fut un fin connaisseur de la société traditionnelle, et de la Bretagne finistérienne en particulier, et qui était aussi très sobre dans son expression n’a pas mentionné si cet accord tacite avait lieu après confession sacramentelle individuelle (au sens de l’Eglise catholique) ou s’il s’agissait d’une simple observation sociologique, même en l’absence de sacrement, observation tout à fait remarquable et qui témoigne du haut degré de civilisation atteint par une société qui a précédé la nôtre.
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Pardon bihan a oa, pardon braz pe lidet war un ton braz ivez. Ne vern, hirio hon pardonioù a zo, alies a-walc’h, un digarez da gaout un overenn e brezhoneg. A-wechoù emaint un digarez ivez, evit Yann ar vro, da gaout sakramant ar pardon (hervez an Iliz). Ar pezh a zo brav…
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à Kernevad
Je peux témoigner de plusieurs réconciliations personnelles à ces occasions ces dernières années.
Mais il ne faut pas exagérer : quand tu dis à ta femme « passes moi le beurre s’il te plaît » c’est une manière tout aussi effciente. Et puis maintenant les pardons sont remplaçés très souvent par des « animations » du « comité des fêtes » où ce phénomène existe. a la campagne les récriminations sont quelquefois tenaces, à un point qu’elles peuvent passer d’une génération à l’autre (j’ai des exemples concrets autour de moi) mais cela n’empêche quand même pas de se saluer et de vivre une certaine « paix ». La différence que l’on faisait avant et qui vient de la société chrétienne est la distinction, fondamentale pour moi et très difficile à mettre en oeuvre chez un gauchiste, c’est de distinguer radicale ment la personne (à aimer à la suite de Jésus) et ses idées, ses manqquements et ses mauvais actes. Etre chrétien c’est se reconnaître pécheur, et cela porte à passer l’éponge même si l’on n’oublie pas.