Entre mémoire et présence : le vrai sens de l’Avent

Amzer-lenn / Temps de lecture : 4 min

Chaque année, lorsque s’ouvre le temps de l’Avent, il n’est pas rare d’entendre dire que « Jésus va naître dans quelques jours ». C’est une évidence, mais cela vaut la peine d’être rappelé : cette manière de parler appartient sans aucun doute au langage populaire, mais elle ne correspond évidemment pas exactement à ce qu’enseignent les textes fondateurs du christianisme. Selon l’Évangile selon Luc, Jésus est né à Bethléem sous le règne de l’empereur Auguste, lors d’un recensement organisé par le gouverneur Quirinius (Luc 2,1-7). Il s’agit d’un événement historique situé dans le passé, un événement que la tradition chrétienne ne considère pas comme reproductible. Le Catéchisme de l’Église catholique le confirme : « La liturgie de Noël fait mémoire de la naissance du Sauveur » (CEC §525). Ainsi, dire que Jésus « va naître » ne signifie pas que l’événement se répète, mais que la communauté se prépare à célébrer la mémoire d’une naissance accomplie une fois pour toutes.

De la même manière, lorsque les chrétiens proclament au matin de Pâques : « Christ est ressuscité », ils n’affirment pas que la résurrection vient d’avoir lieu. Les Évangiles la présentent comme un fait accompli : « Il n’est pas ici, il est ressuscité » (Luc 24,6, même édition). Dans la tradition apostolique, Paul insiste sur ce caractère décisif et unique : « Christ est ressuscité d’entre les morts » (1 Corinthiens 15,20). Le Catéchisme précise également que la Résurrection est « un événement historique attesté par les disciples » mais qu’elle « dépasse l’histoire » parce qu’elle introduit le Christ « dans la gloire de Dieu » (CEC §639 et §647, édition 1992). Là encore, la liturgie ne rejoue pas la scène ; elle en célèbre la réalité déjà accomplie.

Si le langage liturgique semble parfois parler comme si les événements allaient se produire, c’est parce que la tradition chrétienne utilise la notion de « mémorial », héritée de la Bible. Le Catéchisme explique que le mémorial n’est pas une simple commémoration intellectuelle : il désigne l’acte par lequel ce que Dieu a accompli dans l’histoire est rendu sacramentellement présent dans la célébration. « Dans la liturgie, l’événement du Salut devient présent », dit-il (CEC §1104). Cette manière de faire mémoire ne transforme pas le passé en présent historique, mais elle relie la communauté croyante à un acte de Dieu déjà réalisé, dont les fruits demeurent actuels.

Dans cette perspective, le temps de l’Avent ne consiste pas à attendre une nouvelle naissance de Jésus, mais à se laisser instruire par la mémoire de sa première venue, tout en accueillant sa présence actuelle et en se tournant vers sa venue future dans la gloire. Le Catéchisme résume cette triple dynamique en affirmant que l’Avent « fait mémoire de la première venue du Fils de Dieu » et « renouvelle l’attente de son retour dans la gloire » (CEC §524). La présence actuelle du Christ, selon la foi catholique, s’exprime particulièrement dans l’Eucharistie, où il se rend présent par ses propres paroles : « Ceci est mon corps […] ceci est mon sang » (Matthieu 26,26-28 ; Marc 14,22-24 ; Luc 22,19-20). Le Catéchisme explique : « Le Christ est présent […] de manière unique dans le sacrement de l’Eucharistie » (CEC §1374). Paul résume cette tension entre mémoire et attente en écrivant : « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Corinthiens 11,26).

Ainsi, Noël n’annonce pas une nouvelle naissance, et Pâques n’annonce pas une nouvelle résurrection. Ces événements ont eu lieu une fois pour toutes. Ce que la liturgie propose, ce n’est pas de revivre l’histoire comme si elle se répétait, mais de se tenir dans la mémoire vivante de ces actes fondateurs. Noël rappelle la venue historique du Christ, l’Eucharistie manifeste sa venue présente, et l’attente eschatologique tourne le regard vers sa venue dans la gloire. Cette articulation, attestée par les Écritures et par les textes officiels de l’Église, permet de comprendre pourquoi les formules populaires de l’Avent et de Pâques ne décrivent pas des événements en train de se produire, mais la célébration d’une histoire déjà accomplie et toujours agissante.

À propos du rédacteur Eflamm Caouissin

Marié et père de 5 enfants, Eflamm Caouissin est impliqué dans la vie du diocèse de Vannes au niveau de la Pastorale du breton. Tout en approfondissant son bagage théologique par plusieurs années d’études, il s’est mis au service de l’Eglise en devenant aumônier. Il est le fondateur du site et de l'association Ar Gedour et assure la fonction bénévole de directeur de publication. Il anime aussi le site Kan Iliz (promotion du cantique breton). Après avoir co-écrit dans le roman Havana Café, il a publié en 2022 son premier roman "CANNTAIREACHD". En 2024, il a également publié avec René Le Honzec la BD "L'histoire du Pèlerinage Militaire International".

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