Chapelle à occuper

Amzer-lenn / Temps de lecture : 7 min

En Bretagne, les comités de sauvegarde des chapelles sont nombreux et les efforts, parfois aussi les exploits, en maçonnerie, travail de la pierre, de charpente et de toiture impressionnent. Or ses nombreux chantiers d’entretien ou de réhabilitation des chapelles se font dans un contexte de raréfaction du clergé et par conséquent des affectataires.  Par ailleurs les chapelles sont, pour leur plus grand nombre encore, propriétés communales et souvent aussi toujours sacrées, « grâce à Dieu ».

Alors que les diocèses réorganisent leur maillage territorial, obligés qu’ils sont de regrouper des paroisses. On parlera alors de « pôles pastoraux », d’autres termes peuvent être choisis, pour désigner ces désormais immenses territoires. En effet afin d’éviter des polémiques et pour ne pas exclure une toujours possible affectation curiale dans les anciennes paroisses, les évêques avec leurs conseils, ont fait le choix d’organiser des superstructures qui, à la faveur du temps, prendront, dans la sérénité et par réalisme, l’ascendant sur les réalités paroissiales moribondes.

Cette évolution de l’occupation territoriale en conformité avec le droit canonique provoque de facto la réduction du nombre des offices dans les anciennes églises paroissiales et, par voie de conséquence, la venue plus rare et souvent aléatoire dans les diverses chapelles, « ces milles chapelles aux hauts clochers de dentelles … » comme disait Théodore BOTREL.

La transmission ne se perdure que parce qu’elle apporte une plus-value (Tad Kristof)

« Tous ces efforts pour ça », pourraient être tentés de conclure les plus pessimistes et les négatifs. Ils entrainent ainsi le découragement et la démobilisation avant le regrettable désintérêt qui risque de provoquer le retour de nombreuses chapelles à l’état d’abandon que, justement, les comités de chapelles, souvent à la suite ou l’instigation de Breiz Santel, ont combattu et corrigé. Cette situation serait non seulement regrettable mais serait le déni et la destruction choisie de tant de générosité, de force et d’énergie consenties par ceux qui, quelques années auparavant, entretinrent, sauvèrent ou ressuscitèrent toutes ses chapelles plus ou moins grandes ou réputées, anciennes et sophistiquées.

Certes, le seul fait de sauvegarder les traces de notre histoire est méritoire, cependant reconnaissons que ce seul aspect ne suffit pas ; l’histoire pour être utile doit être vivante sous peine, comme les langues, d’être dénigré avant d’être oublié. La transmission ne se perdure que parce qu’elle apporte une plus-value.

Ainsi peut se comprendre le maintien, et c’est heureux, des pardons, réminiscence de ces pèlerinages locaux pratiqués par les ancêtres. Mais, trop souvent, les pardons tendent à devenir des fêtes de quartier où l’élévation des âmes et l’union des cœurs qui se tournent vers Dieu se perd. Qui chante encore avec conviction le « Da feiz hon tadoù koz » (à la foi de nos vieux pères) ? Le caractère chrétien ne s’exprime plus nettement pour de multiples raisons qu’on ne s’autorise plus d’interroger sous couvert de respect des convictions, « des consciences » dit-on péremptoirement, créant ainsi un sujet tabou où les attentes les plus profondes et cachées des âmes se diluent parce que dissipées par des agitations qui, apéritif, banquet, concours sportifs fest-deiz ou noz, font office de « Jeux et de pain ». (1)

Les vrais pardons, parce que chaque chapelle ainsi que son enclos, son calvaire et sa fontaine, sont le sanctuaire chrétien, doivent programmer une proposition liturgique de libre accès. C’est avec la communauté chrétienne locale que cet aspect doit être réfléchi. Si la messe, faute de prêtre, ne peut y être célébrée, des vêpres solennelles, une procession dévotionnelle, peuvent avoir lieu sans le prêtre pourvu que le recteur l’ait approuvé. Ce dernier devra réfléchir à un rythme calendaire, tous les trois ans par exemple, où il fera effort de présence afin de donner le signe de sa préoccupation pour ces dévotions et donner force aux personnes déléguées lorsqu’il ne peut être présent pour les raisons déjà supposées.

le culte n’est pas exclusivement sacramentel (Tad Kristof)

Nous convenons que, bien qu’essentiel, le pardon ne suffit pas. La tentation de voir s’y célébrer des sacrements en faveur des résidents les plus proches mais ces derniers ont vocation à dire la vitalité de la paroisse dont justement, le centre principal de célébration, l’église-mère, s’éloigne. Le droit canon en effet récuse la célébration des baptêmes ou des mariages dans les chapelles. Cependant d’autres réunions de prières pourraient y être vécues : fiançailles, anniversaires de mariages, obsèques à petite fréquentation (une réflexion avec les sociétés de pompes funèbres pourrait permettre d’envisager pour les chrétiens la dépose des défunts dans les chapelles en vue de faire renaitre les veillées mortuaires), honneurs fait aux saints de la statuaire de la chapelle, … Ces propositions n’obligent pas la présence d’un prêtre, les diacres peuvent agir et des laïcs mandatés parfois aussi.

Il y a bien possibilité à déployer la vie liturgique et donc communautaire en l’absence de prêtres. Restant vrai que c’est toujours le curé qui approuve ces déploiements dévotionnels qui prennent leur source dans le sacrement de l’eucharistie : « source et sommet de l’Eglise »(2).

Il n’est donc pas sain, saint à fortiori, sous prétexte de « respect du caractère sacré, de préférer faire exécrer (désacraliser) les chapelles, bien que, convenons-en, l’amplitude des activités non liturgiques proposées dans les chapelles prennent le pas sur les actes cultuels. Redisons-le, le culte n’est pas exclusivement sacramentel, il est donc important de promouvoir diverses dévotions pour que nos chapelles reprennent vie liturgique (3). Ainsi comme le chantait Théodore BOTREL nos propositions feront qu’à nouveau « … (où) la cloche chante et rit. »

Soyons réalistes, bien des propositions non cultuelles qui viennent occuper nos chapelles sont respectueuses du lieu et peuvent y prendre place pourvu que l’affectataire ait donné son « nihil obstat » (accord). Les autorités diocésaines ont rédigé des guides et édité des circulaires afin d’accueillir les propositions qui seraient faites aux curés et leurs conseils.

Tout ce qui est beau et bon, qui ne promeut en rien la contestation de l’enseignement de l’Eglise, peut rencontrer le Christ, dire le souffle du Saint-Esprit et honorer Notre-Père le créateur de l’Univers. Charge au curé et son conseil d’expliquer l’hospitalité ecclésiale afin que jamais on ne pense que la chapelle soit devenue une salle de concerts, de conférences, de spectacles ou d’expositions.

C’est dans cet état esprit que se déploie, depuis maintenant 5 années de suite, en la chapelle Sant Gweltaz (St Gildas) de Carnoët près de la Vallée des Saints : « Relikaer Breizh » (Reliquaire de Bretagne) qui, sans prévention, entraine tous passants dans une plongée dans une prière perpétuelle ou l’héritage de la prière vivante de l’Eglise (4). Au cours de la saison estivale 2024, furent proposées des actions cultuelles et plus culturelles dans un heureux voisinage.

  • La lecture de l’article sur le site Ar Gedour « Les Pardons en Bretagne : un équilibre entre dévotion et festivités profanes » : https://www.argedour.bzh/les-pardons-en-bretagne-un-equilibre-entre-devotion-et-festivites-profanes/ développe cet aspect.
  • Lumen Gentium 11.
  • Notre approche complète celle défendue avec pertinence, mais de façon plus individualiste, les intuitionS de notre ami Philippe ABJEAN dans les ouvrages : « Apprends-moi les mots qui réveillent un peuple » Ed Ar Gedour ; « Le royaume du silence, redonner vie à nos églises abandonnées » Ed Salvator.
  • Les intuitions de cette démarche sont développées dans un document intitulé « Les trésors de nos traditions pour une pastorale du tout-passant » publiés sur le blog de perechristophe@eklablog.fr

À propos du rédacteur Tad Kristof

Tad Kristof a été ordonné prêtre en juin 2000. Il a exercé notamment en Afrique où il a créé "Tud a Vreizh" à Libreville. Passionné par la Bretagne, il contribuera à la dimension spirituelle d'Ar Gedour en répondant aux questions qui lui seront posées.

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