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[BILLET D’HUMEUR] Un calendrier 2020 qui manque de hauteur

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min
calendrier fougères
Photo Jeunes Agriculteurs Pays de Fougères

Nous savons que le calendrier a de tous temps été une source d’inspiration, et qu’il  allait chercher ses thèmes, aussi bien  dans le religieux, le culturel, la nature, que l’actualité plus ou moins récente. Il a aussi parfois servi à la satire politique, religieuse. Bref ! Il y en avait pour tous les goûts. De nos jours, presque toutes les entreprises, les associations ont leur calendrier, il y a même inflation, et le célèbre calendrier de la Poste, qui jadis avait une sorte d’exclusivité, a bien de la concurrence. Dans ce vaste marché,  le bon goût et l’originalité voisinent avec le plus mauvais, la banalité, pour ne pas dire la pure médiocrité, et l’on se retrouve parfois avec un bout de carton bien encombrant auquel on cherchera une quelconque utilité.

Parmi ce choix immense, nous avons retenu le calendrier des agriculteurs du Pays de Fougères. Non pas pour son bon goût, ni pour l’originalité dans le choix de son thème, mais précisément parce qu’il est d’une affligeante … médiocrité, et à ce titre provoque la réflexion. Et s’il provoque la réflexion, c’est précisément parce qu’il vient du monde agricole. Par ce truchement, il pouvait lui-même s’élever mais il a préféré rester au ras des pâquerettes…

La bande de bons copains qui a présidé à ce choix s’est cru sans doute drôle et originale mais a fait dans la banalité très dans l’air du temps : un « érotisme » de carabins en goguette. Leur « œuvre » ? Un calendrier qui propose, pour chaque mois, de joyeux agriculteurs, agricultrices  en strictes tenues d’Adam et Eve, posant auprès de leurs animaux, de leurs tracteurs et autres paysages champêtres. Un thème déjà largement utilisé par diverses corporations, associations, d’où son manque d’originalité. Que nos braves agriculteurs se fassent plaisir en nous dévoilant leur anatomie (avec certaines réserves tout de même …) c’est leur choix, et leur plastique mise … à nu, nous laisse indifférents. Après tout, ce ne sont ni des satyres, ni des Apollons, ni des Vénus, et n’étant pas des pères La Pudeur, nous n’irons pas les chicaner là-dessus. Non, ce qui retient notre réflexion, c’est le choix du thème. De tels calendriers appartiennent davantage à la décoration de cellules carcérales, de bars douteux, de chambrées militaires ou des cabines des camions de routiers, qu’aux intérieurs de foyers. Assurément, nous sommes très loin du célèbre calendrier de jadis représentant à l’infinie le célèbre tableau de l’Angélus ou les glaneuses de Millet.

Quitte à faire un calendrier pour faire « passer un message » sur une profession en difficulté, et souvent montrée du doigt à cause des pollutions envers l’environnement qu’elle génère, d’autres choix s’imposaient. Il n’en manquait pas, pour par de belles photos, de belles gravures, de beaux textes (poèmes, cantiques, adages, dictons, et autres citations), valoriser, élever le beau métier d’agriculteur, faire justement passer, non pas un mais des messages : la ferme, la campagne, les animaux, la nature, l’agriculteur et l’agricultrice. Dommage, car pour reprendre Molière dans l’une de ses tirades des Femmes Savantes, où il fait dire à l’un de ses personnages : « Quand sur une personne on prétend se régler – C’est par les beaux côtés qu’il faut lui ressembler – Et ce n’est point la prendre pour modèle, que de tousser et cracher comme elle ! ».

Bon, c’est entendu, pas de quoi fouetter un chat, direz-vous. C’est vrai !

Pourquoi, pour attirer l’attention sur une cause, chercher -comme le dit Molière – « à tousser et cracher » comme tout le monde ?

Et puisque votre calendrier, chers amis agriculteurs, est aussi pour une bonne cause, en l’occurrence pour aider « l’Enfance handicapée », ce qui est très bien et vous honore, vous aviez là une raison supplémentaire de faire dans la poésie et le beau, d’élever, sinon l’âme de vos acheteurs et des enfants, tout au moins leur esprit … et le vôtre. Et puis, dans une époque où justement l’enfance n’est que trop souvent offensée dans son innocence, n’eût-il pas mieux valu faire un choix de calendrier qui respecte cette innocence?

Passés à côté du sujet, vous êtes restés dans le tout-venant. Pour votre calendrier 2021, songez-y !…

À propos du rédacteur Yvon Abgrall

Publiant régulièrement des articles dans la presse bretonne, il propose pour Ar Gedour des articles documentés sur le thème "Feiz & Breizh" (foi et Bretagne), d'un intérêt culturel mais aussi ancrés dans les préoccupations actuelles.

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Un commentaire

  1. Je n’ai pas vu le calendrier en question (honnêtement, au vu de ce que vous dites, ce n’est sans doute pas une grande perte).

    Par contre j’ai vu le film « Au nom de la terre », dense, précis, mesuré dans les effets cinématographiques (pas d’hémoglobine), puissant dans son expression, convaincant, on en sort remué. Bref, du grand art, au service d’une vraie cause.

    Les calendriers sont une chance de faire connaître à des inconnus (des citadins, ou des résidents ruraux ou périurbains, loin de la terre – çà existe!) l’approche de la terre, de ses contraintes et de ses joies (j’espère qu’il y en a pour ces agriculteurs, sinon autant changer de métier tout de suite), et aussi de l’environnement, du point de vue des gens du métier. Dommage de passer à côté de cette précieuse opportunité annuelle.

    Dans agriculture, il y a le mot… culture (à la sémantique plurielle)… En tout cas, il y avait….

    Mon grand-père portait le chapeau breton (par choix),et des sabots au quotidien (conséquence de blessures reçues lors de la première guerre (celle de 14/hini pevarzek). C’était un homme noble, courageux, et admiré (d’après les témoignages entendus). Mieux qu’un agriculteur…UN PAYSAN…

    Daoust ha e vo kavet tud a galite e bed al labour-douar, en dazont? Trouveras-t-on encore des hommes de qualité dans l’agriculture de demain? J’espère / Spi am eus / I hope so!

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