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REFLEXIONS SUR LE PATRIMOINE D’INTERIEUR ET LES «MODERNISATIONS»…

Amzer-lenn / Temps de lecture : 5 min

En architecture, il n’y a pas que l’extérieur. Nous connaissons de ces bâtiments anciens remarquables, dont la « rénovation » ne nous laisse guère que…des façades. Tout ce qui faisait la singularité de cet habitat lui a été enlevé.

 Il existe un « patrimoine d’intérieur » qui n’est pas moins intéressant que ce qui se voit de l’extérieur. Je veux parler de ce qui fut « le cadre familial » de nos maisons, jusqu’à la fin du XXè siècle. Ce qui donne quelque sens à l’expression : « à la maison ».

Ce que nous pouvons mettre sous l’appellation de « vieilles demeures », ce n’est pas uniquement l’apparence offerte au passant ; ce sont les pièces, les plafonds, les corridors et les escaliers, les alcôves et les greniers ; ces « cadres » dans lesquels les enfants ont appris à connaître un « chez nous ». La vague et la vogue du banal et du jetable a remplacé par IKEA des intérieurs qui avaient du charme, c’est à dire du « goût ». Un peu comme le ‘macdo’ a remplacé la soupe mitonnée sur le fourneau ou le poulet rôti élevé à la ferme. Le dieu Progrès, dans les années 1950, a fait table rase de ce qui donnait précisément du « goût » aux habitations que les plus anciens d’entre nous ont connues et aimées. Ce n’était pas « la terre battue » de masures enfumées, engluées dans le purin au bout d’impraticables chemins creux, qui faisait le charme – oui, le charme- de nos maisons. Qu’il s’agisse de fermes, de boutiques de village, de maisons de ville,du manoir, du presbytère ou du château, on y trouvait un certain « art d’habiter », que les cinéastes s’efforcent de recomposer pour les « décors » des films dont l’action se déroule avant 1950/70.

Que s’est-il passé depuis ces années-là ?

Même les chapelles, les églises, les maisons religieuses, et des monuments (non protégés) ont presque tous subi un grand « nettoyage », qualifié de « rénovation », voire de « mise en valeur », qui leur a fait « perdre leur âme ». Dans bien des cas, les auteurs de ces travaux, techniquement compétents, honnêtes, efficaces, se sont montrés fâcheusement imperméables à ce « charme » que la sensibilité d’artistes tels que Chardin,Courbet, Renoir, pour n’en citer que trois, savent nous faire « goûter ». Il semble que les « mises aux normes » décrétées par des officines lointaines autant qu’éphémères, aient surtout travaillé à détruire et à nous dépouiller d’un patrimoine élaboré par des générations de « particuliers » qui nous ont précédés dans ces logis. Même en théorie « protégés au titre des Monuments Historiques », d’admirables hôtels particuliers, des couvents et de beaux édifices des XVII et XVIIIè siècles ,ont été complètement « vidés », « récurés », de la cave au grenier. Si les blattes et les araignées ont pu s’enfuir de toutes leurs pattes, aucune trace de l’atmosphère agréable de ces lieux de vie ne demeure pour l’Histoire.

Certes, on déclarera  les locaux :« fonctionnels », dotés de toutes facilités devenues indispensables.

Or, il existe bien une autre forme de confort, plus subtile mais non moins nécessaire à l’équilibre humain. C’est « l’ordre tranquille des choses », que nous ne retrouvons plus que dans notre mémoire. C’est très dommage. Dommageable même, puisque l’esprit humain a besoin de beauté autant que de liberté. Qui de nous a envie de s’arrêter pour contempler (ou photographier !) les bâtisses banales qui ont envahi tous nos bourgs et nos communes ? Que reste-t-il à « imaginer » dans ces logements uniformisés, où aucune trace d’Histoire n’est visible ? Les gens s’y ennuient vite et fuient dans l’écran de leur télé ou dans leurs jeux vidéos. Le chauffage est assuré mais non plus l’intense bonheur de retrouver ces « objets inanimés » qui nous relient à d’autres âmes et nous ouvrent à l’imaginaire.

Les rares habitations qui ont échappé à l’uniformisation généralisée de nos villes comme de nos campagnes, laissent entrevoir un peu de l’intelligence et de la maîtrise de leurs concepteurs, soucieux, autant que nous, d’économie et de beauté. Le logis du plus modeste « laboureur » recelait souvent des petits chef d’œuvres comme le buffet, l’horloge ou le berceau. Tel presbytère de l’époque de Louis XV, au fin fond d’un petit village, offrait ses proportions harmonieuses, l’appareillage soigné de ses pierres et jusqu’à une ingénieuse conception des âtres et foyers. Or, sous ses jolis plafonds à poutrelles et dans ses alcôves aux gracieuses boiseries, deux siècles plus tard, des taurillons ruminaient l’ensilage, et la « vis à maïs » traversait le plafond. Combien de ces agréables maisons ont été détruites  d’un « coup de bull », nous privant à jamais de cette harmonie qui réjouit des générations plus « avisées » que la nôtre ?

Contrairement au cliché tenace qui veut que « restaurer coûte trop cher », il faut affirmer qu’une large part de certaines « restaurations » onéreuses était parfaitement inutile, et qu’au lieu de jeter tous les parquets anciens à la décharge, il suffisait souvent d’en remplacer quelques planches. Ou encore, qu’une maçonnerie admirable qui a traversé cinq siècles n’a nul besoin d’un rejointoiement aussi coûteux qu’attristant. Enfin, avant d’entreprendre  des rénovations dispendieuses, il peut s’avérer utile de s’informer auprès de personnes et d’associations qui ont saisi la valeur intemporelle de notre patrimoine d’intérieur.

 

Voici quelques adresses :

www.tiez-breiz.org  en Bretagne  et gerard@tiezbreiz.org

Maisons Paysannes de France, 8 passage des Deux Sœurs, 75009 Paris tel : 01 44 83 63 63

 

À propos du rédacteur Keranforest

Né en 1939 à Carantec. Agrégé d'anglais, essayiste, poète, romancier. Devenu prêtre, animateur du Tro Breizh, il a été longtemps chroniqueur au Télégramme de Brest. Poète élégiaque, il est aussi l'auteur de deux romans qui ont la Bretagne pour cadre.

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