Skol Sant Erwan : foi, langue bretonne et transmission

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min
Élèves et personnel devant le bâtiment de Skol Sant Erwan, Plouézec, entre 1958 et 1961.

Parce qu’il est toujours bon de savoir ce qui s’est fait, pour envisager l’avenir, nous revenons sur cet épisode. Skol Sant Erwan occupe une place singulière dans l’histoire de la Bretagne contemporaine. Projet pionnier à la croisée de la foi catholique et de la défense de la langue bretonne, il incarne une volonté forte : celle de transmettre une culture enracinée dans la spiritualité et la langue du peuple breton. De l’école fondée à Plouézec à l’engagement associatif à Brest, retour sur une aventure humaine et spirituelle unique, nourrie de témoignages.

Une école bretonnante et catholique à Plouézec (1958–1961)

En 1958, l’abbé Armand Le Calvez (Armañs Ar C’halvez), prêtre et militant bretonnant, fonde à Plouézec une école inédite : Skol Sant Erwan. Cette école entièrement en langue bretonne repose sur un projet audacieux : offrir un enseignement catholique enraciné dans la culture et la langue bretonnes.

Pendant trois ans, l’école forme des enfants à la fois à la foi, à la langue, à la culture bretonne et aux savoirs fondamentaux. Elle s’inscrit dans un courant où l’identité bretonne ne peut se comprendre sans la foi, et inversement. L’école est soutenue par la revue Skol, fondée également par l’abbé Le Calvez, qui propose des contenus pédagogiques en breton.

Mais en 1961, sous la pression des lois françaises sur l’éducation et faute de reconnaissance, l’école ferme. Ce court épisode n’en laisse pas moins une empreinte durable.

Témoignages

« J’apprenais mes prières en breton avant le français… c’était naturel, c’était notre langue sacrée. » — Ancien élève

« Les enfants ne vivaient pas la messe comme un rituel étranger, mais comme quelque chose qu’ils comprenaient, parlaient, chantaient dès le matin. » — Habitante de Plouézec

Un renouveau à Brest : l’Oaled Sant Erwan (1969–1998)

Dix ans plus tard, à Brest, Youenn et Alan Souffes-Després fondent l’Oaled Sant Erwan (Foyer Saint-Yves). Leur ambition : faire vivre la langue bretonne dans un cadre familial, ecclésial et communautaire. Là encore, la foi et la langue sont indissociables.

L’Oaled propose des messes en breton, des cours, des catéchèses, des conférences, une bibliothèque bretonnante, des groupes de prière et même des activités pour enfants. Le foyer devient rapidement un pôle de résistance culturelle et spirituelle dans un contexte de sécularisation croissante.

L’activité se maintient jusque dans les années 1990. En 1998, l’association entre dans une nouvelle phase, mais son héritage perdure à travers les familles engagées dans la transmission du breton et de la foi.

Témoignages

« Entrer dans cette messe en breton, c’était comme revenir chez soi. Chacun reprenait les cantiques ; on sentait que la langue devenait prière collective. » — Fidèle bretonnant

« Nous venions en famille, avec les enfants. Ils voyaient que la foi pouvait s’exprimer dans leur langue — ça renforçait leur fierté bretonne. » — Père de famille engagé

Un héritage vivant : entre mémoire et transmission

Aujourd’hui, l’héritage d’une scolarité en breton se retrouve chez Diwan, et dans une mesure moins immersive chez Divaskell Breizh et Div Yezh. Quant à l’héritage chrétien de Skol Sant Erwan, il se retrouve plutôt de manière générale et chacun dans son propre ADN dans les dynamiques de catéchèse en breton, les messes bilingues ou entièrement en langue bretonne, ainsi que dans des structures comme Emglev An Tiegezhioù, Tiegezh Santez Anna, Minihi Levenez…

Cet esprit de transmission reste un ferment actif dans la démarche de nombreux chrétiens bretonnants : faire le lien entre la foi et leur langue, entre la tradition et les nouveaux moyens d’évangélisation. À l’heure où la transmission de la foi passe par une réappropriation culturelle, Skol Sant Erwan reste un modèle inspirant.

Skol Sant Erwan, dans ses différentes incarnations, a montré que la langue bretonne peut être un vecteur puissant de foi et d’éducation. Cette expérience audacieuse et prophétique a pavé la voie à de nombreuses initiatives actuelles qui cherchent à concilier enracinement spirituel et identité culturelle. Plus qu’un souvenir, cela pourrait être une source d’inspiration pour l’Enseignement Catholique et plus largement l’Église en Bretagne d’aujourd’hui et de demain.

Références

  1. Article Wikipédia sur Skol Sant Erwan (Plouézec, 1958–1961) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Skol_Sant_Erwan
  2. Notice dédiée à Oaled Sant Erwan (Brest, 1969–1998) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Oaled_Sant_Erwan
  3. Revue Skol (1957–1961), numéros archivés accessibles sur le site de la Bibliothèque  de l’IDBE : https://bibliotheque.idbe.bzh
  4. Site d’Emglev An Tiegezhioù : https://emglev.bzh
  5. Initiatives actuelles : Ar Gedour, Kan Iliz, Tiegezh Santez Anna, Emglev an Tiegezhioù, Minihi Levenez…

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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3 Commentaires

  1. Trugarez dit evit da bennad. N’on ket sur, avat, e vefe bet krouet Oaled Sant Erwan Brest da heul skouer Armans ar C’halvez e Plouezeg.
    Ur bedig-bed bihan e oa ar familhoù a save o bugale e brezhoneg d’ar poent hont, ha Minihi Levenez n’eo ket bet krouet diwar an dud se, tamm ebet.
    Notennoù all :
    – Tiegezh Santez Anna n’en deus netra da welout kennebeut : kentoc’h eo deuet diwar Kristenion Breizh, pergen ur veaj da vro Gembre e 1987. Ur bajenn wiki war KB ez eus a gav din. KB a zo bremañ ur vreuriezh a bedenn e diabarzh Emglev an Tiegezhioù.
    – kristen dre vras e oa an holl diegezhioù-se d’ar poent hont. A-raok 68 emaomp. Ar familh Denez, hini Etienne ivez a oa kristen da welout zoken.
    – ur skourr da Emglev an Tiegezhioù e oa Oaled Sant Erwan Brest.
    – kontrol d’ar pezh a c’heller kompren er pennad ez eo bet OSE Brest ur framm bresk-tre atav ; nebeut a familhoù a veze.
    – d’ar poent hont e oa c’hoazh e Leon ur yoc’h a vrezhonegerien a vihanik. Lod deuet da chom e kêr Vrest. Ar re se a zeu da OSE : an emsav a oa a gleiz ha digristen
    – nac’het en deus SKED degemer OSE e-touez e izili dre gristengazerezh anat, daoust maz on bet an tenzorier kentañ eus ar framm-se

    Tepod Gwilhmod, bet ezel eus OSE adalek 1979, kendiazezer Tiegezh Santez Anna e 1988 ha prezidant Emglev an Tiegezhioù

  2. Qu’il se crée une école bretonnante, catholique et nationale bretonne + culture, histoire et sports bretons…
    Je verse mon obole! Une pensée pour « Alan » Souffes-Després et sa famille, militant bien oublié des écrivaillons
    sur l’Emsav.

  3. oui Ronan, sans Alan Souffes-Després son frère n’aurait pas pu financer le loyer d’Oaled Sant Erwan. Il a aussi animé le mouvement Iliz ha Breizh. Je l’ai bien connu. Peoc’h dezhañ.
    Vous évoquez le financement d’une école. Je suis parfaitement d’accord. On devrait songer à une fondation. Moi aussi je peux contribuer.

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