Un trésor spirituel à transmettre : le défi du pardon de Notre-Dame des Portes

Amzer-lenn / Temps de lecture : 7 min

Le pardon de Notre-Dame des Portes qui a eu lieu les 23 et 24 août derniers, demeure un rendez-vous marquant de la vie spirituelle et culturelle de Châteauneuf-du-Faou, mais aussi plus largement du diocèse de Quimper et Léon. Pourtant, cette année encore, beaucoup ont remarqué des rangs clairsemés, aussi bien pour la messe dominicale que pour les vêpres et la célébration mariale du samedi soir. La chaleur accablante en a sans doute découragé certains, mais elle ne peut pas tout expliquer, d’autant que d’autres pardons ont, dans les mêmes conditions, rassemblé largement. Mais cette chute de fréquentation ne date pas de cette année.

Faut-il s’en inquiéter ? Oui, car un pardon n’est pas seulement un héritage à conserver comme une relique du passé : il est un patrimoine vivant, qui doit être nourri et transmis. La reconnaissance des pardons comme patrimoine immatériel de l’humanité est précieuse, mais elle ne suffit pas à elle seule. Or, la transmission semble aujourd’hui fragilisée. Si c’était un petit pardon local on pourrait se réjouir de l’affluence, mais étant le pardon d’un des sanctuaires diocésains, on peut se poser la question de l’avenir.

Un déclin qui interroge

Les raisons de ce recul sont multiples. La rupture générationnelle est nette : les plus jeunes sont peu présents, comme si la liturgie proposée ne leur parlait plus. Certaines célébrations paraissent figées ou marquées par une seule génération*, ce qui rend difficile l’adhésion de tous. La musique, malgré le bel effort de bilinguisme français/breton, peine à entraîner et à donner souffle. Enfin, certains gestes liturgiques, comme l’encensement durant l’offertoire accompli dans le silence, laissent une impression de froideur alors qu’ils pourraient être porteurs de beauté et de profondeur. Certes, il y a eu plus de jeunes à la procession du dimanche, mais même si on peut s’en réjouir, il y a de quoi cependant nous interpeler.

Ce constat ne remet en rien en cause la générosité des bénévoles et des acteurs engagés. Leur fidélité et leur service sont précieux. Mais il faut oser dire que tout ne va pas bien. Si chacun répète que « tout va bien » alors que les rangs se vident d’année en année, il sera difficile d’avancer. Un constat lucide est nécessaire, non pour tomber dans la critique négative qui décourage et ne sert à rien, mais pour ouvrir des chemins d’avenir.

Des pistes pour demain

Le pardon, qui autrefois drainait des foules, peut redevenir un lieu fort de rencontre et d’évangélisation. Il suffirait parfois de gestes simples pour raviver la ferveur. L’animation musicale et la mise en valeur de l’autel des pardons, notamment le soir grâce à une mise en lumière bien pensée, contribueraient à donner davantage de chaleur à la liturgie. Associer plus largement les jeunes, en leur confiant des responsabilités concrètes dans la célébration ou l’organisation, permettrait aussi de les impliquer et de les rendre acteurs.

Il serait également possible de tisser davantage de liens avec la vie locale. La procession du samedi soir traverse la fête foraine : pourquoi ne pas proposer, au passage de la statue de la Vierge, une bénédiction des forains et de leurs manèges ? Un tel geste pastoral, simple et fraternel, pourrait être accueilli avec joie par les forains et les jeunes, donnant au pardon une dimension missionnaire nouvelle.

Un appel à l’espérance

Comme l’a rappelé Mgr Dognin, Notre-Dame des Portes est une porte de conversion et d’espérance. Cette espérance, il est nécessaire de la cultiver ensemble : bénévoles, paroissiens, municipalité et pèlerins. Les pardons, inscrits à l’inventaire du patrimoine immatériel, ne sont ni des musées ni de simples traditions folkloriques où l’on revêt un costume une fois l’an. Ils sont des appels à la vie, des rendez-vous où l’Évangile doit pouvoir toucher à nouveau les cœurs.

Ce n’est qu’avec un regard lucide et fraternel que nous pourrons faire grandir ce trésor spirituel. Fidélité à la tradition et créativité pour l’avenir ne s’opposent pas. Bien au contraire : c’est en les tenant ensemble que Notre-Dame des Portes pourra continuer, longtemps encore, d’ouvrir pour tous une porte de foi, de joie et d’espérance.

Si l’on veut que le pardon de Notre-Dame des Portes développe sa force spirituelle et missionnaire, il faut conjuguer fidélité à la tradition et créativité pastorale. Voici plusieurs pistes, réparties par axes, qui pourraient être adaptées localement selon les moyens humains et financiers.


1. Redonner souffle à la liturgie

  • Travailler la qualité musicale : créer une véritable chorale avec les talents locaux ou faire appel à des chorales régionales, inviter des jeunes musiciens chrétiens (groupes de louange, instruments modernes associés aux chants traditionnels, orgue), alterner entre breton, français et latin pour valoriser le patrimoine tout en parlant à chacun.
  • Rendre la liturgie plus participative : distribution de carnets de chants simples, refrains repris par l’assemblée, moments de prière spontanée intégrés.
  • Mettre en valeur l’autel des pardons et les rites traditionnels (procession, encensement, bénédictions) en leur donnant une dimension visuelle et symbolique plus forte, par la lumière, la décoration florale, ou des explications données aux pèlerins.

2. Ouvrir à la jeunesse

  • Confier aux jeunes des missions visibles : porteurs de croix, service de messe, lecteurs, musiciens, accueil des pèlerins, communication sur les réseaux sociaux.
  • Proposer un temps spécifique pour eux pendant le pardon : veillée de louange, marche-pèlerinage adaptée, témoignages d’engagement chrétien.
  • Créer un parcours ludique ou spirituel pour les enfants et les ados (jeu de piste biblique, ateliers créatifs autour de la Vierge et particulièrement de la figure de ND des Portes, temps de prière adapté).

3. Renforcer la dimension communautaire et festive

  • instaurer – en lien avec eux – une bénédiction des forains et de leurs manèges lors du passage de la procession. Cela montrerait que le pardon s’inscrit dans la vie de la ville, pas en marge d’elle.
  • Organiser un pique-nique paroissial ou un repas fraternel en lien avec le pardon pour prolonger les rencontres après les offices.
  • Valoriser la dimension culturelle : concerts spirituels en amont, conférences sur l’histoire de ND des Portes, expositions de photos anciennes du pardon.

4. Miser sur la communication et l’accueil

  • Soigner l’accueil des pèlerins : signalétique claire, distribution de programmes et de dépliants spirituels à l’entrée, présence d’équipes souriantes pour orienter.
  • Développer une communication plus moderne : réseaux sociaux, vidéos courtes, témoignages de pèlerins, mise en valeur du pardon comme un événement non seulement religieux mais aussi patrimonial et humain.
  • Créer une charte d’hospitalité du pardon : « Ici, chacun est bienvenu », pour toucher aussi ceux qui viennent par curiosité et ne sont pas forcément pratiquants.

5. Approfondir le sens spirituel

  • Mettre en lumière la symbolique de Notre-Dame des Portes comme “porte de l’espérance et porte du ciel” : homélies, catéchèses, supports visuels ou méditatifs sur ce thème.
  • Introduire un temps de témoignages dynamique (et qui pourrait être diffusé tout au long de l’année par séquence sur le net) : des familles, des jeunes, des anciens pèlerins qui disent ce que ND des Portes a changé pour eux.
  • Développer un parcours de prière dans la ville : étapes avec des méditations brèves, reliées à l’histoire du lieu et à la vie chrétienne d’aujourd’hui.

*Le choix d’un Credo non conforme à ce que demande l’Eglise  est représentatif de ce constat.

À propos du rédacteur Tudwal Ar Gov

Bretonnant convaincu, Tudwal Ar Gov propose régulièrement des billets culturels (et pas seulement !), certes courts mais sans langue de buis.

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Un commentaire

  1. Dominique de Lafforest

    merci! tout à fait d’accord avec votre analyse !
    confier la communication à quelques jeunes volontaires sera déjà un grand pas !

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