Saints bretons à découvrir

L’image que je garderai de Sainte Anne-la-Palud (par le Père Erwan de Kermenguy)

Amzer-lenn / Temps de lecture : 7 min

Comment résumer le Grand Pardon de Sainte Anne-la-Palud qui a eu lieu le week-end dernier ? Le déploiement culturel et spirituel d’un pardon qui tient à coeur non seulement de tous les gens du Porzay mais aussi du Diocèse de Quimper & Léon et au-delà, mérite qu’on s’y attarde quelques instants. Nos sanctuaires sont un peu l’héritage de ces histoires d’âmes qui se mettent au service pour quelque chose de plus grand que soi. Tous les bénévoles et organisateurs – d’hier, d’aujourd’hui et de demain – ne déméritent pas car chacun par le don de soi marque l’histoire du lieu de son empreinte. A notre sens, le texte publié sur Facebook par le Père Erwan de Kermenguy, prêtre du Diocèse de Quimper & Léon, invite ainsi à dépasser les passions des mois passés (cf article) et à aller, jeunes et anciens ensemble, vers une seule direction : celle du Christ. Nous diffusons donc ce texte in extenso, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Cette dame âgée soutenue par sa fille pour aller communier, sa petite fille assise par terre à ses côtés pendant la messe… voilà l’image que je garderai du Grand-Pardon de Ste Anne la Palud. Il fallait y être cette année, pour voir l’Eglise dans sa jeunesse, dans sa vieillesse, dans sa tradition, dans sa jeunesse sans cesse renouvelée.

Il fallait y être pour voir la centaine de jeunes qui a marché pendant 100 km, depuis le grand-pardon de Notre-Dame des portes, jusqu’à celui de Sainte-Anne la palud : de la fille à la mère… tout un programme pour ces jeunes qui ont puisé pendant une semaine aux racines d’une culture chrétienne et bretonne, pour vivre leur foi au Christ. Ils ont mis en pratique le conseil que le Pape François leur donnait il y a quelques années :

« Si quelqu’un vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit ? Cette personne vous veut vides, déracinés, méfiants de tout, pour que vous ne fassiez confiance qu’à ses promesses et que vous vous soumettiez à ses projets. C’est ainsi que fonctionnent les idéologies de toutes les couleurs qui détruisent (ou dé-construisent) tout ce qui est différent et qui, de cette manière, peuvent régner sans opposition. Pour cela elles ont besoin de jeunes qui méprisent l’histoire, qui rejettent la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise au cours des générations, qui ignorent tout ce qui les a précédés » (Christus Vivit)

« Que sera le pardon de Sainte-Anne-la-Palud sans ses bénévoles historiques ? » s’interrogeait un journaliste du Ouest-France il y a quelques jours… il fallait y être cette année, pour voir non seulement une très belle édition de ce pardon, mais surtout un acte de tradition renouvelé. Car comme l’a si bien rappelé Mgr Dognin, évêque du lieu, la tradition n’est pas le « on a toujours fait comme cela ». Elle consiste à puiser aux racines de la foi. Comme l’a dit l’abbé de Landévennec, Mgr Jean-Michel Grimaud, la tradition de notre chrétienté bretonne, avec ses pardons et ses bannières, trouve sa source dans la tradition juive que Sainte Anne a transmise à Notre-Dame et que Marie a transmise à son divin Fils.

Les jeunes qui sont venus à pied avec le pèlerinage En Hent, s’inscrivent dans cette longue tradition des pèlerins marchant des heures durant vers ce sanctuaire des dunes. Ceux qui parmi eux ont navigué sur l’Aulne, peinant sur les pagaies de leur kayak, renouvellent la tradition des douarnenistes traversant la baie dans leurs lourdes barques de pêches pour venir prier Sainte-Anne. Les temps ont changé, mais le cœur du chrétien demeure le même. Il chemine, avec les saints et les saintes, vers le Christ. Il se laisse façonner, au fil du pèlerinage, par le compagnonnage avec le Christ.

Bannières et costumes traditionnels étaient bien présents, dès la messe du matin et plus encore pour la procession de l’après-midi, portés par des chrétiens de tous les âges, qui (sans le savoir peut-être) ont bien compris l’invitation du Pape François à s’enraciner dans une terre et une culture pour pouvoir s’ouvrir à ceux d’autres horizons :

« il n’y a d’ouverture entre les peuples qu’à partir de l’amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels. Je ne rencontre pas l’autre si je ne possède pas un substrat dans lequel je suis ancré et enraciné, car c’est de là que je peux accueillir le don de l’autre et lui offrir quelque chose d’authentique. Il n’est possible d’accueillir celui qui est différent et de recevoir son apport original que dans la mesure où je suis ancré dans mon peuple, avec sa culture. » (Fratelli Tutti 143)

Parmi les nouveautés remarquées cette année, le changement de la sono. Les antiques mégaphones de foire (plus propres aux manifs qu’a la prière) qui beuglaient les années passées, ont fait place à des haut-parleurs de bien meilleure qualité, permettant à tous de profiter des chants et cantiques (allant du grégorien aux cantiques bretons, en passant par des chants de louange, accompagnés à la guitare, à l’orgue ou au violon). Ce qui n’a pas changé, bien sûr, ce sont les ajustements de dernière minute des micros, un peu de larsen par ci ou par là… rappelant que les bénévoles d’aujourd’hui sont des bénévoles, comme ceux d’hier. Merci à eux. Ils ont mis en échec la prophétie du journaliste qui quelques jours auparavant pensait le pardon privé de bénévoles. Certains parmi eux étaient bien des bénévoles historiques (ou du moins des gens que je vois depuis 15 ans que je vais à ce pardon), d’autres étaient de nouveaux venus, signe d’une Eglise ouverte qui sait se renouveler.

Il fallait être à Ste Anne la Palud cette année, pour voir cette foule, toute génération confondues, rassemblée dans une même foi et une même espérance. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour mesurer la diversité d’une telle assemblée. Il y avait là les habitués des pardons, les touristes de passage avec leurs téléphones portables pour filmer, les chrétiens que l’on retrouve dans nos clochers, les jeunes des aumôneries et ceux qui reviennent des JMJ. Il y avait là l’Eglise, l’Eglise des mécréants et des bons chrétiens, l’Eglise de ceux qui se tournent vers Jésus-Christ, parce qu’ils fondent en lui leur espérance.

Merci à tous ceux qui ont rendu ce pardon possible, en premier lieu le curé de la paroisse Ste-Anne de Chateaulin et ses équipes… ainsi qu’à tous ceux qui sont venus faire cette expérience « d’enfoncer leurs racines dans la terre fertile et dans l’histoire de son propre lieu, qui est un don de Dieu. » (Fratelli Tutti 145). Avec le pape François, je voudrais leur dire : « On travaille sur ce qui est petit, avec ce qui est proche, mais dans une perspective plus large. » (Fratelli Tutti 145)

Cette dame âgée soutenue par sa fille pour aller communier, sa petite fille assise par terre à ses côtés pendant la messe, c’est pour moi l’image de l’Eglise, ur vamm goz, parfois fatiguée, qu’il faut souvent soutenir : auprès d’elle, comme sa petite fille assise à ses pieds, on reçoit la sagesse, parce qu’elle présence de Dieu. Ou alors c’est l’inverse, l’Eglise est cette jeune fille, assise au pied des saints, de Ste Anne, de la Ste Vierge, de Santig Du et de tous les autres, et qui ouvre son regard à l’espérance !

Il fallait être au pardon de Ste Anne ce week-end !

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