Au fil de mes kilomètres : Notre-Dame de Carmès en Neulliac

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Dans la pénombre douce de l’aube bretonne, la Chapelle Notre‑Dame de Carmès se dresse, dissimulée entre schiste pâle et granit austère, gardienne silencieuse de légendes enfouies. Là, sous l’œil bienveillant du clocher‑porche marqué « 1521 », les pierres murmurent des secrets anciens, chants de vieilles confréries devenues écho dans la nef sacrée.

Construit au tournant des XVe et XVIe siècles, ce sanctuaire fut l’œuvre du seigneur Jean du Porzo, soutenu par le puissant lignage des Rohan. Une architecture en croix latine, humble et néanmoins imposante, où chaque moellon de granit et d’ardoise trahit la main de ceux qui l’érigèrent au service d’un mystère plus grand que la pierre.

Mais ce sont les peintures, vestiges du temps, qui font vibrer l’âme du lieu. En 1983, des lambris du XVe siècle furent redécouverts — fragments sacrés où Sainte Catherine d’Alexandrie endure son martyre, tandis qu’un chœur d’anges musiciens célèbre la grâce au sommet d’arabesques silencieuses. Ces lambris, chefs-d’œuvre polychromes et uniques en Bretagne, se retrouvent aujourd’hui au cœur de la mémoire vivante de Carmès, altérés seulement par la fidélité de la restauration, jamais par l’oubli.

Vient ensuite le décor du XVIIIe siècle, signé La Palme, artiste aux racines peut-être hispaniques : une série envoûtante dédiée aux mystères du Rosaire, avec Notre‑Dame du Scapulaire en majesté, entourée des visages sacrés des évangélistes, des Pères de l’Église, et même de Louis XIII, dans un élan dramatique à la gloire du sacré. Ce décor, enrichi par Deduy en 1778, puis restauré par Blévin en 1814 et l’atelier Bailly à la fin du XXe siècle, vient voiler, sans effacer, l’âme des lambris d’origine.

Et tout près, murmure la Fontaine de Notre‑Dame de la Clarté, refuge de l’eau guérisseuse pour les yeux affligés. Elle offre au voyageur attentif une brève parenthèse de douceur, un visage de la foi dans la candeur de son écoulement.

Dans la lumière changeante des vitraux et des résurgences picturales, la chapelle devient Vitrail vivant — entre passé et présent, espace sacré et mémoire partagée. On sent alors, dans le silence des pierres, le frôlement des pardons d’août célébrés ici, ce souffle de ferveur populaire gravé dans les cœurs depuis des siècles.

A visiter absolument. Le pardon a lieu le dimanche qui suit le 15 août.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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