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[PARDONS DE BRETAGNE] Pardon de St Malo à Locmalo

Comme nous avons débuté il y a plusieurs années, nous continuons notre série “Pardons de Bretagne”. Ar Gedour envoie ainsi ses équipes ou ses correspondants sur les pardons de Bretagne. Cette rubrique permet de mettre en avant différents pardons bretons, mais aussi aux organisateurs d’avancer sur certains sujets. Ces articles ne seront donc pas uniquement là pour relater l’actualité des pardons mais aussi pour parler de la liturgie, proposer des points à améliorer, donner des idées de dynamisation, etc… Les comités de chapelles et animateurs se donnent souvent sans compter, mais malgré la bonne volonté, ils peuvent être démunis notamment sur l’aspect religieux ou sur des pistes pouvant générer un renouveau. Il ne s’agit donc pas de faire ici des articles « critiques » mais constructifs, à l’adresse des comités concernés mais aussi des autres car ce qui est valable pour l’un peut aussi l’être pour un autre. Ar Gedour est bien évidemment prêt à aider sur demande, comme c’est déjà parfois le cas.

Un dimanche ensoleillé. Au milieu de ce petit bourg, non loin de Guémené/Scorff, se dresse une église plutôt bizarre.  En effet, elle semble bâtie entre deux édifices. Mais nous y reviendrons…

Locmalo, dont le nom vient du breton « loc » (lieu consacré) et de saint Malo, l’un des 7 saints fondateurs de la Bretagne, est semble-t-il un démembrement de l’ancienne paroisse primitive de Plousquen, aujourd’hui disparue. Au Xème siècle, des bretons venus de la région d’Aleth, l’actuelle ville de Saint-Malo, s’installent sur le territoire de Pourleth. D’où le nom de Locmalo. Locmalo deviendra alors le centre religieux du doyenné de Kemenet-Guégant (ou Guémené).

Son église est mentionnée dès 1401 dans le testament de Jeanne de Navarre, vicomtesse de Rohan. L’édifice a été bâti au début du XVe siècle par les vicomtes de Rohan, puissants seigneurs de Guéméné. Par la suite, deux chapelles lui ont été adjointes, une au nord vers 1611 par les Rohan et une autre au sud par les Menoray dès 1577. L’ensemble, avec ses trois toitures parallèles et ses bras de transept remplacées par deux chapelles seigneuriales, donne une allure singulière à l’église. Ce particularisme est accru par l’élévation d’une tour porche abritant un escalier suivant le modèle des massives tours morbihanaises. Le chœur, prolongée d’une sacristie, est reconstruit au milieu du XVIIe siècle. De cette époque datent les sablières mais aussi le retable. L’église abrite une abondante statuaire des XVIIe et XVIIIe siècles.

Aujourd’hui, la voûte de l’église est très abîmé, nécessitant de coûteux travaux (800 000€.. avis aux mécènes !) . C’est pourtant un bien bel édifice, avec d’aussi belles statues (dont un Christ au tombeau de superbe facture). C’est donc dans ce cadre que les habitants de Locmalo ont voulu cette année ressusciter le grand pardon de mai. En effet, le patron de la paroisse avait deux événements dans l’année : le petit pardon en novembre, et le grand pardon en mai. Ce dernier avait disparu et c’est sous l’impulsion du Père Patience-Aimé, recteur de la paroisse et curé de l’ensemble paroissial de Guémené / Scorff, que la tradition revoit le jour. Il souhaite en effet redonner vie aux pardons paroissiaux.

Et pour une première à Locmalo, ce fut un succès puisque ce sont facilement 200 à 250 personnes qui sont venus participer au pardon en ce dimanche 6 mai. Une affluence à laquelle tous ne s’attendaient pas puisqu’il a manqué d’hosties. Il faut dire que les pèlerins venaient de partout : Locmalo, Persquen, Guémené, Plouay, Pontivy… mais aussi de Beignon, St Malo de Beignon, … cela sur invitation du Père Patience-Aimé qui y était recteur auparavant.

Des jeunes et des moins jeunes, beaucoup de costumes bretons, des sonneurs, une assemblée fournie. Il existe ici une base intéressante pour relancer ce pardon paroissial. Vous retrouverez ci-après nos observations sur ce pardon pour une nouvelle édition encore plus aboutie.

 

Points forts :

  • une volonté forte de ressusciter les pardons paroissiaux.
  • un autel correctement apprêté avec une belle nappe, un cierge de chaque côté et un crucifix central, sans bouquet sur la mensa mais au pied de l’autel, tel qu’indiqué dans la PGMR
  • des cantiques bretons, qui mériteraient certainement une petite schola de soutien. Celle-ci a été créée sur l’instant.
  • Un choix de chants correct, exceptés deux (cf ci-dessous). Le cantique local est chanté.
  • Une belle procession avec un tantad (feu de joie) et l’Angelus chanté auprès du feu, avant les agapes.
  • des sonneurs, qui soutiennent avec brio et en discrétion les chants choisis.
  • la volonté de lier pardon et pastorale : il ne s’agit pas de simple sauvegarde d’un patrimoine mais bien d’utiliser la tradition comme outil d’évangélisation. La présence des jeunes de l’aumônerie de Guémené / Scorff montre bien l’impact donné.
  • une équipe locale motivée, soutenue par le dynamique curé de la paroisse.

Points à améliorer

  • prévoir un organiste. Il y en a sur le secteur. Un petit appel et nous sommes certains qu’ils répondraient présents.
  • prévoir une croix pour la procession d’entrée.
  • Le Gloria qui était chanté n’en était pas un : beaucoup ne savent pas que le texte du GLORIA / GLOIRE A DIEU ne peut être modifié. On ne peut donc chanter Paix sur la terre aux amis de Dieu ou d’autres refrains ne correspondant pas au texte approuvé par l’Eglise :

 Extrait de la Présentation Générale du Missel Romain (53) :  Le Gloria est une hymne très ancienne et vénérable par laquelle l´Église, rassemblée dans l´Esprit Saint, glorifie Dieu le Père ainsi que l´Agneau qu’elle supplie. On ne peut jamais remplacer le texte de cette hymne par un autre. Le Gloria est entonné par le prêtre ou, si cela est opportun, par un chantre ou par la chorale ; il est chanté soit par tous ensemble, soit par le peuple alternant avec la chorale, soit par la chorale elle-même. Si on ne le chante pas, il doit être récité par tous, ensemble ou par deux chœurs qui alternent.

  • De même, l’Agneau de Dieu chanté n’était pas “liturgiquement correct”. Il faudra donc le remplacer par les formules prévues au Missel Romain.
  • Avant les lectures, une petite présentation en est faite. Il s’agit de phrases inutiles qui n’ont pas leur place dans la liturgie.
  • Il serait bon d’assigner les rôles de porteurs (bannières, croix, statues) avant la messe, pour que tout se déroule sans temps mort, et pour un gain de temps.
  • Le parcours de la procession n’est pas adapté, même s’il est effectivement très beau. Les porteurs se sont trouvés gênés par le passage de talus un peu raides.

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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