Saints bretons à découvrir

Que s’est-il vraiment passé le lundi de Pâques à Scrignac ?

Amzer-lenn / Temps de lecture : 6 min

Scrignac – Depuis le lundi de Pâques, la chapelle de Koat Keo se retrouve au cœur d’une controverse qui dépasse largement les limites de cette petite paroisse du Finistère. En cause, une information largement relayée affirmant – à tort – que le diocèse de Quimper & Léon aurait interdit la célébration de la messe ce jour-là.

Pour comprendre ce qui s’est réellement joué, un éclairage canonique s’avère toutefois indispensable. Car la question touche à la fois à la licéité et, dans certains cas, à la validité des sacrements, lesquelles dépendent de la juridiction dont dispose un prêtre. Or, un prêtre sans mission reconnue dans un diocèse, parfois qualifié de vagus, ne bénéficie pas de cette juridiction. Quoi que l’on puisse penser de la situation, une lecture attentive et objective des faits et des sources disponibles invite ainsi à nuancer fortement l’affirmation initiale, même si on peut toujours pleurer les situations qui déchirent l’Eglise.

Tout part d’un communiqué publié le 25 mars 2026 par le diocèse de Quimper & Léon. Celui-ci ne mentionne pas une interdiction générale de célébrer la messe à Koat Keo, mais vise explicitement un prêtre présenté comme «dissident de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X». Le texte indique que ce prêtre « sans mandat ni mission »(sic) n’est pas autorisé à célébrer dans les églises et chapelles du diocèse. Il se trouve que ce prêtre est celui qui devait présider la messe du Lundi de Pâques à Koat Keo. Mais la décision porte sur la situation canonique actuelle dudit célébrant, et non sur la tenue d’une messe en elle-même (cf site Diocèse de Quimper & Léon, 25 mars 2026).

Malgré cela, plusieurs publications ont rapidement présenté l’événement comme une interdiction de la traditionnelle messe du lundi de Pâques. Ces analyses reprennent une lecture critique, tout en laissant apparaître en creux la réalité du différend : c’est bien davantage la présence et le statut du prêtre qui sont au cœur du litige que la liturgie elle-même.

La confusion s’est d’autant plus installée que la messe envisagée devait être célébrée selon le rit tridentin, sujet sensible dans l’Église catholique depuis plusieurs années. Pourtant, aucun élément factuel ne permet d’affirmer que ce rit ait été directement visé par la décision diocésaine. Le communiqué officiel ne fait pas mention d’une restriction liée à la forme liturgique, mais insiste uniquement sur l’absence d’autorisation du prêtre concerné.

Dans ce contexte, la notion de juridiction canonique prend tout son relief. Si un prêtre validement ordonné peut célébrer l’eucharistie de manière valide, certains sacrements – notamment la confession ou le mariage – requièrent une juridiction conférée par l’autorité compétente pour être non seulement licites, mais aussi valides. L’Église distingue en outre clairement célébration privée et célébration publique : un prêtre dépourvu de mission reconnue ne peut pas célébrer publiquement, c’est-à-dire en présence de fidèles, sans autorisation. Une telle célébration serait alors illicite, même si elle demeure valide du point de vue sacramentel.

En revanche, la possibilité de célébrer de manière privée reste liée au pouvoir d’ordre, sauf interdiction explicite plus large. Cette distinction permet de comprendre que l’enjeu ne réside pas dans l’existence de la messe elle-même, mais dans les conditions de son exercice public. Elle concerne également les fidèles eux-mêmes : participer en connaissance de cause à une célébration reconnue comme illicite par l’autorité diocésaine ne relève pas d’un simple détail disciplinaire et peut engager leur responsabilité morale, dans la mesure où elle s’inscrit en dehors du cadre de la communion ecclésiale. L’intervention du diocèse vise ainsi à prévenir toute ambiguïté sur ces questions, en rappelant les conditions dans lesquelles un ministère sacerdotal peut être exercé publiquement, aussi sympathique que puisse être le clerc. Selon nos informations, c’est dans ce cadre que le curé de la paroisse, affectataire du lieu, s’est déplacé avec deux représentants des forces de l’ordre, conduisant les quelque 80 participants à transformer le temps de la messe en un temps de recueillement autour des reliques de l’abbé Perrot.

Un fait vient d’ailleurs contredire l’idée d’une interdiction globale frappant Koat Keo. La chapelle continue d’accueillir des célébrations. Le curé de la paroisse, le père Yvon Le Goff, a autorisé une messe qui sera célébrée le 9 mai prochain par le père Julien Palcoux, curé de Tréguier. Cette décision confirme que le lieu n’est pas concerné par une interdiction et que les offices peuvent s’y tenir dès lors qu’ils sont assurés par des prêtres reconnus par le diocèse.

Dans le droit de l’Église catholique, la règle est claire : un prêtre doit être en règle avec l’autorité diocésaine pour célébrer publiquement dans une église ou une chapelle. Lorsqu’un doute existe sur son statut canonique, l’évêque peut alors lui interdire d’exercer dans son diocèse. C’est ce cadre qui semble avoir été appliqué dans le cas de Koat Keo.

Au final, l’épisode du lundi de Pâques apparaît moins comme une interdiction de la messe que comme une décision disciplinaire visant un célébrant précis. La rapidité avec laquelle l’information s’est transformée en controverse illustre une confusion fréquente entre enjeux liturgiques et questions de juridiction ecclésiale. À Koat Keo, la messe n’a pas été bannie ; elle reste possible, mais sous l’autorité du diocèse et avec des prêtres dûment autorisés.

Reste une question plus large, qui dépasse le seul cadre de cet épisode : comment dépasser les incompréhensions pour servir véritablement la vie de l’Église et le bien des fidèles, dans le Finistère et ailleurs ? Derrière les débats canoniques, doctrinaux et liturgiques, c’est en effet l’accès sûr et paisible aux sacrements qui est en jeu. Pour les pasteurs comme pour les fidèles, l’enjeu consiste moins à opposer des positions qu’à garantir, dans la clarté et la communion, des célébrations à la fois valides, licites et pleinement ecclésiales.

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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19 Commentaires

  1. Monsieur Tudwal Ar Gov, je me permets d’être étonnée d’apprendre que le célébrant n’a pu célébrer la messe à Scrignac en ce lundi de Pâques 2026 alors qu’il la célébrait déjà en 2025 et alors qu’il faisait encore partie de la FSSPX !! Où est l’erreur ? De plus, oser venir avec les Forces de l’ordre, montre de l’intolérance, de l’irrespect et peu de charité. Pourquoi ne pas laisser ce prêtre dire la messe tridentine, comme ceux qui la célèbrent dans le diocèse ?! Pourquoi cette discrimination ? Le problème est là et pas ailleurs !

    • Je comprends que cela puisse surprendre, surtout si l’on compare avec l’année précédente. Mais la situation d’un prêtre ne dépend pas seulement du fait qu’il célèbre ou non, ni même du rit qu’il utilise, mais de son statut canonique au moment où il exerce son ministère. C’est ce point qui est déterminant.

      Lorsqu’un prêtre est rattaché à une structure, même dans une situation imparfaite, il peut exister un cadre – avec certaines facultés – dans lequel son ministère s’exerce. C’est notamment le cas de la Fraternité Saint-Pie-X, dont la situation canonique reste irrégulière mais en dialogue avec l’Église, et dans laquelle certains actes sont reconnus ou encadrés, comme le sacrement de pénitence ou, sous conditions, les mariages. Le pape François, en accordant ces facultés en 2015, a posé un geste significatif qui montre que cette situation ne peut pas être assimilée à une rupture totale avec l’Église.

      En revanche, lorsqu’un prêtre se trouve en dehors de tout cadre reconnu, la question se pose différemment : il ne s’agit plus seulement de célébrer une messe, mais de savoir dans quelle communion et avec quelle reconnaissance ce ministère est exercé. C’est pour cela que la comparaison avec l’année précédente n’est pas forcément pertinente si la situation canonique du prêtre a évolué entre-temps.

      Autoriser une célébration publique, ce n’est pas un geste isolé. Cela revient aussi, de fait, à reconnaître un ministère exercé dans le diocèse. Or cela suppose que le prêtre soit lui-même en règle dans l’Église et accepte de s’inscrire dans ce cadre. Concrètement, cela passe notamment par une incardination, c’est-à-dire le fait d’être rattaché à un diocèse ou à une structure reconnue, avec tout ce que cela implique.

      Ce n’est pas seulement une question d’organisation ou d’obéissance : c’est aussi une question de communion réelle avec l’évêque, dans la continuité de la succession apostolique. Comme le rappelle Lumen gentium (n° 28), les prêtres exercent leur ministère « en dépendance des évêques et en communion avec eux ». Le ministère sacerdotal ne s’exerce donc jamais de manière autonome.

      Dans ce contexte, la question n’est pas celle du rit. Des messes selon la forme tridentine sont célébrées dans le diocèse par des prêtres reconnus et envoyés pour cela. Il ne s’agit donc pas d’une discrimination, mais d’une question de cadre ecclésial.

      On entend dire qu’il aurait suffi, par charité, de « laisser faire ». Mais la charité ne consiste pas à entretenir une ambiguïté. Elle suppose d’agir dans la vérité, pour le bien des fidèles et de l’Église. Autoriser sans clarifier, ce ne serait pas apaiser la situation, mais risquer de la rendre plus confuse.

      Quant à la présence des forces de l’ordre, elle peut effectivement heurter. Mais elle ne dit pas, en elle-même, le fond de la décision, qui relève d’abord de la responsabilité du curé et de l’évêque de veiller à la cohérence de la vie ecclésiale. On peut bien sûr regretter la manière dont les choses se sont déroulées. Mais pour comprendre ce qui s’est passé, il faut regarder l’ensemble : non seulement le fait de célébrer, mais le cadre dans lequel ce ministère est exercé.

      • Un bal breton avec galettes saucisses et bouteilles de cidre autour de la sépulture de l’abbé Perrot : est-ce bien la manière la plus respectueuse d’honorer un martyr ?

        • Vous n’y êtes pas du tout, monsieur le Cerf.

          La matinée devait voir une procession, suivie d’une Messe, en la chapelle. Mails cela a été interdit. Les présents ont entonnés un cantique et prier pour la Bretagne, pendant une vingtaine de minutes.

          Seul l’adpardon (partie laïque du Pardon) est restée avec son lot de convivialités, musique et réjouissances. Et c’était au Uhelgoat. D’où sûrement, votre incompréhension.

          Personne n’a dansé devant la tombe de Yann-Vari Perrot.

          Lorsque le pardon a pu avoir lieu en 2025, ces différents moments furent respectés à la lettre.

          • On a évité le pire grâce à l’intervention du curé de la paroisse qui a contrarié le projet initial et contraint les fêtards à déménager à Huelgoat, forcés et contraints.

  2. C’est discuter du sexe des Anges pendant que Constantinople chute.

    • Je comprends l’image : il y a des sujets qui paraissent plus urgents.

      Mais pour beaucoup de fidèles, ce n’est pas une discussion abstraite. Quand on parle de la messe, des prêtres ou des sacrements, on parle de ce qui fait vivre concrètement leur foi. Ce n’est pas un détail.

      Et surtout, il ne peut pas y avoir une foi « à la carte », où chacun fait sa propre interprétation en se disant catholique. La vie de l’Église est aussi une réalité commune, qui se vit dans une certaine cohérence, notamment dans le respect de ce qu’elle enseigne et organise.

      C’est le rôle des pasteurs d’éclairer les fidèles avec charité et clarté. Et c’est aussi la responsabilité des fidèles de se former, pour ne pas réduire la foi à ce qui leur convient. Sinon, on finit par tomber, d’un côté comme de l’autre, dans une logique où chacun construit « son » christianisme, ce qui, au fond, s’éloigne de la nature même de l’Église.

      Il ne s’agit pas de compliquer les choses, mais simplement d’éviter la confusion, pour que la foi puisse être vécue de manière juste et paisible.

  3. « Ar peoc’h ra vezo ganeoc’h », voilà bien la parole de Notre Seigneur que nous rapporte saint Jean en ce dimanche dit « de la divine miséricorde » !
    Oui, j’aime beaucoup cet article précis et mesuré qui veille à « calmer le jeu » ; pour autant, lorsque des disciples s’en vinrent dénoncer à Jésus, ces gens qui guérissaient en son nom mais n’étaient pas de leur groupe, il est bon de se souvenir que le Seigneur demanda de les laisser continuer…
    La formule ayant trait « au sexe des anges », est peut-être exagérée ; il n’en demeure pas moins que l’accès « sûr et paisible » à une chapelle qui nous tient particulièrement à coeur, n’avait sans doute pas à être l’objet d’une polémique

    • En fait, les organisateurs du Lun Fask sont devant une réalité cruelle : après les abbés Breton, Chardronnet, Thomas, Talbot, Blanchard, nous n’avons plus de prêtres nationalistes : tous les prêtres réguliers et bretonnants refusent de célébrer le Lundi de Pâques à Koad kev. C’est un fait.
      Donc, « poussés au crime », les responsables n’avaient pas d’autre choix que de solliciter la FSPPX avec un « effet secondaire » la récupération de l’image de l’abbé Perrot par l’extrême droite… française !! Voir les maisons d’éditions des livres de Youenn Caouissin sur l’abbé Perrot. C’est factuel. L’abbé interdit a été viré de la FSSPX pour son nationalisme breton, péché mortel pour les France über alles de la FSSPX.
      On a critiqué la démarche de « Feiz ha Breizh evit an holl » qui organise chaque année le premier samedi de Mai une journée à Koad kev de commémoration de ce modèle du militant breton catholique. Changer la date a permis de dépolitiser les choses : oui Perrot était nationaliste (c’est essentiellement revendiquer notre existence devant un état français jacobin jusqu’à la moelle pendant que le gouvernement britannique va jusqu’à donner le statut de langue nationale à la langue cornique qui avait disparu et n’a pas plus de 4000 néolocuteurs). Il était nationaliste et a été assassiné en partie pour cela, aussi pour sa foi et son anti communisme je pense. Pour son aura aussi : soyons clairs : en l’assassinant on a assassiné la seule Bretagne qui vaille : la Bretagne dans sa droite origine historique : bretonnante et catholique. Ils ont assassiné ce que nous sommes ontologiquement.
      A noter que l’évêché a compris qu’il devait renouer avec l’hommage à l’abbé Perrot et ce qu’il symbolise, source d’un renouveau dont profite « Feiz e Breizh » : la foi hors sol que l’on a cru possible avec l’interprétation de Vatican II en Bretagne ne marche pas. Mgr Gourves, on ‘appelait « MAO » quand il était vicaire général à Brest vers 1982 parce qu’il s’acharnait à éradiquer tout le capital culturel : le breton, le latin, les processions etc… Il en est revenu avec une lettre pastorale à ce sujet (écrite par fanch Morvannou en réalité).
      Il faut regretter ce « taol bazh eskob » sur ce malheureux prêtre à l’incardination refusée par Quimper mais il faut se réjouir du récent intérêt du Diocèse pour la figure de l’abbé Perrot. Ce n’est pas rien que le chancelier du Diocèse soit venu à Koad kev en 2025 en mai célébrer en breton, et cette année le curé de Tréguier-Saint Yves ! Bennozh da Zoue ! Rendez vous le 9 mai donc, mais sans exclusive aucune : je suis membre d’UKK et de Mignoned Feiz ha Breizh qui a aussi sa propre journée le 12 décembre chaque année.

      • S’il suffisait de jouer du biniou, de danser la gavotte et d’anonner quelques mots de breton pour être reconnu nationaliste breton, il y a longtemps que la Bretagne serait libre.

      • Vous passez sous silence le rôle néfaste de l’association « paix liturgique » à Quimper qui a jugé bon de s’en prendre de façon inappropriée à la paroisse St Corentin

    • Merci pour votre remarque, qui renvoie à un passage évangélique très juste. Effectivement, le Christ invite à ne pas empêcher celui qui agit en son nom sans faire partie du groupe des disciples (Mc 9, 38-40). Cela rappelle utilement que Dieu peut agir au-delà de nos cadres et que tout ne se réduit pas à une appartenance visible immédiate.

      Mais ce passage ne supprime pas pour autant la dimension ecclésiale de la foi. Le même Évangile montre aussi que le Christ confie une mission structurée aux apôtres, et que l’unité visible fait partie de la vie de l’Église.

      Autrement dit, il ne s’agit pas d’opposer ouverture et cadre, mais de tenir les deux ensemble : reconnaître que Dieu peut agir largement, tout en veillant à ce que la vie sacramentelle et le ministère s’exercent dans la communion de l’Église. C’est précisément cet équilibre qui est parfois difficile à percevoir, mais qui est au cœur du discernement pastoral.

  4. Concrètement, participer à la Messe dite par ce prêtre relève du péché grave voire fait courir le risque d’excommunication, ou pas ?

    Si j’ai bien compris, il a parfaitement le droit de La dire seul mais sans public ?

    • La situation mérite d’être clarifiée, car elle est plus nuancée qu’une réponse par oui ou non.

      Un prêtre validement ordonné peut célébrer la messe de manière valide, même sans autorisation (cf. can. 900 §1). En revanche, s’il agit sans l’accord de l’Église, la célébration est illicite (cf. can. 846 §1).

      La distinction importante ici est celle entre célébration privée (sine populo) et célébration publique (cum populo). Un prêtre conserve en principe la possibilité de célébrer la messe de manière privée, en vertu de son ordination, sauf interdiction explicite plus large (ce qui ne semble pas être le cas ici).

      En revanche, célébrer publiquement, c’est-à-dire en présence de fidèles (cum populo), suppose une reconnaissance et une autorisation de l’ordinaire du lieu. Le droit prévoit en effet que le prêtre doit être admis à célébrer par l’autorité compétente (cf. can. 903). Sans cette autorisation, la célébration publique est illicite.
      Sans oublier qu’un prêtre se doit de demander l’accord du curé de la paroisse pour célébrer dans une église ou chapelle dont la paroisse est affectataire.

      Pour les fidèles, on ne peut pas dire automatiquement que participer à une telle messe constitue un péché grave. En théologie morale, cela dépend toujours de la connaissance, de l’intention et de la liberté. Il n’y a donc pas de réponse automatique.

      En revanche, participer en connaissance de cause à une célébration reconnue comme irrégulière pose une question réelle de cohérence ecclésiale. La messe n’est pas un acte purement individuel ou privé : elle est, par nature, un acte de l’Église. Comme le rappelle le concile Vatican II, la liturgie est « l’action du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église » (Sacrosanctum Concilium, n° 7). Cette idée s’inscrit dans une continuité doctrinale : déjà avant le concile, l’encyclique Mediator Dei de Pie XII soulignait que la liturgie est un acte public de l’Église (1947). Saint Thomas d’Aquin lui-même affirme que les actes du culte chrétien sont des actes de religion rendus à Dieu au nom de l’Église tout entière, et non de simples actes privés (Somme théologique, II-II, q. 82, a. 1).

      Y participer, c’est donc aussi manifester une communion visible avec l’Église, non seulement dans la foi, mais aussi dans son ordre et sa discipline. S’en écarter volontairement, même sans rompre formellement avec l’Église, revient à introduire une forme de dissociation entre ce que l’on croit et la manière dont on le vit concrètement.

      Enfin, pour répondre à votre question, il n’y a pas, dans ce cas, de risque d’excommunication pour les fidèles.

  5. Abbé David Aldalur

    Nous publions cette réponse de l’abbé Aldalur. L’auteur de l’article, soucieux de s’en tenir à la seule réalité canonique de la situation face à certaines lectures approximatives des faits, avait choisi de ne pas mentionner nominativement le prêtre concerné, en renvoyant uniquement au communiqué officiel du diocèse par un simple hyperlien. Toutefois, celui-ci étant directement impliqué et son nom ayant été évoqué dans les commentaires, il nous a paru juste de lui donner la possibilité de s’exprimer. Cette publication s’inscrit dans un souci d’équilibre et de clarté du débat.

    __________________

    Cher Tudwal, je ne vous connais pas et c’est dommage car c’est bien volontiers que j’aurais collaboré avec vous pour répondre à toutes vos questions afin que votre article soit plus précis encore.

    Qu’il y ait un problème canonique, je le concède, mais il n’est pas nouveau. Même membre de la FSSPX, la légitimité canonique n’existait pas davantage (selon vous). Pourtant l’hommage à Koad Kev a bien eu lieu en 2024 et en 2025, selon le mode du « Statu Quo » il est vrai.

    Si le problème n’était que ma personne « canoniquement inapte », M. le Recteur aurait accepté ma proposition de me retirer et de ne pas célébrer la messe, mais de conserver au moins le rassemblement festif et le repas prévu autour des quelques 120 personnes attendues… Peut-être 150 ? Proposition qu’il a rejetée alors que je l’invitais à rester avec nous. Faut-il aussi être en règle canonique pour servir ur banne chistr ha drebiñ krampouezh bennak ?

    Le problème n’est donc pas uniquement canonique, le problème c’est que cet hommage du Lundi de Pâques est devenu en peu de temps le plus bel hommage en l’honneur de l’Abbé Perrot, le plus nombreux, le plus fervent, le plus familial, le plus jeune, le plus bon-enfant, le plus dansant et peut-être aussi le plus bretonnant. Pourquoi ? Tout simplement parce que tous ceux qui y prennent part veulent défendre de manière la plus authentique possible le vrai idéal « Feiz ha Breizh »… avec une Feiz qui ne soit pas un dilué de modernisme teinté de vernis traditionnel et une Breizh qui ne soit pas non plus un dilué d’identité teinté d’un vernis folklorique. Feiz ha Breizh penn-da benn. Qui peut interdire cela ? Un tel idéal n’est pas une faveur à mendier mais un droit à reprendre.

    Par, ailleurs, j’ai répondu publiquement à la condamnation publique de Mgr l’évêque de Quimper et ce serait formidable (ne serait-ce que par simple honnêteté intellectuelle) que mes amis d’ar Gedour publiât cette réponse. Pep hini ‘vo libr da zoñjal ar pezh en devo c’hoant. Mes portes sont ouvertes à tous ceux qui le désirent et mon sacerdoce à disposition de tous ceux qui, comme notre Bon Abbé Perrot, sont prêts à mourir « Evit Doue ha Breizh »… En attendant de pouvoir me jeter aux pied du successeur de Saint Corentin pour devenir ce que je désire le plus au monde : un prêtre incardiné dans le diocèse de Quimper et Léon. Doue ho pennigo.

    [NDLR : Ar Gedour n’étant le porte-parole de personne, nous ne publions pas la réponse de l’abbé Aldalur à Mgr Dognin, pas plus que nous n’avons publié le communiqué auquel elle répond. Il ne nous appartient pas de relayer l’ensemble des prises de position, mais de nous en tenir à une ligne éditoriale cohérente, qui relève précisément d’un souci d’honnêteté intellectuelle.]

    • Monsieur l’Abbé,

      Merci pour votre message et pour les précisions que vous apportez.

      Avant toute chose, il me semble juste de reconnaître que votre volonté d’une liturgie et d’une pastorale enracinée est en soi louable. Cela étant dit, une distinction importante doit être maintenue. Votre réponse mêle plusieurs plans qui, dans la vie de l’Église, sont distincts : la réalité d’un rassemblement, sa dimension culturelle et spirituelle, et les conditions d’exercice du ministère sacerdotal, fussent-elles en lien étroit avec votre vocation.

      Qu’une messe, un hommage, un temps fraternel ou encore un enracinement « Feiz ha Breizh » suscite une adhésion réelle ne fait pas débat. Mais, et vous le savez évidemment, dès lors qu’il s’agit d’un acte liturgique public, en particulier la messe, la question devient d’une autre nature : elle est ecclésiale. La messe n’est pas seulement un moment de ferveur, mais un acte de l’Église, qui suppose une communion visible avec elle. Il ne s’agit pas ici de juger des dispositions intérieures — qui relèvent du for interne — mais de constater qu’objectivement, du point de vue canonique, cette communion ne peut pas être pleinement reconnue dans les conditions actuelles. Or il est, vous le savez aussi, du devoir du chrétien de vivre dans la vérité.

      C’est sur ce point précis que portait l’article : non sur les intentions, ni sur les fruits du rassemblement, mais sur le cadre dans lequel un ministère s’exerce publiquement, dans une situation dont la perception peut parfois être partielle.

      La comparaison avec les années précédentes ne suffit pas à elle seule à éclairer la situation, dès lors que le cadre dans lequel s’exerçait ce ministère a évolué. C’est précisément cette évolution qui appelle une lecture plus fine.

      Il convient également de noter que les éléments rendus publics ne semblent pas viser uniquement un événement ponctuel (la messe à Koat Keo), mais plus largement une situation d’exercice du ministère dans la durée, notamment dans un contexte local précis (votre installation à Brasparts), et à un moment particulièrement sensible du calendrier liturgique (la Semaine Sainte). À ce titre, la question dépasse le seul événement de Scrignac comme la seule célébration de la messe : elle touche aussi à l’administration d’autres sacrements, en particulier celui de la pénitence, qui requiert, pour être valide, une juridiction explicite, comme vous le savez.

      Vous évoquez par ailleurs un « droit à reprendre ». Je comprends ce que vous souhaitez exprimer, notamment face à l’effacement de certains repères culturels et spirituels, et à la désaffection de nos églises. Il y a en effet là un véritable enjeu pastoral. Mais cette affirmation demeure délicate. Dans la vie de l’Église, la foi, les sacrements et le ministère ne relèvent pas d’un droit que l’on s’approprie, mais d’un don reçu et vécu dans une communion. Vous le savez certainement mieux que moi : le ministère sacerdotal lui-même ne s’exerce jamais de manière autonome, mais dans une mission reçue.

      Votre désir d’incardination, que vous exprimez, montre d’ailleurs que vous avez pleinement conscience de cette dimension. C’est dans cette reconnaissance mutuelle — entre un prêtre et son évêque — que peut se résoudre durablement ce type de situation.

      Enfin, sur la question de la charité, il faut peut-être redire simplement ceci, pour l’ensemble de ceux qui nous lisent, vous comme moi : la charité ne consiste pas à entretenir une ambiguïté, mais à agir dans la vérité, pour le bien des fidèles comme pour celui de l’Église, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

      C’est sans doute dans cette exigence commune de vérité et de communion que peut se trouver un chemin d’apaisement.

      • Mgr Dognin n’est pas au bout de ses peines avec cet électron libre dans son diocèse.
        Je ne suis pas sûr qu’une éventuelle incardination soit de nature à le rendre plus docile à l’autorité de ses supérieurs.

    • L’abbé Perrot n’aurait jamais dansé autour de la sépulture d’un martyr.
      Au 17eme siècle, Mikael Le Nobletz puis le père Maunoir ont dû lutter pour que les bretons de l’époque mettent un terme à la pratique païenne de danser la nuit dans les chapelles et de s’y livrer à des orgies.
      Lisez Fanch Morvannou

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