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Franck Keller, pasteur à Carhaix : “Chaque peuple a son génie, son patrimoine propre, et il est important de savoir préserver les racines qui font partie de l’ADN des peuples”

Le Centre Missionnaire Protestant de Carhaix fêtait en 2017 ses 50 ans d’existence. Accueillant plus de 200 fidèles, le centre héberge l’une des communautés protestantes les plus importantes de Bretagne.

Comme vous le savez, notamment via nos articles sur le sujet, les protestants ont aussi travaillé sur la question bretonne depuis bien longtemps, et des liens existaient entre les catholiques et les protestants sur la dimension culturelle et spirituelle de Bretagne. C’est toujours le cas sur certains sujets et projets, comme il y a quelques temps pour le doublage en breton du film “Jésus”, via un organisme américain. Pour en savoir plus sur ce centre missionnaire mais aussi sur la question bretonne, nous avons souhaité rencontrer Franck Keller, pasteur adjoint à Carhaix :

Franck Keller
Franck Keller, pasteur

AR GEDOUR : Franck Keller, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? 

Franck Keller : J’ai 60 ans, et suis pasteur-adjoint au centre missionnaire de Carhaix que j’ai rejoint depuis plus de 40 ans. Je suis issu d’une famille de missionnaires, mon père est né au Gabon à l’hôpital du Dr Schweitzer. D’origine Suisse, ma famille venue en France en 1830, est protestante depuis que le canton de Zurich est passé à la Réforme en 1523. Je suis marié, mon épouse bretonne est retraitée de l’enseignement, et nous avons trois garçons mariés, chrétiens engagés, et 7 petits-enfants. J’ai été aumônier militaire bénévole au 41e RI de Châteaulin (1994) puis à l’école de gendarmerie qui lui a succédé (1999). J’assure en Centre-Bretagne la présentation d’une exposition sur l’histoire de la Bible (dans un mobil-home), participe à la diffusion de la Bible (distribution d’évangiles), encadre des activités scoutes, m’intéresse beaucoup à l’histoire et la généalogie.

 

Le centre missionnaire de Carhaix fête ses 50 ans. Que pouvez-vous nous dire sur ce centre et sur cet anniversaire ? Pourquoi un centre missionnaire en plein Kreiz Breizh ?

Le Centre Missionnaire Evangélique de Bretagne est situé sur la commune de Plounévézel près de Carhaix. C’est une œuvre protestante un peu semblable à une station missionnaire, qui est à la fois

  • lieu d’église (les offices dominicaux regroupent environ 220 personnes),
  • de vie communautaire (80 adultes y sont engagés, mariés ou célibataires),
  • de formation (pastorale, missionnaire, diaconale…),
  • de retraite spirituelle (particulièrement à Pâques et début août),
  • d’évangélisation (distribution systématique d’évangiles, un stand et une exposition biblique sillonnent le Centre Bretagne),
  • d’édition avec deux revues trimestrielles : Femme Chrétienne (depuis 1968), et Documents Expériences (depuis 1970) et un mensuel gratuit, Regard d’Espérance, très apprécié et diffusé en Centre Bretagne et bien au-delà.
  • d’entraide, ouvert 24h/24 en cas de besoin, siège d’une Association Familiale (membre du l’UDAF), d’un groupe scoute, d’une association de diaconie…..

 Il faut remonter au début des années 60 pour connaître l’origine du Centre Missionnaire : le Pasteur Yvon Charles, fondateur et responsable de cette œuvre depuis le commencement, habitait Carhaix et était journaliste professionnel. Sa famille, originaire de Morlaix,  était liée à l’église baptiste de cette ville, fondée par le pasteur Gallois John Jenkins en 1834.

Ayant expérimenté une véritable conversion, il décida de se consacrer entièrement au service de Dieu. Trois lignes forces allaient le guider dans cette nouvelle étape :

– Annoncer l’Evangile en partageant le travail des hommes,

– Constituer une équipe d’hommes et de femmes, réellement engagés au service de Dieu, qui vivraient cet absolu comme une vocation,

– Bâtir un lieu ouvert à tous, où pourraient être notamment accueillis ceux qui le désireraient, et où seraient vécues les paroles de Jésus : «J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger…» (Evangile de Matthieu ch. 25, v. 35 et 36).

Cette «vision» s’est peu à peu concrétisée. Passant parfois, au cours de ses reportages près des ruines de la vieille mission évangélique du Guilly (hameau de Poullaouen), il ressentait une profonde tristesse. Autrefois si prospères, l’école et la mission du Guilly avaient été fermées entre les deux guerres. Souvent le pasteur Yvon Charles repensait à ces paroles de la Bible : «Ils rebâtiront sur d’anciennes ruines». Le rachat de ces ruines ne fut pas possible. Les quelques protestant présents à Carhaix à cette époque se réunissaient dans un modeste local. Ils vécurent de multiples expériences, apprenant combien Dieu est proche et peut intervenir dans la vie de ceux qui l’écoutent et le suivent. Puis en 1966, un terrain fut acquis près de Carhaix, et dès les premiers mois de 1967 les fondations furent posées, les premiers bâtiments furent achevés pour l’été.  Depuis lors, l’œuvre n’a cessé de grandir.

 

Quels sont les événements marquant de l’histoire du centre ?

Ils sont nombreux, et de divers ordres ! Dès avant la construction des bâtiments du centre Missionnaire, le pasteur Yvon Charles dans son désir de vivre l’Église Universelle et de rencontrer des frères en la foi au-delà des barrières des dénominations, a entrepris des voyages qui le menèrent aussi bien auprès de responsables de divers courants protestants, au Pays-de-Galles ou en Norvège, qu’au siège du Conseil Œcuménique des Eglises à Genève, où à la communauté de Taizé. Puis il y eut au Centre Missionnaire des rencontres pastorales inter dénominationelles, dès la fin des années 60. Parmi les événements marquants, notons l’enquête réalisée par les pasteurs Yvon Charles et Clément Le Cossec, fondateur d’une remarquable œuvre de témoignage évangélique auprès des gens du voyage (la Mission « Vie et Lumière »), au Canada et aux USA pour y rencontrer des représentants du mouvement charismatique en milieu catholique. Le pasteur Y. Charles invita au Centre Missionnaire de Carhaix le RP Jean Paul Regimbal (moine trappiste du Canada). Celui-ci fut ensuite introduit dans divers milieux catholiques français (monastères de Timadeuc, du Bec Hellouin…). Il faut aussi noter la participation à de  nombreuses rencontres œcuméniques, tant en Bretagne (le cardinal Gouillon, archevêque de Rennes participant à l’une d’elles au Centre Missionnaire), qu’au niveau national (le pasteur Yvon Charles fut l’un des tous premiers évangéliques à participer dès leur création en 1974, aux rencontres œcuméniques triennales de Chantilly). A Carhaix même ce fut également la création des revues dont il a déjà été question, d’une troupe scoute, qui atteignit jusqu’à 270 licenciés, la distribution systématique d’évangiles dans tout le centre Bretagne (plusieurs centaines de milliers d’exemplaires ont ainsi été diffusés), la création d’une ferme dont l’exploitation est totalement bénévole et non commerciale, qui permet également d’accueillir gratuitement des jeunes en formation, des pasteurs d’Afrique en stage complémentaire, ou des personnes dans le besoin.

 Les camps de jeunes et les retraites spirituelles ont toujours été des  moments forts de la vie du Centre Missionnaire. Il y eut aussi les grandes enquêtes réalisées, dès 1965  dans le cadre des revues  «Documents vie et Lumière », puis à partir de 1971 des « Documents expériences », en Israël (rencontre avec Ben Gourion, Ygaël Yadin, André Chouraqui…), aux USA, en Scandinavie… Les sujets étudiés sont très divers ; Foi et Science, actualité de la Bible, Bible et archéologie, évolution de la société, des églises, présentation d’œuvres évangéliques dans le monde…  Il y eut de nombreuses rencontres avec divers responsables religieux ;  au monastère Sainte Catherine dans le Sinaï, avec divers représentants de communautés Amish aux USA, d’églises orientales à Jérusalem, au Vatican, au Mont Athos… Le Centre Missionnaire à participé à la mise en place de la première structure régionale de la Fédération Protestante de France, en Bretagne, aux réunions préparatoires puis à l’assemblée constitutive du Conseil National des Evangéliques de France. Il structura ses relations internationales en  créant « l’Association Internationale du Centre Missionnaire » ( l’AICM)… Bien sûr, tout ne fut pas facile, il y a eu sur le chemin de nombreuses épreuves ; la naissance et le développement d’une œuvre si atypique dans le paysage protestant français n’a pas manqué de susciter quelques oppositions, jalousies, calomnies… mais n’est-ce pas aussi un aspect  du chemin qu’avait annoncé le Christ pour ses disciples ?  Que de rencontres et d’expériences enrichissantes il y aurait encore à évoquer. Il faudrait plusieurs livres pour conter les évènements liés à la marche du Centre Missionnaire durant ces 50 premières années d’existence !

 

Chaque peuple à son génie, son patrimoine propre, et il est important de savoir préserver les racines qui font partie de l’ADN des peuples. En imposant des vues et des conceptions de l’extérieur, sans considération des valeurs locales et régionales, on s’expose à produire des organismes humains « génétiquement modifiés » ! (F. Keller 12/01/2018)

 

Vous publiez chaque mois un petit journal “Regard d’espérance” très enraciné, dans lequel nous retrouvons notamment l’histoire locale de la Bretagne. Vous-mêmes, vous êtes attaché à la culture bretonne. Qu’est-ce  que la Bretagne représente pour vous ? 

Le pasteur Yvon Charles a eu la pensée de créer ce journal mensuel, gratuit, en 1985, alors qu’il avait envisagé la mise en place d’une radio locale. Mais les paroles s’envolent, les écrits restent. Cette modeste publication permet comme le dit un sous-titre de « s’informer et …réfléchir », mais aussi de découvrir à travers différentes rubriques, la richesse et la diversité des expériences humaines, des trésors de la culture bretonne, d’évoquer l’économie et l’histoire de notre région. Les circonstances de la création de ce mensuel gratuit  et le très large accueil qui lui est réservé dans la région auprès d’un lectorat très divers, restent source d’étonnement. Beaucoup nous font savoir qu’ils gardent la collection du journal Regard d’Espérance, actuellement tiré à 9 100 exemplaires. Il est classé dans des bibliothèques et dépôts d’archives aussi bien à Rennes (A.D.35) qu’à Brest (CRBC).

Personnellement, depuis 40 ans que je suis breton, j’ai largement eu le temps de découvrir les spécificités de la région, d’apprécier l’ouverture et le caractère énergique et volontaire de ses habitants, de m’intéresser  à sa culture et à son histoire. Je ne suis pas d’origine bretonne, mais suis devenu breton par choix, adoption, alliance… La Bretagne pour moi est une région où il fait bon vivre. Il y a une qualité de vie que l’on ne retrouve pas forcement ailleurs. L’histoire et la richesse culturelle de la Bretagne témoignent d’une indéniable ouverte sur le monde. Je me souviens que me promenant à Dakar au milieu des années 1970, j’ai été interpellé par l’existence d’un club breton ! Mais les relations internationales étaient déjà impressionnantes pour la région au XVe ou XVIe siècle, tant sur le plan économique que culturel comme l’a si bien démontré le frère Guy Leclerc de Chateaulin en étudiant les influences flamandes dans les représentations artistiques des églises bretonnes. Mais le vent du large n’est-il pas un élément constitutif de la Bretagne ? Il suffit de se souvenir de l’apport des « Bretons » d’Outre-Manche dans la christianisation de l’Armorique aux Ve et VIe siècles. Ce lien inter celtique entre « grande » et « petite » Bretagne a joué un grand rôle dans la ré-implantation du protestantisme dans notre région au début du XIXe siècle, grâce à l’entremise des Gallois. Ces racines christiano-celtiques, sont bien un élément constitutif de la Bretagne.

On en arrive à la question de l’identité bretonne. Chaque peuple à son génie, son patrimoine propre, et il est important de savoir préserver les racines qui font partie de l’ADN des peuples. En imposant des vues et des conceptions de l’extérieur, sans considération des valeurs locales et régionales, on s’expose à produire des organismes humains « génétiquement modifiés » ! Il est important que chacun puisse vivre en harmonie avec son environnement, et cherche à le comprendre, à en découvrir les richesses, a les préserver. Une des richesses les plus appréciées de la Bretagne est aussi son exceptionnel environnement naturel, si divers (en Ar Goat comme en Ar Mor), et bien préservé en comparaison d’autres régions. Les sites naturels bretons sont une richesse aussi inestimable que fragile. Elle nécessite, pour la sauvegarder intacte, une vigilance constante de la part des élus, mais aussi des citoyens qui seront responsables envers les générations à venir de ce qui ne leur est que confié.

 

Les protestants ont beaucoup travaillé sur les traductions de la Bible en breton et à sa diffusion. Je pense notamment à G. Le Coat. Par ailleurs, de nombreux cantiques bretons existent aussi dans le répertoire protestant. Que pouvez-vous nous dire sur la relation des protestants avec la culture bretonne ? 

Comme déjà évoqué, c’est par le lien interceltique que l’aventure de la traduction de la Bible en breton a commencé. En 1810 le pasteur anglican Gallois Thomas Price, (« Carnihanwc » de son nom de barde), découvre que les prisonniers bretons détenus sur des pontons anglais ignorent tout de la Bible. Ce constat fit grand bruit au Pays-de-Galles, et aboutit à une prise de conscience du besoin des celtes d’Armorique, ces « Gallois de France », en textes bibliques dans leur langue. Le pasteur méthodiste David Jones, lors d’un voyage en France rencontra à Angoulême le Grammairien breton catholique J. F. Le GONIDEC 1775-1838  qui reçut en 1824 de la Société Biblique Britannique et Étrangère (fondée en 1804) une commande pour 1000 exemplaires du Nouveau testament en Breton. Celui-ci paraîtra effectivement en 1827.

La commande sera renouvelée pour la traduction de l’ensemble de la Bible qui sera achevée en 1835, mais ne sera publiée qu’en 1866, bien après la mort de Le Gonidec. Un missionnaire baptiste gallois, John JENKINS 1807-1872, arriva à Morlaix en 1834 pour répandre ce Nouveau Testament « Le Gonidec ». Il diffusa avec celui-ci, un abécédaire qu’il avait conçu et imprimé dès 1835, œuvrant ainsi à l’amélioration du taux d’alphabétisation des campagnes. Il organisa même plus tard des classes itinérantes en breton. Mais il réalisait que la version de Le Gonidec était difficile à comprendre pour les breton du Léon ou du Trégor. Il décida donc de faire une nouvelle traduction, avec l’aide du conteur fabuliste de Trémel Guillaume RICOU 1778-1848. Cette nouvelle version du  Nouveau Testament en breton fut publiée en 1847 à 3 000 exemplaires (elle connaîtra 5 autres éditions de plusieurs milliers d’exemplaires chacune). John Jenkins donnera une orientation résolument bretonnante à l’église qu’il fonda à Morlaix, et son fils Alfred (1846-1924) gardera cette orientation dans les annexes qu’il sera amené à créer (le Diben, Lanneanou, Le Guilly en Poullaouen…).

Le pasteur de Morlaix restait lié, pour ses travaux en breton, aux celtisants de tous bords, tant au Pays de Galles qu’en Bretagne. C’est ainsi que John Jenkins participa aux côtés de MM.  Geslin de Bourgogne,  La Villemarqué, La Borderie, du Cleuziou ,  Martin de Fréminville, S. Ropartz, Fr. M. Luzel … à l’organisation du premier congrès celtique international tenu à Saint-Brieuc en 1867. Il intervint dès le premier jour pour retracer l’historique de l’Eisteddfod gallois (fête culturelle traditionnelle), tout en montrant son intérêt actuel. Il fit ensuite une seconde communication portant sur ses propres travaux, relatifs à la parenté des diverses langues celtiques. Le pasteur Jenkins ne cessera de produire des textes évangéliques en breton. L’année même de sa mort en 1872, il travaillait encore à la composition et publication de cantiques en breton, comme nous l’apprend une lettre qu’il écrivait le 23 janvier de cette année-là à Henri Gadoz, le directeur de la Revue Celtique. Yves Le Berre, auteur d’ouvrage sur la langue bretonne, dit de John Jenkins qu’il « a joué un rôle important dans le développement de la connaissance de la lecture du breton dans les classes paysannes ». Son fils Alfred Jenkins fut à l’origine en 1887 d’une importante révision du Nouveau testament en breton (avec l’aide de bretonnants comme F. M. Luzel).

bible protestante
production protestante, Bible, Nouveau testament et cantiques

 Parmi ses disciples qui ont marqué leur époque, il y eut Guillaume LECOAT (1845-1914), petit-fils de G. Ricou le fabuliste. Instituteur formé à l’école normale protestante de Courbevoie, Lecoat deviendra évangéliste, pasteur, traducteur de la Bible en breton (il eut même l’opportunité, le 6 décembre 1889,  d’en offrir un exemplaire au président Carnot à l’Elysée). Il fut le fondateur de la « Mission Evangélique Bretonne » de Trémel (1885-1941), qui enverra des colporteurs bibliques sur tous les marchés et foires de Bretagne. Il publia énormément de littérature en breton (chansons sur feuilles volantes, cantiques, traités, almanachs…) que ses colporteurs diffusèrent sur les places, marchés, foires et pardons. Il sera secondé par un beau-frère, le colporteur François Marie Le Quéré (1842-1922), puis par l’un de ses neveux, le pasteur George Somerville (1868-1945), tous deux également prédicateurs bretonnants

Les méthodistes Gallois s’étaient eux aussi penchés sur la question de la diffusion de l’évangile en Bretagne (Assemblée de Pwllheli d’octobre 1837). Ils décidèrent en 1842 d’envoyer un missionnaire de cette confession le pasteur James WILLIAMS -1812-1893, qui s’installera à Quimper, et sera lui aussi un bretonnant émérite. Il composa un recueil de 24 cantiques en breton « Canticou Santel », une traduction des psaumes parue en 1873, et en 1860, un ouvrage sur « La Basse-Bretagne et la Pays-de-Galles » (reprenant pour les corriger les caricatures sur le Pays-de-galles que La Villemarqué avait publié dans son « Barzaz-Breiz »). Mais c’est son successeur  William-Jenkins JONES 1852-1925, qui fit une œuvre particulièrement marquante sur le plan de la culture bretonne. Le pasteur Jones avait publié en 1895 un premier recueil de 77 cantiques en breton, « Telen ar christen » (la harpe du chrétien). Une douzaine étaient des reprises de l’œuvre de son prédécesseur le pasteur J. Williams, il en avait  composé lui même certains, d’autres enfin étaient des traductions de cantiques gallois, comme cette  libre adaptation de l’hymne national gallois, le Hen Wlad Fy Nhadau (« vieille terre de mes pères »), composé en 1856 par Evan James, et qui est devenu, après être passé entre les mains du barde carhaisien  Taldir Jaffrenou, le « Bro Gozh ma Zadou» (« Le vieux pays de mes ancêtres », aussi appelé depuis 1904  « chant national breton ». Voir à ce sujet les articles de Daniel Quillivic dans le Télégramme des 1er avril et 10 novembre 2010). Le pasteur Jones a également effectué une traduction du livre de la Genèse avec le celtisant Anatole le Braz, ainsi qu’une traduction du Nouveau testament en collaboration avec le pasteur J. Gerlan Williams (un de ses collaborateurs venu du Pays-de-Galles). Il était également en relation avec François Vallée, l’éminent celtisant de Saint Brieuc, à qui il envoyait ses cantiques (et qui eut comme élève… Taldir Jaffrenou !). Il publia un second volume de cantiques bretons en 1910. Membre de la Société Archéologique du Finistère, il se fit remarquer par ses études sur l’étymologie des noms propres bretons.

 

La langue bretonne a déserté nos églises paroissiales catholiques. En est-il de même chez les protestants ? Un travail de sauvegarde de vos cantiques en breton est-il effectué ? Existe-t-il un réseau protestant bretonnant ? 

Dès le XVIe siècle, on trouve une église protestante qui fut doté d’un pasteur bretonnant, celle de Morlaix. Pourquoi ? Parce qu’il semblait important alors, pour toucher le peuple qui ne comprenait pas le français, que l’évangile soit prêché en breton, dans la langue parlée par la majorité de la population. C’est encore de Morlaix que vint le renouveau bretonnant protestant avec Jenkins et ses disciples qui traduisirent et révisèrent la Bible en Breton. Mais au cours de ces dernières décennies, le français est devenu compréhensible par tous. La prédication en breton devenait alors un obstacle pour des auditeurs pouvant venir d’autres régions. Donc le français s’est généralisé dans l’annonce de l’évangile et la place du breton s’est réduite jusqu’à quasiment disparaître aujourd’hui dans nos églises protestantes. Le but dans l’église étant de partager l’évangile, non de faire une démonstration de la spécificité et de la richesse d’une culture. Mais les témoignages du passé, le travail de nos devanciers, le témoignage de leur la foi mise en œuvre ne doit pas être oublié. C’est d’ailleurs pour cela qu’a été créé au centre missionnaire une « Association des amis du protestantisme en Bretagne centrale ».

Beaucoup de travail, et de sauvegarde a déjà été fait, mais en ce qui concerne le point précis des cantiques en breton, je ne sais pas si une sauvegarde systématique à été entreprise. Il peut y avoir eu des démarches individuelles dans ce sens, mais rien à ma connaissance n’a été rendu public.

Pour ce qui concerne les réseaux protestants bretonnants, ils ont déjà une longue et riche histoire, mais qui semble bien maigre aujourd’hui. Nous avons évoqué la richesse de l’œuvre protestante en faveur du breton au XIXe siècle. Le XXe siècle a également vu des personnalités protestantes s’engager résolument pour la défense de la langue bretonne. Evoquons la figure de Marcel GUIYESSE 1881-1967, de Lanester, ancien sous-préfet, fils de ministre  qui, s’il a fait de bien mauvais choix pendant la guerre, n’en fut pas moins un élément moteur du mouvement breton  des années 1920-1930. Il fut un farouche partisan de l’enseignement des langues régionales, et fonda en 1925 à Paris, pour les bretons protestants de la capitale, l’Amitié Bretonne, « Kengarantez Vreiz » de « la Cause » (œuvre protestante d’enseignement, d’entraide, d’édition, d’évangélisation… fondée par le pasteur Durlemann), et publia cette même année deux ouvrages, « Bretons et protestants » et « La Langue bretonne » (consultables sur le net www.bibliothequeidbe-bzh.org).  Membre du Parti Autonomiste Breton dès sa création en 1927, puis du Parti National Breton (1932) dont il préside la section parisienne, il publie a nouveau un ouvrage sur la langue bretonne en 1935 « La langue Bretonne, ce qu’elle fut, ce qu’elle est, ce qui se fait pour elle et contre elle » (273 pages). Devenant aveugle, il fut soutenu dans ses engagements bretonnants par sa fille Denise, qui n’hésita pas à vendre dans les rues de Paris le périodique « Breiz Atao », avec d’autres jeunes bretonnes comme Jorda Renault (future Mme Ronan Caerleon) et Germaine Danielou (qui épousera Ange Péresse). En juillet 1940 il compta au nombre des fondateurs à Pontivy du Comité National Breton

Dans le sillage de Morlaix et des engagements des pasteurs Jenkins, on peut relever l’action d’Abel OMNES 1904-1991. Il était issu de la première « dynastie » pastorale bretonne, étant fils d’Yves Omnes, pasteur de l’église baptiste de Plougrescan (1918-1952), lui-même fils de Guillaume, colporteur biblique (1837-1911), et petit-fils d’Yves, dit le « vieil Omnes » (1808-1893), « Premier convertis de Jenkins à Morlaix », et colporteur assistant du pasteur Jenkins. Le père d’Abel Omnes, Yves, le pasteur, évangélisait en breton, comme la plupart des évangélistes liés à l’église de Morlaix ou à la mission de Trémel. Ainsi  un bulletin de la “Trinitarian Bible Society” de 1905 parle de la distribution massive d’Evangiles, accompagnée de chant de cantiques protestants en breton par les évangélistes Le Quéré et Omnès au pardon de Guingamp. En 1924, s’étaient réunis à Morlaix les délégués de la toute jeune Fédération Protestante de l’Ouest. L’assemblée de Morlaix approuva la création par Marcel Guieysse et Abel Omnes d’un groupe d’évangélisation bretonnant à Paris, lié à la cause. Les colporteurs Guillaume Omnes (oncle d’Abel) et Jean-Louis David prennent alors contact avec Marcel Guieysse, qui tente de relancer un almanach chrétien breton à la manière de ceux publiés par Guillaume Le Coat. Mais les prises de positions autonomistes de Guieysse vont lui fermer les portes du protestantisme breton. Abel Omnes, était instituteur, et fut un pionnier de l’enseignement du breton à l’école. En octobre 1938, lui et son épouse également institutrice, avaient été le premier à introduire dans leur école des cours de breton dans le cadre des loisirs dirigés.

Infatigables colporteurs bibliques, a Trémel, Yves Omnes, Alfred Somerville et guillaume Le Quéré
Infatigables colporteurs bibliques, à Trémel, Yves Omnes, Alfred Somerville et guillaume Le Quéré

 

Après-guerre, il ouvre à Plougrescan une pension de famille « Breizh nevez », et y accueille des militants bretons désargentés ou des hôtes étrangers désireux de connaitre la situation du mouvement bretonnant. Il rédige de nombreux articles pour Al Liamm, et pour le journal protestant L’évangile en Bretagne dans lequel il présente  l’histoire de l’église celtique, de la traduction bretonne de la Bible, organise des concours de traduction, ou d’histoire régionale. Eloigné de tout esprit sectaire, il signale les traductions des évangiles du père Médar (capucin) et de  Maodez Glanndour.  Mais la réciproque est vrai, puisqu’il annonce aussi en mars 1957 qu’une revue catholique publie le « décès d’un pasteur gallois grand  ami de la Bretagne ». Voici comment il présente l’information aux lecteurs du journal  Protestants de l’Ouest :

« La si intéressante revue catholique en langue bretonne Barr Heol dirigée par l’Abbé Leclerc, de Buhulien (C. du N.), nous apprend la mort du pasteur Dyffnalt Orven d’Aberyotwith (Pays de galles), Archidruide, orateur, barde et écrivain de talent, grand ami de la Bretagne. Il avait entretenu des relations particulièrement amicales avec l’Abbé Perrot, assassiné dans les circonstances tragiques que l’on sait. Certes le pasteur Dyffnalt Orven n’était pas d’accord, comme le fait remarquer Barr Heol, sur certaines pratiques de l’église romaine, et il le faisait parfois sentir, mais comme l’Abbé Perrot, au-delà de nos divergences humaines, il savait mettre en pratique une vertu essentielle souvent oubliée : la charité ».

Abel Omnes adhéra en avril 1958 au « Mouvement pour l’Organisation de la Bretagne » (MOB, carte n° 2620) et anima l’association  « Skingomz ha skinwell » qu’il avait fondé et dont le but était le développement du breton dans les médias (comprenant début des années 1970 l’association des auditeurs et spectateurs bretons de l’ORTF). Il assura aussi la correction des devoirs pour l’association Skol Ober. Il continua à s’occuper de la cause bretonne alors qu’il s’était retiré à Saint Brieuc. Il avait vendu la pension de Plougrescant à Bernard Besret, l’ancien prieur de l’Abbaye de Boquen.  « Abel Omnes, le modeste, le patient, le dévoué de toutes les causes bretonnes, a bien mérité de la Patrie » conclut Yann Fouéré dans un article en son hommage (« Gwenn ha du » n°87 décembre 1992, disponible sur le net).

Alfred Jenkins fut un fervent partisan de la prédication de l’évangile en Breton. Son assistant le pasteur Hervé ROPARS, de Poullaouen le fut aussi. Ce dernier assurait également des cours de breton pour adultes, afin que ceux-ci perdent l’habitude d’introduire des mots « français » dans leurs conversations en breton. Alors même qu’il était expatrié au Canada, il continua à assurer jusqu’à l’aube des années 1970 une rubrique « le coin des bretonnants » (Korn ar brezhoneg) dans le journal régional des églises protestantes de Bretagne. La famille Ropars a toujours été attaché à la culture bretonne. Au mariage protestant de sa cousine Marie-louise Ropars, avec l’universitaire et résistant Charles foulon, en 1941, lors du repas de noce au Guilly (hameau de Poullaouen qui avait abrité un poste missionnaire et une école protestante) on a dansé la gavotte au son du Kan ha diskan. Loeiz Ropars (qui fut à l’origine de la renaissance des festoù-noz à Poullaouen), et sa sœur Eugénie, neveu et nièce catholiques du pasteur Hervé Ropars, ont été très marqués par la fréquentation et l’engagement bretonnant de leur oncle aux dires d’Eugénie elle-même.

La gavotte du mariage protestant (famille Ropars) au Guilly (Poullaouen) en 1941.

 

Les prédications en breton furent aussi poursuivies tant à Morlaix  qu’au Diben, La Feuillée (Kerelcun), Poullaouen (Le Guilly), Lanneanou (qui eut un maire, Jules Collobert également évangéliste bretonnant), ou Plougonven (Kergorre), par le successeur d’Alfred Jenkins, Alfred Somerville (1899-1975 de Trémel, parent de Madame G. le Coat), jusqu’au départ de celui-ci pour Paris en 1955. Son cousin, le colporteur Guillaume le Quéré (1872-1963, reconnu « juste des nations » par le mémorial Yad-Vashem en 2016) continua d’évangéliser en breton dans la région de Trémel jusqu’à sa mort. En Bretagne même, les protestants semblent ne plus être engagés aujourd’hui dans le mouvement breton. L’exode rural, et la non transmission de la langue des « pères », comme la mobilité croissante dans la société française, expliquent que les auditoires ne sont plus aussi homogènes qu’autrefois, ainsi la nécessité des  prédications en breton ne s’impose plus, et de plus elles ne seraient plus comprise par la majorité des auditeurs. Pour autant, l’intérêt pour la culture et la langue bretonne reste pourtant vivace, les articles et interview du journal Regard d’Espérance en témoignent. En Centre Bretagne, à Chateauneuf-du-Faou, le docteur Yves Marcel (1926-2013), qui était aussi prédicateur laïc à l’église réformée de Quimper, était connu comme bretonnant et celtisant (son épouse était irlandaise), il était régulièrement sollicité dans les émissions en breton des  radios locales.

 Hors de Bretagne (Le Gonidec n’habitait-il pas Angoulême ?), il faut noter la création à Angers en 1992,  d’une Société biblique d’Anjou et de Bretagne. Son créateur est un protestant évangélique, Luc Bernicot, descendant du navigateur  de Landéda, Louis Bernicot, qui fut en 1938 le 2eme français à faire le tour du monde en solitaire. Luc Bernicot a effectué  la traduction de l’évangile de Marc qu’il a publié en version bilingue, a entreprit la révision du Nouveau testament de Guillaume Le Coat, publié en 2004 (avec révision en 2010: c’est la «Koat 21 », puis en a édité (2011) une version bilingue (français-breton) épuisée à l’heure actuelle. Il prépare enfin la révision de l’ensemble de la Bible de G. Le Coat (voir son site internet https://biblbreizh.wordpress.com et «  Lueur  un éclairage pour la Foi” »)

   

Permettre à des groupes tels que les syndicats ou les partis politiques, par exemple de s’afficher publiquement, et le refuser par a-priori aux religions est une atteinte à la charte universelle droits de l’homme de l’ONU de 1947 ! (F. Keller 12/01/2018)

 

La Bretagne était une terre chrétienne mais la sécularisation gagne du terrain. Comment voyez-vous l’avenir ? 

Peut-on dire d’un pays, d’un peuple, qu’ils sont « chrétiens  ,? Pour un protestant, la foi chrétienne est fruit de la rencontre personnelle d’un individu avec le Sauveur, dans un élan de foi, qui va transformer et orienter sa vie d’une manière toute nouvelle. Pour lui, une nation, une région ne peut être « chrétienne ». En revanche, que la Bretagne ait été une terre marquée par la foi chrétienne, par l’importance de l’église catholique, par le rôle de son clergé, cela est effectivement une évidence.

Aujourd’hui, c’est un fait, la part du religieux dans la vie de nos contemporains s’amenuise de plus en plus, et la Bretagne malgré son histoire ne fait pas exception. La connaissance des éléments de base de la vie chrétienne, du message de la Bible, devient une exception pour le plus grand nombre. Et cela n’est pas sans conséquence. Les principaux enseignements du Christ concernant le prochain « tu aimeras ton prochain comme toi-même », « ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites le vous-même pour eux », « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir »… tout cela est devenu étranger aux hommes et aux femmes de notre temps. Sans espérance, sans convictions, sans certitudes quant au sens de leur vie, quant à leur destinée éternelle, nos contemporains, et particulièrement les jeunes, ne savent comment orienter leur vie, ni dans quel but ! Alors ils essayent toutes sortes de voies : refus des normes et des conventions, des interdits…, conduites à risque dans tous les domaines (sur la route, drogue, divertissements, violence…),

De plus les institutions, médias, politiques, adoptent souvent la ligne des intégristes du laïcisme, c’est à dire d’une laïcité dévoyée. La laïcité n’est autre que la mise en place de conditions d’un vivre ensemble harmonieux quant à la pratique ou la non-pratique religieuse. C’est un ensemble qui vise à favoriser la liberté et le respect des convictions individuelles. Mais certains en font un système de rejet du  religieux, de chasse aux sorcières. C’est une sorte de persécution religieuse qui ne peut que s’accentuer si on laisse faire ! Permettre à des groupes tels que les syndicats ou les partis politiques, par exemple de s’afficher publiquement, et le refuser par a-priori aux religions, c’est de la discrimination ! C’est même une atteinte à la charte universelle droits de l’homme de l’ONU de 1947, qui affirme le droit à « la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seul ou en commun, tant en public qu’en privé » (Art. 18).

 Pour que l’avenir ne s’assombrisse pas davantage encore, il faut non seulement une vigilance sans faille quant au principe de la liberté religieuse et du respect de la  vraie laïcité, mais il faut aussi un sursaut de la conscience morale, il faut retrouver des repères clairs, il faut un retour à un essentiel, à des principes de respect et d’attention à… Dieu et aux autres.

Mais on peut aussi s’interroger : si la désaffection aux formes et aux principes de la religion est si grand, n’est-ce pas parce que la « forme» à souvent prit le pas sur le «fond » ?

Je m’explique. Beaucoup se mobilisent pour sauver les témoignages des anciennes pratiques religieuses  des formes extérieures du culte : chapelles, pèlerinages, « spectacles » et « événements » religieux… Il faut bien sûr garder la mémoire et les témoignages de la foi des pères, mais n’est-ce pas un refus général des formes extérieures de la piété qui nous a amené où nous sommes aujourd’hui ? L’apôtre Paul mettait en garde son disciple Timothée sur le danger de mettre l’accent sur les formes plutôt que sur le fond : « ils garderont l’apparence de la piété tout en reniant ce qui en fait la force » (2 Timothée 3 v.5). Il faut, à mon sens, revenir en priorité à l’annonce du message que les  disciples avaient pour mandat de répandre dans le monde entier. Jésus leur a donné une feuille de route : annoncer « la repentance et le pardon des péchés en son nom à toutes les nations » (Luc 24 v. 47).

 Il est donc indispensable de remettre à la première place un évangile  vécu, dans une dimension de partage fraternel plus grand, dans des «pôles» de vie spirituelle ouverts et rayonnants : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13 v.35). C’est l’exemple, la mise en pratique, le témoignage vécu qui interpellent avant tout. Le problème de la transmission de la foi aux jeunes générations se résoudra dès lors de lui-même. Un mieux ne pourra survenir que si l’accent est mis pour chaque individu, sur la nécessité d’une expérience authentique de conversion, qui aboutit à des convictions chrétiennes profondes, personnelles et fondées sur l’enseignement de la Bible. Il ne faut donc pas se tromper de combat, en voulant restaurer les formes extérieures sans mettre en avant le sûr message de la Bible, qui a traversé les siècles et les tempêtes pour montrer aux hommes, aujourd’hui encore, le chemin de la vie éternelle en Jésus le Christ qui a dit « le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas ».

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Propos recueillis par Eflamm Caouissin

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4 Commentaires

  1. Passionnante cette interview du Pasteur Frank Keller ! Elle fait écho au combat du pasteur, poète et penseur danois Grundtvig qui, au XIXe siècle, à galvanisé son peuple voué, selon toutes apparences à l’epoque, à la germanisation et à la perte de son identité (n’oublions pas la guerre des Duchés). Grundtvig à beaucoup à apporter à la Bretagne.

  2. Très intéressante cette entrevue. Notons qu’à Carhaix, les protestants sont connus pour leur rigorisme, les longues robes de leurs femmes et leur feuille de chou envoyée gratuitement à presque tous les foyers de cette ville.

    J’ai entendu dire aussi qu’ils donnaient souvent des prénoms bretons à leurs enfants mais boudaient l’enseignement du breton, lui préférant le latin (ce qui assez paradoxal pour des réformés…).

    En tout cas, cette entrevue est très riche d’anecdotes et d’enseignements. Merci à Ar gedour.

    • “Les protestants sont connus pour”
      “J’ai entendu dire aussi “…

      Les a-prioris et racontards ont visiblement la vie dure…

      En tout cas, leur “feuille de choux” a fréquemment défendu l’usage du breton (y compris très récemment le tildé de “Fanch”), les écoles Diwan… et je sais qu’ils ont aussi des enfants qui apprennent le breton, et chantent en breton dans les EHPAD à Noël !
      Après, concernant le latin, je n’en sais rien, mais il faut, à mon avis, éviter de globaliser comme on le fait presque toujours pour les minorités !

  3. Parmi les grandes figures de l’oecuménisme interceltique britto-gallois, noublions pas Alexis-François Rio (1797-1874), natif du Port-Louis, issu d’une famille de l’île d’Arz, collégien à saint Yves de Vannes, condisciple d’Auguste Brizeux, il s’engage dans la petite chouannerie en 1815 et prend la tête des collégiens et séminaristes de Vannes. Ami de Montalembert, de Lamennais et de MGr le Joubioux et de la Villemarqué, il est tour à tour diplomate et critique d’art. Il s’établit au pays de Galles en 1833 pour étudier le gallois (il est lui-même bretonnant de naissance) et épouse Miss Appolonia Jones, de Llanarth Court près d’Abergavenny. Là, il se lie d’amitié avec le révérend Thomas Price, et participe activement à ses côtés aux travaux de la Société galloisante des Cymreigyddion et au renouveau des eisteddfodau, fêtes littéraires, musicales et bardiques : en 1838, il est à l’initiative de l’invitation d’une délégation officielle bretonne qui sera conduite par La Villemarqué.
    N’oublions pas non plus l’abbé Perrot qui fit le voyage au pays de Galles en 1935 pour assister à l’ Eistedfod de Camarthen avant d’être reçu à l’université d’Aberytswith.
    Pour l’anecdote, à cette occasion, il se demandait par souci de tact et de politesse, s’il devait venir vêtu de sa soutane de prêtre catholique ou s’il devait adopter le très consensuel costume de “clergyman” (déjà autorisé à l’époque pour les prêtres catholiques dans l’empire britannique et aux Etats-unis) Les Gallois protestants se sont alors récriés : “l’abbé Perrot sans sa soutane ne serait pas l’abbé Perrot ! “

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