Saints bretons à découvrir

Dans son nouvel album, Gilles Servat chante à cordes déployées

Je l’attendais avec impatience, ce nouvel album de Gilles Servat, à cordes déployées. Cet album, enregistré au théâtre de Morlaix, qui sort le 4 septembre prochain chez Coop Breizh, et dans lequel il reprend certains de ses titres biens connus en les réinventant, accompagnant sa voix grave d’un trio classique avec Philippe Turbin au piano, Mathilde Chevrel au violoncelle et Floriane Le Pottier au violon.

Il souhaitait surprendre son public, et c’est réussi. Là où est le prolétaire attend-on du Schubert, une musique qui passe pour savante ?

En se plaçant là où on ne l’attendait pas, Gilles Servat s’offre ici un virage poétique, imprégné de liberté, laissant de côté guitares et batteries pour concevoir une oeuvre acoustique posée dont les arrangements (réalisés avec talent par Mathilde Chevrel) servent avec brio la douceur ou la force des émotions, mais aussi dans laquelle les textes prennent un nouvel éclairage, sonnant étonnamment avec l’actualité, comme le titre  bien connu Les prolétaires.

Depuis longtemps, son répertoire, ancré dans la tradition populaire, est déjà poésie et de sa voix, Servat la magnifie. Mais, après 50 ans de scène, il offre au public un opus mûr, que l’on ne pourrait que conseiller, d’autant qu’il inclut trois pépites inédites, au milieu de ses titres revisités aux notes d’une nouvelle jeunesse. Même s’il manque un peu de breton, on ne pourrait que le conseiller, dans la poésie nostalgique de titres comme La liberté est émouvante, Le Pays, La maison d’Irlande ou encore Il est des êtres beaux. On ne pourrait qu’inviter à l’écouter, cet album aux accents intemporels qui vous emporte comme un Cheval aux yeux de prune dans la beauté du soir. Mais…

Gilles Servat a de tout temps été chanteur engagé et certaines de ses chansons le disent avec force. Evidemment, parfois ça gratte…  Ainsi dans ce disque, tout en évoquant un véritable sujet de société, La Paroisse de Prêchi-prêcha apparaît comme un ver dans le fruit, des vers à bon compte qui parlent sans détour de viol, mais qui semblent plutôt posés ici pour se payer l’Eglise. Lui qui chante parfois dans des chapelles ou églises, on l’imagine déjà expliquer au recteur du lieu qu’il interprétera ce titre …

Add du 7/09/2020 : un éclaircissement de la part de Gilles Servat sur cette question a été fait dans une interview réalisée le 4 septembre par RCF Bretagne Sud.


Alors oui, s’il n’y avait ce bémol, c’est un bel album. Vraiment beau. Abouti. Un album à écouter lors de nos soirs de solitude, pour nous laisser entraîner sur l’infini des Monts d’Arrée ou dans l’ombre d’un chemin qui zigzague. Doucement et avec romantisme, il nous emporte dans son coeur, Servat… mais jusqu’à quel point ?

 

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À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est Directeur de Publication d'Ar Gedour.

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Un commentaire

  1. E ganaouenn “Chanson pour le baptême de Virginie.”………………..

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