Lors du Pèlerinage Feiz e Breizh qui s’est déroulé les 20 et 21 septembre en direction de Sainte Anne d’Auray, Mgr Centène, évêque de Vannes, qui présidait la messe pontificale, a prononcé l’homélie suivante, qui intéressera certainement nos lecteurs. A découvrir en vidéo ci-dessus sur la chaîne Youtube de Feiz e Breizh, ou en texte ci-dessous (retranscription Ar Gedour) :
Chers frères et sœurs, l’Évangile de ce 15ᵉ dimanche après la Pentecôte* nous transporte à Naïm, une petite ville de Galilée. Nous y voyons la tristesse d’une foule qui accompagne une femme, une veuve, à la tombe de son fils unique. La douleur est immense. Une veuve à cette époque, sans la protection d’un mari ou d’un fils, vivait dans une précarité totale. Et cette circonstance s’ajoute encore à l’immensité de sa peine. Il n’est pas dans la nature des choses qu’une mère voit mourir ses enfants. Mais voilà que notre cortège arrive, celui de notre Seigneur Jésus-Christ – notre Seigneur – accompagné de ses disciples, vois la détresse de cette femme. La foule est là, silencieuse, sidérée, impuissante. Mais Jésus ne reste pas silencieux. Il ne reste pas inactif. Il est touché, comme nous pouvons l’être par la souffrance de nos frères. « Il fut saisi de compassion », nous dit l’Évangile, et il fait ce que les autres ne peuvent pas faire : il redonne la vie. Il s’approche, il touche le cercueil, il brise les conventions et les interdits (le contact des morts entraînait une impureté rituelle). Puis il dit ces paroles puissantes : « Jeune homme, je te l’ordonne, Lève-toi !» Et le mort se relève, parle et est rendu à sa mère. La tristesse de la veuve se transforme en joie. Le deuil laisse place à l’émerveillement. La mort n’a pas le dernier mot.
Cette scène, chers amis de Feiz e Breizh, n’est elle pas pour nous aujourd’hui une source d’inspiration et d’espérance ? Nous croisons tous les jours le cortège funèbre d’un monde sans espérance, privé d’enchantement, privé de sens, privé de Dieu.
Vous le savez, la Bretagne, terre de foi, a connu des moments de déclin. Parfois, elle peut nous sembler endormie, Voire même morte à la fois de ses pères. Mais Jésus est capable de venir à sa rencontre. Il est capable de dire au peuple de la Bretagne catholique : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! »
Comme la veuve de Naïm, la Bretagne a besoin d’être consolée. Certes, il y a des signes de vie, mais il y a aussi tant d’églises vides, tant de communautés vieillissantes, tant de jeunes qui ignorent l’héritage de leurs ancêtres. Mais notre Seigneur est vivant,, Lui qui jamais ne laisse la mort triompher. Votre pèlerinage avec Feiz e Breizh est un signe fort de cette résurrection. Face au triste cortège d’un monde sans mémoire et sans identité, votre cortège arrive, qui met en valeur la culture et les traditions bretonnes pour transmettre la foi. Votre association Feiz e Breizh a un nom évocateur qui résonne en nous tous : la foi en Bretagne. Ce n’est pas une simple formule : c’est une mission, un appel à faire de notre culture, de nos traditions, un terreau fertile où la foi pourra à nouveau s’épanouir et se transmettre aux générations futures.
Vous le savez bien, la foi n’est pas une idée abstraite. Elle s’incarne dans une histoire, dans un peuple, dans des paysages, et ici en Bretagne, notre foi est intimement liée à notre histoire, à nos pardons, à nos cantiques, à nos chapelles, à nos clochers, à nos danses, même, qui affleurent au seuil de notre conscience collective. Dans les pierres éparses dans son champ, jadis, Yvon Nicolazic savait reconnaître la présence d’une chapelle. Ce que Sainte Anne lui a confirmé. En reprenant les paroles de sainte Anne. « Dieu veut que je sois honorée ici », Son Éminence le cardinal Sarah, a eu cet été -à l’occasion du pardon du 26 juillet- une intuition forte et juste en désignant la Bretagne comme une terre choisie par Dieu. Une terre choisie non pas pour une quelconque supériorité, mais parce qu’elle a su à travers les siècles, garder un lien profond avec le Christ et sa mère. Nos ancêtres ont su faire de cette terre un lieu de rencontre avec le sacré, un lieu où le ciel et la terre se touchent. Un lieu où les pierres elles-mêmes se lèvent vers le ciel comme les mains du prêtre à l’heure de l’offrande.
Aujourd’hui, mes amis, vous êtes les héritiers de cette tradition vivante. Votre démarche est un acte de courage, de confiance et de fidélité. Dans un monde qui se déchristianise et dans lequel les identités s’estompent, vous choisissez de témoigner, de chanter, de prier en breton, en honorant les saints et les traditions qui ont façonné notre identité et nous ont fait ce que nous sommes. Vous ne regardez pas le passé avec nostalgie, mais vous puisez dans ses richesses pour construire l’avenir. Vous montrez ainsi que la foi n’est pas un musée, mais un chemin. Comme le poète vous demandez « Apprenez moi, mon Dieu, les mots qui réveillent un peuple et j’irai par les chemins les répéter à ma Bretagne endormie ». Comme le jeune homme de Naïm, nous sommes appelés à nous lever, à parler, à chanter, à prier. Il n’est jamais trop tard parce que le Christ est là, au milieu de nous, et il nous redonne vie. Il peut dire à chacun « Je te l’ordonne, lève-toi » et nous envoyer pour porter l’Évangile. Que sainte Anne, mère de Marie, vous accompagne dans votre mission et qu’elle intercède pour vous. Que le Seigneur nous donne la force de nous lever pour témoigner de son amour sur cette terre de Bretagne. Pour sa gloire et pour notre salut. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Dans le rit ordinaire (novus ordo), utilisé dans la plupart des paroisses, nous étions au 25ᵉ dimanche du temps ordinaire de l’année C, avec un évangile différent.
C’est simplement la coexistence de deux calendriers liturgiques qui explique la différence de références
Ar Gedour Actualité spirituelle et culturelle de Bretagne

Bonsoir,
Ce 21 septembre était le 25ème dimanche du temps ordinaire de l’année C et l’évangile prévu par le lectionnaire était différent de celui qui est ici commenté.. L’évêque a tout faux ou alors il vit dans un autre monde comme peut-être ceux à qui il s’adressait.
Désolant
Jacques P. Robert
Merci pour votre remarque. En fait, il n’y a pas d’erreur : Mgr Centène faisait référence au calendrier liturgique selon le rit tridentin (vetus ordo) dans lequel la messe était célébrée, et où l’évangile du jour correspondait bien au 15ᵉ dimanche après la Pentecôte.
Dans le rit ordinaire (novus ordo), utilisé dans la plupart des paroisses, nous étions effectivement au 25ᵉ dimanche du temps ordinaire de l’année C, avec un évangile différent.
C’est simplement la coexistence de deux calendriers liturgiques qui explique la différence de références.
Dans la forme et le fond, c’est étonnant. Cette homélie me rappelle ce que nous entendions dans les années 80 à la cathédrale de Vannes, un message majoritaire peu exigeant qui flattait ce qu’on nommait alors le modernisme ou le progressisme. Autres temps, autres modes, même inconséquence.